Paroisse Saint Loup


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Qu’est-ce qu’un prophète ?

Dans le langage courant, et dans les dictionnaires, le prophète est souvent quelqu’un qui prévoit l’avenir. Du reste, dans l’Ancien Testament, le prophète est souvent qualifié de « devin » ou de « voyant ». De ce point de vue, il y avait aussi des prophètes dans les autres religions.

De fait, il arrive qu’un prophète annonce des événements qui ne se sont pas encore produits... Même si on peut y voir parfois plus une certaine clairvoyance dans la lecture des événements qu’un don surnaturel ! Certaines prévisions ont par ailleurs été faites dans des termes suffisamment vagues pour qu’on puisse à postériori les rattacher à un événement particulier, à l’instar des prévisions de Nostradamus...

Mais ces aspects du prophète ne sont que marginaux. Pour nous, un prophète est d’abord celui qui porte la parole de Dieu devant le peuple. Il est l’interprète de Dieu. C’est aussi celui vers qui on se tourne pour savoir quelle est la volonté de Dieu : dans le livre des rois, il n’est pas rare que le roi consulte le prophète pour savoir s’il doit aller au combat contre un ennemi, et comment il doit y aller.

Le livre des Maccabées nous présente un exemple en négatif : le temple a été profané sous Antiochus Epiphane, un autel de Zeus a été construit sur l’autel du Seigneur – "l’abomination de la désolation". L’autel de Zeus est démonté et jeté dans un endroit impur. Mais que faire de l’autel du Seigneur profané ? Le détruire ? Le purifier, mais comment ? Il n’y a plus de prophète, pour donner la réponse, alors, on démonte l’autel et on le place dans un endroit pur en attendant qu’un prophète survienne et donne la réponse qui vient de Dieu (1M 4,44-46) .

On distingue les prophètes qui ont laissé des écrits recueillis dans un livre de l’Ancien Testament (les prophètes évrivains [1] ), de ceux qui n’en ont pas laissé. Parmis ces derniers, les plus remarquables sont Elie et Elisée, dans les livres des rois. Parmis les prophètes écrivains, on dsitingue 3 grands prophètes dont les écrits sont plus importants (en volume) : . Isaïe, Jérémie et Ezéchiel. Les 12 autres prophètes sont souvent appellés "petits prophètes" - ce qui ne signifie pas pour autant que la valeur de leurs écrits soit inférieure !

Aucun prophète ne se donne lui-même le nom de prophète, à l’exception d’Ézéchiel. Un prophète est appelé par Dieu, il ne choisit pas. Il n’y a pas de profil type de celui qui est appelé : Ézéchiel était prêtre, Amos était éleveur de bœufs...

Les prophètes font-ils des miracles ?

Les prophètes peuvent aussi accomplir des miracles... Plusieurs miracles sont attribués à Élie : à Sarepta il demande à une pauvre veuve de lui donner à manger, alors qu’il ne lui reste plus qu’un peu d’huile et de farine pour se nourrir elle même et nourrir son fils (1R 17,8-26). C’est en effet une période de sécheresse et de famine. Mais la jarre de farine et la cruche d’huile ne s’épuisent pas et suffiront à nourrir la veuve et son fils jusqu’à la fin de la sécheresse. Plus tard, il ressuscite le fils de cette même veuve (1R 17,17-24).

Au mont Carmel, il lance un défi aux prophètes des Baal : préparer un holocauste sans mettre le feu au bûcher, afin que la divinité elle même allume le brasier (1R 18,20-46). Bien sûr, les prophètes de Baal échoueront, sous les railleries d’Élie. Élie, lui, réussira après avoir fait arroser d’eau son propre bûcher. Élie n’est pas très miséricordieux, il égorgera ses adversaires... Après cela, la pluie arrive, c’est la fin de la sécheresse. Élie se retire ensuite à l’Horeb (le Sinaï) et se trouve en présence du Seigneur, à l’instar de Moïse (1R 19,1-18). Enfin, après avoir appelé Élisée à lui succéder (1R 19,19-21), il est enlevé au ciel dans un char de feu (2R 2,1-13) : cette disparition mystérieuse incitera les Juifs à espérer son retour, qui est annoncé par Malachie à la fin de son livre (Ml 3,23-24).

A son tour, Élisée accompli des miracles. Pour venir en aide à la veuve d’un de ses frères prophètes, il multiplie le contenu d’un flacon d’huile (2R 4,1-7). Il ressuscite également un mort (2R 4, 18-37), multiplie les pains (2R 4, 42-44), guéri Naaman le lépreux (2R 5,1-19)...

En revanche, on trouve peu de miracles accomplis par les prophètes « écrivains », en dehors de la guérison d’Ezéchias par Isaïe (Is 38,1-8).

La prédication des prophètes

Pour l’essentiel, la prédication des prophètes porte sur deux points qu’ils condamnent fermement, et qui d’ailleurs sont souvent liés, l’idolâtrie, et l’injustice : ’exploitation des faibles par les puissants, tromperies de toutes sortes – balances et mesures faussées, etc... Face à ces comportements, les prophètes lancent des avertissements, annoncent des malheurs à venir – et ceux-ci se produisent. Ils prononcent aussi des oracles et des imprécations contre d’autres peuples, ennemis d’Israël : ceux-ci aussi seront puni pour leur mauvaise conduite ! Les malheurs qui arrivent sont souvent interprétés comme la punition divine : invasions, sauterelles, sécheresse...

Les prophètes savent aussi appeler à l’espérance le peuple dans l’épreuve, appeler à un sursaut spirituel, comme Ézéchiel qui appellera les Juifs souvent bien installés à Babylone à se mettre en route pour Jérusalem...

Le langage des prophètes est souvent symbolique. Ils posent aussi des actes prophétiques : pour annoncer l’asservissement par l’Assyrie, Jérémie se fait un joug de bois qu’il porte sur le cou (Jr 27). C’est parfois jusqu’à leur propre vie familiale qui est vue comme prophétique : pour Osée, son épouse infidèle est symbole de l’infidélité du peuple à son Dieu, et son pardon à son épouse annonce le pardon du Seigneur à son peuple (Os 1-3).

Les prophètes font aussi avancer la connaissance de Dieu, par petites touches. Petit à petit émerge l’idée d’un Dieu bon et miséricordieux, non seulement pour le peuple juif, mais pour tous les hommes. Ézéchiel réfute fermement l’idée d’un Dieu qui punit les enfants pour la faute des parents : chacun est responsable de ses fautes... Même si le prophète peut aussi être responsable pour les avertissements qu’il aura omis de donner.

L’interprétation des paroles des prophètes

Les paroles des prophètes ne sont pas toujours pleinement comprises. Ou elles peuvent revêtir plusieurs sens, comme si les événements eux-mêmes en annonçaient d’autres. Et bien sûr, pour nous chrétiens, le sens ultime de certaines paroles n’est accompli qu’avec l’arrivée de Jésus-Christ.
Isaïe est ainsi le prophète le plus cité dans le Nouveau Testament.

Par exemple, en Is 7,14, on lit : « Voici, la jeune femme est enceinte, elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel ». Ceci annonce d’abord la naissance d’un fils du roi Achaz, mais cela ne s’applique pas totalement à cet enfant. On attend donc autre chose annoncé par ce premier événement historique, et les Évangélistes y verront l’annonce de Jésus-Christ.

Les 4 poèmes du serviteur (Is 42 1-4 ; 49 1-6 ; 50 4-9 ; 52 13-53 12) présentent un personnage, « le serviteur » dont le visage se précise peu à peu.

Dans le premier poème, le serviteur est désigné à la troisième personne : «  Il ne crie pas, il n’élève pas le ton, il ne fait pas entendre sa voix dans la rue ; il ne brise pas le roseau froissé, il n’éteint pas la mèche qui faiblit, fidèlement, il présente le droit ; il ne faiblira ni ne cédera jusqu’à ce qu’il établisse le droit sur la terre, et les îles attendent son enseignement. »

Dans le second poème, le serviteur est désigné à la première personne, et le Seigneur s’adresse à lui : « Le Seigneur a dit : " C’est trop peu que tu sois pour moi un serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les survivants d’Israël. Je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut atteigne aux extrémités de la terre. " »

Le troisième poème est toujours écrit à la première personne, et commence à dégager le visage d’un homme en proie aux outrages, mais qui met sa confiance dans le Seigneur : « J’ai tendu le dos à ceux qui me frappaient, et les joues à ceux qui m’arrachaient la barbe ; je n’ai pas soustrait ma face aux outrages et aux crachats. Le Seigneur Yahvé va me venir en aide, c’est pourquoi je ne me suis pas laissé abattre, c’est pourquoi j’ai rendu mon visage dur comme la pierre, et je sais que je ne serai pas confondu. »

Le dernier poème développe encore le thème des souffrances du serviteur, mais celles-ci prennent un sens, et le serviteur est à nouveau désigné à la troisième personne : « Voici que mon serviteur prospérera, il grandira, s’élèvera, sera placé très haut. [...] Or ce sont nos souffrances qu’il portait et nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous le considérions comme puni, frappé par Dieu et humilié. Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison.  »

De qui s’agit-il ? Les avis sont partagés, et il y a certainement plusieurs réponses. Certains commentateurs ont vu dans le serviteur du premier poème le roi Cyrus, qui a permis le retour des juifs à Jérusalem. Le serviteur peut aussi symboliser le peuple de Dieu. Il peut aussi être le prophète lui-même, en particulier dans les second et troisièmes poème. Toutes ces réponses sont plausibles, mais aucune ne correspond totalement au visage du serviteur développé dans les quatre poèmes.

Pour nous chrétiens, à la lumière des Évangiles, de notre foi, et de la Tradition de l’Eglise, le serviteur se retrouve pleinement dans le Christ. Ces poèmes font partie des lectures de l’avent, et l’expression « lumière des nations » employée dans le second poème est appliquée au Christ dès la première phrase de la constitution sur l’Église de Vatican II (dont c’est d’ailleurs le titre latin « Lumen Gentium »).

Des prophètes aujourd’hui ?

Quelques grandes figures chrétiennes de notre époque sont, à juste titre, perçues comme des prophètes : Mère Térésa, sœur Emmanuelle, l’abbé Pierre, Dom Helder Camara, Chiara Lubich... Mais par notre baptême nous somme tous « prêtre, prophète et roi ». Une longue soirée serait encore nécessaire pour développer ces trois points, mais nous savons que nous pouvons être prophètes par l’annonce de la parole de Dieu, à travers notre vie et notre témoignage.

[1Le terme de prophète écrivain est en fait impropre, car souvent les écrits n’ont pas été rédigés par le prophète lui-même, mais par ses disciples, mais nous le conserverons par commodité.