Paroisse Saint Loup


Sommaire > Archives > Lundis de la foi > L’Ancien Testament > Genèse 3 : les enseignements...

Genèse 3 : les enseignements...

Ce texte de Genèse 3 nous dérange : ainsi la faute d’Adam et Ève retomberait sur toute l’humanité, dans une forme de punition collective. Adam et Ève ont-ils vraiment existé, d’ailleurs ? On voit mal comment ils peuvent s’insérer dans l’histoire de l’humanité... Et que penser du rôle de la femme dans cette histoire ?...

Notre Dieu n’est pas un Dieu qui punit. Si certains textes anciens déclaraient que Dieu fait porter la faute des parents jusqu’à la 3ème génération, c’est pour ajouter tout de suite que, pour ceux qui sont fidèles, il fait porter la bénédiction jusqu’à la 1000ème génération. Au 6ème siècle, Ézéchiel dira clairement : chacun est personnellement responsable de ses fautes, Dieu ne fait pas porter aux enfants la faute des parents. Et le livre de Job est tout entier consacré à cette question : non, la souffrance n’est pas la punition des fautes commises. Enfin, nous connaissons la réponse de Jésus à ses disciples qui l’interrogent à propos de l’aveugle né : ni lui ni ses parents n’ont péché pour qu’il soit ainsi ! (Jn 9, 1-3)

Comme beaucoup d’autres textes de la Genèse, nous avons ici un texte symbolique : on raconte des histoires pour faire comprendre une vérité abstraite... On se trouve devant une énigme : dans le monde, il y a du mal, de la souffrance, et la mort... L’homme doit accomplir un travail pénible pour obtenir sa nourriture. La femme donne la vie dans la douleur. D’où cela vient-il ? Comment cela est-il possible si le monde a été créé par un Dieu infiniment bon ?

Toutes les religions ont affronté la question du mal, avec des réponses diverses... Dans le manichéisme, par exemple (3ème siècle), le bien et le mal sont le fait de deux divinités égales mais opposées... La Bible nous apporte une autre réponse : non, Dieu n’a pas créé le mal, il n’a pas voulu la mort, il n’a pas voulu la souffrance... Dieu veut la vie et le bonheur de l’homme !

Revenons au texte de Genèse 3... Il se présente comme une suite d’aller-retour entre le serpent, la femme, l’homme, Dieu... Le serpent tente la femme ; la femme cueille le fruit, le mange et en donne à son mari qui était avec elle, et celui-ci mange à son tour... Alors... il virent qu’ils étaient nus ! Ce qui était innocent et naturel jusque là devient impudique et honteux !

Dieu arrive, appelle l’homme... Mais l’homme a peur de Dieu, il se cache – nouvel effet de la faute. Mis en cause, l’homme se défend : « c’est la femme que tu as mise à côté de moi qui m’a donné de l’arbre... ». L’homme prend ses distances : ce n’est plus sa femme... comme un parent dira facilement « ton fils » pour désigner à son conjoint l’enfant qui vient de commettre une faute ! L’homme et la femme étaient bien solidaires dans la faute, il n’est écrit nulle part que la femme est plus coupable que l’homme. Mais la solidarité entre eux est rompue.

Dieu s’adresse ensuite à la femme, qui met en cause le serpent. Enfin, Dieu s’adresse au serpent... Les sanctions tombent alors, en commençant par le serpent, puis vient le tour de la femme, et enfin de l’homme. En fait de sanctions, l’auteur ne fait qu’énoncer des faits constatés. Sauf pour le serpent auquel il annonce : « Je mettrais une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon. »

Dans le texte, l’homme et la femme ne sont pas nommés, sinon à la fin. En hébreu, le mot « Adam » signifie homme, ce n’est que la présence de l’article qui fait la différence entre le nom propre « Adam », et le nom commun « homme ». En fait, Adam et Ève – voire Adam seul - représentent toute l’humanité. Dans la suite, d’ailleurs, au chapitre 4, Caïn, après avoir tué Abel a peur que « le premier venu ne le tue »... Plus tard, il se mariera, et son frère Seth également. Adam, Ève et leurs enfants n’étaient donc pas seuls au monde ! L’humanité est une, et c’est cela que symbolise Adam.

Selon la tradition, le serpent désigne Satan, ou encore le Diable... ce dernier mot signifie en grec « le diviseur » ! Ce personnage que l’on n’aime pas trop évoquer est pourtant bien mentionné dans les Évangiles (récit des tentations au désert...), Jésus dit de lui qu’il était « homicide dès le commencement », et qu’il n’y a pas de vérité en lui (Jn 8, 44). On voudrait bien l’évacuer de notre foi, mais il est pourtant bien à l’œuvre partout où il y a des divisions. Il est la source du mal. Si Satan n’existait pas, alors il faudrait bien admettre que la source du mal est en nous mêmes, quelle responsabilité écrasante !

Comment comprendre le péché originel alors ? L’arbre au fruit défendu est l’arbre de la connaissance du bien et du mal (ou du bonheur et du malheur, selon la traduction). Il représente la limite entre ce qui relève de l’homme, et ce qui relève de Dieu. L’homme a voulu s’attribuer ce qui appartient à Dieu seul, il s’est détourné de son Créateur et n’a pas accepté de dépendre de Lui. En cela, il a manqué de confiance envers Dieu, et la relation d’amour entre Dieu et les hommes s’est détériorée : c’est cela même la définition du péché ! C’est du fait de cette rupture que la souffrance et la mort sont entrées dans le monde, et que l’harmonie entre l’homme et la création a été brisée. L’homme a été créé libre, mais il a abusé de sa liberté...

On voit donc que le péché originel n’est pas forcément la faute personnelle d’un individu, mais qu’il peut être la faute collective d’une humanité qui n’accepte pas de s’en remettre à son créateur. Une telle faute entraîne alors des conséquences pour l’ensemble de l’espèce humaine.

Le péché originel n’est pratiquement pas mentionné dans l’Ancien Testament. En dehors de Gn 3, il n’est mentionné que dans le livre de la sagesse et dans le Siracide, deux livres qui font partie du canon grec, et non du canon hébraïque. Ce n’est que dans la lettre de Paul aux Romains (Rm 5) qu’il sera ensuite question du péché originel... Mais là, Saint Paul fait usage d’un procédé réthorique courant dans le judaïsme de son époque, la typologie : Saint Paul se sert du personnage d’Adam pour parler de Jésus-Christ.

La doctrine du péché originel sera développée essentiellement dans l’Église occidentale. On la doit en particulier a Saint Augustin (354-430) : pour lui, le mal provient du péché commis par l’homme dans l’histoire. Sa doctrine est profondément marquée par son rejet du manichéisme auquel il avait adhéré pendant un temps, et par sa vie personnelle. Il se fonde aussi sur une interprétation historique de la Genèse (on dirait aujourd’hui fondamentaliste), et sur une lecture au premier degré de la lettre aux Romains. Avec lui, le péché originel prend une connotation nettement sexuelle.

La doctrine du péché originel est formulée par le concile de Carthage (412). Elle sera réprise et précisée au 13ème siècle par Saint Thomas d’Acquin, qui atténuera les excès de la doctrine augustinienne. Elle sera à nouveau précisée par le Concile de Trente (1546), en réaction aux réformateurs qui avaient une vision très pessimiste de l’homme, radicalement perverti.

Le mal n’est donc pas une fatalité inscrite dans la création. Mais d’un autre côté, la doctrine du péché originel nous amène à modérer le jugement que nous pourrions porter sur nos fautes et sur celles des autres.

Marqué par le péché originel, l’homme garde une tendance au péché, c’est à dire une tendance à rechercher ses propres intérêts ou sa satisfaction au détriment de son rapport avec Dieu, avec le monde, ou avec les autres. [1] Mais l’homme reste une créature aimée de Dieu, créée à son image – c’est à dire capable d’aimer et de choisir le bien – et appelée à la sainteté !

L’Église nous enseigne aussi que le péché originel ne peut être vraiment compris qu’à la lumière de Jésus-Christ, venu nous en libérer ! C’est là aussi que la parole adressée par Dieu au serpent trouve tout son sens...
Nous allons maintenant écouter ce que Saint Paul nous en dit... (lettre aux romains, Ch V)...

[1Cette tendance a un nom, auquel on associe trop souvent une connotation sexuelle : la concupiscence...