Paroisse Saint Loup


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L’Ancien Testament : un peuple, un pays, des écrits...

Un peu de géopolitique pour commencer...

L’histoire se déroule autour du pays de Canaan, dans le Moyen Orient Ancien. C’est un petit pays (à peine plus grand que le département de l’Isère) coincé entre la mer et le désert – et en ces temps là, on ne traversait pas les déserts, on les contournait. Au sud-ouest, l’Afrique, berceau de l’humanité, et l’Égypte, une des plus anciennes civilisations. Au nord-est, la Mésopotamie, une région irriguée par deux grands fleuves, le Tigre et l’Euphrate, que l’on appelle aussi « croissant fertile ». C’est dans cette région que l’agriculture est apparue pour la première fois, au 9ème millénaire Av JC, ainsi que l’écriture vers -3300. Là aussi de grandes civilisations vont se développer : l’Assyrie, la Babylonie, et plus loin à l’est la Perse. Au Nord-Ouest, d’autres civilisations apparaîtront plus tard : la Grèce, puis Rome...

C’est un pays au climat sec, composé d’une zone côtière, de collines, de montagnes, de zone arides au sud et de la profonde dépression du Jourdain : à près de 400m au dessous du niveau de la mer, la mer morte est l’endroit le plus bas de la terre. Dans ce pays, on va voir passer du monde... et souvent des armées qui parfois se livrent bataille. Ce n’est sans doute pas un hasard si c’est sur ce territoire ouvert à toutes les cultures de l’époque que Dieu a choisi un peuple pour se révéler aux hommes...

Un peuple et son histoire...

L’histoire du peuple Israélite nous est connue essentiellement par la Bible, mais il s’agit de livres religieux, qui n’ont pas prétention à être historiques : ils sont une relecture des événements à portée essentiellement théologique. Pour les historiens, il y a donc beaucoup de points d’interrogation, parce-que l’histoire du peuple israélite telle qu’elle est racontée dans la Bible n’est pas vérifiée selon les méthodes scientifiques qui sont les leurs – ce qui ne veut pas forcément dire qu’elle soit fausse.

Quoi qu’il en soit, c’est l’histoire d’un petit peuple – même si certains passages de la Bible donnent l’image d’une grande puissance comme on peut la concevoir aujourd’hui : le territoire d’un des royaumes dont il est question ne représente tout au plus qu’un canton français ! C’est l’histoire d’un peuple nomade, qui s’est libéré de la servitude en Egypte, qui s’est sédentarisé et a dû lutter pour obtenir un territoire, puis a dû encore lutter pour préserver sa liberté. Parfois, il s’agit de guerres tribales, et parfois de se défendre face à l’hégémonie des grandes puissances de l’époque. C’est une histoire pleine de violences, qui remonte à une époque dure, où on accordait peu de valeur à la vie humaine.

Mais c’est aussi l’histoire d’un peuple auquel Dieu s’est révélé. Une révélation progressive, qui a grandi au fil des épreuves que ce peuple a connu, plus que de ses succès. L’exil à Babylone sera une étape essentielle de cette découverte, et la religion juive ne sera vraiment fondée qu’au retour de l’exil.
L’élément essentiel reste en tout cas du domaine de la foi : l’intervention de Dieu dans l’histoire de ce peuple. Une alliance proposée par Dieu à son peuple, sans cesse rompue par ce peuple, mais sans cesse renouvelée par Dieu ! En passant par le grec, puis le latin, ce mot d’alliance a été traduit par « testament », mais lorsque l’on parle d’Ancien ou de Nouveau Testament, c’est bien ce sens d’alliance qu’il faut retenir !

Des écrits...

Le mot Bible est un mot pluriel : il vient du grec biblia, qui signifie les livres. La Bible est une bibliothèque : l’Ancien Testament comporte 46 livres, d’auteurs et de styles bien différents.

La Bible est elle la Parole de Dieu ? Ce n’est pas un texte descendu du ciel... ou dicté par des anges... Elle a été écrite par des hommes, qui – comme nous le dit le concile Vatican II [1] « ont agi en vrais auteurs, inspirés par l’Esprit Saint ». Elle contient la Parole de Dieu, mais ne s’identifie pas avec elle : on peut trouver la Parole de Dieu dans la Bible si on se met aussi à l’écoute de l’Esprit Saint...

Quand ces livres sont ils écrits ?

Peu d’écrits remontent au delà du 7ème siècle avant Jésus Christ : quelques parties du livre de Samuel, ou des proverbes. Mais il y a aussi des traditions, longtemps transmises oralement, puis fixées par écrit. A partir du 7ème siècle, on commence à voir la rédaction de quelques livres : les prophètes Amos, Osée, Isaïe (le premier Isaïe), Jérémie ; des psaumes, les livres de Josué, des Juges, de Samuel, des Rois.

La grande période d’écriture de la Bible va commencer durant l’exil à Babylone, entre 587 et 538. Ce fut une période de remise en question, où les Israélites découvrent que leur religion est bien différente des autres : ils croient en un Dieu bon, unique, universel, créateur, qui a fait alliance avec son peuple. C’est un Dieu proche, qui réside au milieu de son peuple. Et les autres dieux ne sont rien ! Cette période verra deux prophètes : le second Isaïe, et Ézéchiel.

Après 538, le retour de l’exil verra la rédaction de nombreux écrits : rédaction finale du Pentateuque ; les prophètes Aggée, Malachie, Zacharie, le 3ème Isaïe ; les proverbes, le Cantique des cantiques, le livre de Job. Enfin, à partir du 3ème siècle, on verra l’écriture des livres d’Esdras et de Néhémie, des Chroniques, des Macchabées, du Qohéleth, des Psaumes, du Siracide, de Daniel, et enfin de la Sagesse, quelques décennies avant notre ère.

Les livres et leur transmission

Les livres sont sous forme de rouleaux [2] On écrit sur du papyrus, bon marché mais fragile, ou sur du parchemin, résistant, mais coûteux. La plus grande partie de la Bible est écrite en hébreu. Seules les consonnes sont écrites : celles-ci donnent la racine des mots, leur forme exacte est donnée par les voyelles. Il n’y a pas de ponctuation, ni d’espace entre les mots... La transmission et la compréhension du texte reposent donc beaucoup sur une transmission de maître à élève !

Après l’exil, le peuple ne parle plus l’hébreu : en Palestine, on parle araméen. On va donc avoir des traductions en araméen, les targoums, qui sont en fait plutôt des interprétations, assorties de paraphrases et de commentaires. A partir du 3ème siècle, il y a des communautés juives en Égypte où l’on parle Grec. La Bible sera donc traduite en grec par des rabbins d’Alexandrie : cette traduction est appelée la Septante (LXX en abrégé) [3]. Ce sera la version de référence des premières communautés chrétiennes.

Vers 90 après J.C. Le judaïsme est en crise, après la destruction du temple de Jérusalem (70) et la montée du christianisme. Un groupe de pharisiens se réunit à Jamnia, et définit la liste officielle (ou canon) des livres de la Bible hébraïque : ils retiennent 39 livres, tous écrits en hébreu : les 5 livres du Pentateuque (encore appelé la loi, ou la Torah), les livres prophétiques (incluant les livres de Josué, des Juges, de Samuel et des rois), et enfin, « les autres écrits ».

Entre le 7ème et le 10ème siècle de notre ère, des érudits juifs, les massorètes « vocaliseront » le texte hébraïque pour en pérenniser la transmission, c’est à dire qu’ils ajouteront des voyelles au texte écrit. Ceci donnera naissance au texte massorétique qui est, jusqu’à aujourd’hui le texte hébraïque de référence utilisé par toutes les traductions de la Bible. Le plus ancien texte complet de la Bible hébraïque à ce jour remonte au 10ème siècle. Ce n’est qu’avec la découverte des manuscrits de Qumrân (dits de la mer morte) en 1947 que l’on pourra disposer de textes antérieurs à notre ère.
Les catholiques et les orthodoxes ont adopté le canon grec de la Bible (les livres de la LXX), avec un ordre des livres et un découpage un peu différent du canon hébraïque, et qui contient en plus les livres deutérocanoniques qui n’ont pas été retenus dans le canon hébraïque, car écrits en Grec. Après la réforme, les protestants retiendront le canon hébraïque.

Aujourd’hui, on dispose de centaines de manuscrits de la Bible. Malgré les multiples copies et traductions, les textes sont remarquablement proches les uns des autres. Désormais, les traductions de la Bible utilisent l’ensemble des documents disponibles [4].

En conclusion

Nous retiendrons en conclusion que l’ancien testament est une histoire d’amour entre un peuple et son Dieu... C’est un petit peuple, qui devait souvent lutter pour sa survie ou pour sa liberté. Ce peuple, progressivement, a découvert Dieu, et il nous a transmis sa découverte dans un texte qui a traversé des millénaires. Ce texte prend parfois des libertés avec l’histoire : l’essentiel aux yeux de ses auteurs n’était pas l’histoire qu’il transmet, mais ce qu’il dit de la relation de Dieu avec son peuple.

[1Constitution dogmatique sur la révélation divine (Dei Verbum), sections 11 et 12

[2La forme que l’on connait aujourd’hui, ou codex, n’apparaîtra qu’au 2ème siècle de notre ère.

[3Selon la légende, cette traduction est l’œuvre de 70 rabbins.

[4Sur certain passages, le texte de la LXX semble plus fiable que le texte massorétique.