Paroisse Saint Loup


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Levée des excommunications

La levée des excommunications dont ont fait l’objet quatre évêques intégristes
a semé le trouble dans notre Eglise, et au delà. Pour essayer d’y voir plus clair, voici des éléments de réponse aux questions que beaucoup se posent.

Qu’ont fait les intégristes, pourquoi ont-ils été excommuniés ?

Le fait fondateur du schisme et déclencheur de l’excommunication a été
l’ordination de quatre évêques par Mgr Lefebvre, sans l’accord du Pape en 1988. L’excommunication s’étend à Mgr Lefebvre lui-même, aux évêques ordonnés, et aux prêtres qui se rattachent à ces évêques. Depuis, les évêques et prêtres schismatiques sont regroupés dans une structure juridique appelée la Fraternité Saint Pie X.

La levée de l’excommunication fait suite logiquement à la manifestation
par ces évêques de leur désir de communion avec l’évêque de Rome. C’est
un acte juridique, point final - même s’il nous pose des problèmes. La
levée de l’excommunication s’appliquera aux prêtres dans la mesure où
ils exprimeront leur volonté de suivre leur évêque sur ce chemin...

Les ordinations célébrées par Mgr Lefebvre sont reconnues comme valides
(puisqu’il était évêque) - comme l’étaient les ordinations anglicanes
jusqu’à l’ordination de femmes - et donc les quatre évêques sont bien
reconnus comme tels.

La levée des excommunications ne signifie pas le retour à la pleine communion de la fraternité Saint Pie X, elle n’est qu’une étape, une main tendue de la part de l’Eglise. D’autres étapes sont nécessaires, et en particulier la reconnaissance du concile Vatican II et de l’autorité des papes Paul VI, Jean-Paul 1er, Jean-Paul II, et bien sûr Benoit XVI serait un préalable non négociable. Il faudra ensuite trouver un statut à ces évêques, à qui il ne semble pas envisageable de confier un diocèse, et à la Fraternité Saint Pie X. On devrait donc s’orienter vers une prélature personnelle, c’est à dire un groupement de laïcs et de prêtres placés sous l’autorité d’un évêque, indépendamment de leur lieu de résidence. Ceci n’a rien d’un honneur, c’est juste un statut particulier pour un évêque et un groupement de fidèles et de prêtres !

Y a-t-il eu des propos négationnistes de leur part ?

Il y a eu des propos négationnistes de la part d’un des quatre évêques,
Mgr Bernard Williamson. Celui-ci réside actuellement en Argentine, et il a tenu ces propos sur une chaîne de télévision suédoise le jour même où était pris le décret de levée des excommuniations. Cependant, il ne faisait pas grand mystère de ses opinions, et cela aurait dû être pris en compte par le cardinal Cardinal Castrillón Hoyos qui était en charge du dossier au Saint Siège.

L’existence des chambres à gaz n’est pas un dogme catholique, c’est un fait historique prouvé. Le nier pourrait n’être que ridicule, si cela n’était pas intimement lié à des idées profondément antisémites et à une certaine complaisance vis à vis du nazisme. C’est pourquoi cela est interdit par la loi en France, en Allemagne, et dans quelques autres pays. En ce qui concerne l’Eglise catholique, l’antisémitisme est clairement condamné, en particulier dans les textes de Vatican II, et les déclarations constantes du magistère à ce sujet.

Ces propos ont été clairement condamnés par la Fraternité Saint Pie X, qui a démis Mgr Williamson de ses fonctions. Par ailleurs, le Saint Siège lui a demandé de retirer ces déclarations, ce qu’il a refusé. En tout état de cause, le fait d’avoir prononcé de telles paroles est incompatible avec ce que l’Eglise attend d’un évêque avant de lui confier une charge.

Il n’en reste pas moins que c’est un problème dont héritent aussi ceux d’entre
nous qui sont interpellés par des personnes peu intéressées par les
subtilités des rouages écclésiastiques... et une difficulté dont notre Eglise se serait bien passée...

Si ce n’est que le désir de célébrer dans leurs rites, pourquoi pas ?

On arrive au point des vraies causes du schisme...

Tout d’abord, ce n’est pas une question de latin, puisque Vatican II n’a
fait qu’autoriser l’emploi des langues dites "vernaculaires"...
N’importe quel prêtre peut célébrer en latin sans rien demander à
personne (bon, enfin, s’il connait un minimum le latin... et n’a pas
peur de se retrouver seul dans son église...).

La réforme liturgique avait plusieurs buts : donner plus de place à la
Parole (3 lectures dont une de l’ancien testament, et non deux, cycle
des lectures sur 3 ans au lieu de 1) ; permettre une participation
"pleine, consciente et active" des fidèles ; et recentrer la célébration
sur le mystère pascal.

La question du latin et des remaniements liturgiques, à permis aux intégristes d’entraîner derrière eux des fidèles attachés à une certaine "pompe" liturgique. Ajoutons que l’irruption pas toujours en finesse de guitares électriques et de batteries dans certaines liturgies dominicales post-conciliaires ont pu dérouter ou rebuter certains... Mais ce n’est pas la vraie pierre d’achoppement ! Pour les plus extrémistes, c’est bien l’ensemble du concile qu’ils réfutent, et en particulier l’ouverture au monde d’aujourd’hui, le dialogue oeucuménique, et tout particulièrement la déclaration sur la liberté religieuse...

Leur problème est que, en ayant focalisé leurs attaques sur la liturgie,
ils se trouvent déstabilisés par le motu proprio "summorum pontificum"
qui admet le rite de St Pie V comme forme extraordinaire du rite romain.
Du coup, pour beaucoup de leurs fidèles le schisme n’a plus lieu
d’être... Déjà, une partie de la mouvance intégriste avait rejoint la communion avec l’Eglise catholique, sous le nom d’Institut du Bon Pasteur.

Il faut laisser à chacun son expression, laisser la place à la diversité, l’Eglise est accueillante. S’il y a eu des fautes ou des discours contraires à la charité chrétienne, il leur faut réparer cela, mais non s’exclure.

Le concile Vatican II n’a proclamé qu’un seul dogme (la sacramentalité
de l’épiscopat)... et je serais étonné que les évêques intégristes y
soient farouchement opposés ! Pour le reste, ils ont le droit de
critiquer... Ceci étant dit, en se déclarant en communion avec l’évêque
de Rome, ils ont déclaré reconnaître Vatican II... avec des réserves... reste à voir jusqu’où cela va aller ! On a le droit d’être sceptiques et méfiants ! L’Eglise, en la personne de Benoit XVI a fait tous les pas qu’elle pouvait faire, c’est maintenant à eux de faire des pas.

Quelques petites remarques pour conclure...

Benoit XVI a déclaré que le rétablissement de la communion avec nos frères séparés était une priorité de son pontificat. Peut-on vouloir la réconciliation avec des frères séparés depuis des siècles et passer par pertes et profits ceux qui ne se sont séparés que depuis une vingtaine d’années ? Je ne le pense pas. Toutes les séparations dans l’Eglise de Jésus Christ sont des souffrances, et le Saint Père est celui qui les porte plus que tout autre dans notre Eglise catholique.

Est-ce que cela amorce un retour en arrière ? Je ne le crois pas non plus. Cela serait en contradiction avec le désir de rétablir la communion avec nos frères orthodoxes et protestants. Et l’Eglise a besoin de tous, et un retour en arrière aggraverait un autre schisme, le schisme silencieux de ceux qui quittent l’Eglise sur la pointe des pieds...

Maintenant, le chemin de la réconciliation est difficile ! Il y a des blessures de part et d’autres. Il y a des actes de réconciliation à poser, de part et d’autres... A nous de prier pour cela !

Pour en savoir plus sur ce sujet, vous pouvez consulter le dossier mis en place sur le site du diocèse de Grenoble-Vienne, avec une déclaration de notre évêque, et un lien sur les articles parus dans La croix à ce sujet.

Gilles