Paroisse Saint Loup


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Homélie du dimanche 22 janvier 2017

Troisième dimanche du Temps Ordinaire – Année A Eglise Saint Jean-Baptiste de Vif

« Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent… »

Jésus quitte Nazareth et sa famille pour Capharnaüm, dans la Galilée des nations, pays de brassage de peuples. Il faut que l’Écriture s’accomplisse selon la parole du prophète Isaïe. Une lumière s’est levée dans les ténèbres. Syméon portant l’Enfant Jésus s’était écrié : « Lumière qui se révèle aux nations » (Luc II, 32). C’est donc le commencement d’une vie nouvelle pour Jésus et il ne peut pas accomplir seul sa mission, il a besoin des hommes, de chacun de nous. Il appelle ses quatre premiers disciples, qui le suivent sans délai et laissent filet, barque et père pour devenir pêcheurs d’hommes. Avec lui, ils vont enseigner, proclamer l’Évangile du Royaume et guérir. Aujourd’hui, le Seigneur nous appelle là où nous sommes à écouter sa Parole et à la mettre en pratique.

Et il s’agit bien de sa Parole et non pas de la nôtre ! Saint Paul le dit avec ses mots, dans la deuxième lecture : « Sans avoir recours au langage de la sagesse humaine, ce qui rendrait vaine la croix du Christ » (1 Corinthiens I, 17). Car il y a la sagesse humaine et la sagesse de Dieu : les hommes de l’Ancien Testament l’avaient bien compris. Pour Paul, cela devient une évidence qui lui permet d’entrer dans l’intelligence du mystère de Jésus. Au point qu’il s’interdit toute recherche d’art oratoire dans son annonce de l’Évangile. Il prêche, nous dit-il, sans avoir recours au langage de la sagesse humaine (1 Corinthiens I, 17). Cette attitude était tellement surprenante qu’il est passé pour un fou, on s’en souvient, à Athènes, haut lieu de la sagesse !

Ce faisant, il avait choisi la vraie sagesse, celle de Dieu qui n’a rien à voir avec la nôtre. Car l’évangélisateur n’est pas un avocat, il n’a rien à prouver, rien à démontrer, il ne cherche pas à persuader, il n’a qu’à lever le doigt pour tourner nos regards vers la croix.

Quel est donc le sens de la croix du Christ ? Elle est, comme Jésus l’a dit lui-même, la preuve du plus grand amour. Elle est le lieu où Dieu se révèle.
La croix du Christ n’est donc pas de l’ordre du langage, et peut-être faut-il nous interdire de disserter à son sujet, c’est une vision qu’il faut contempler pour que nos cœurs, peu à peu, soient transformés. Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé, dit saint Jean (Jean XIX, 37), citant le prophète Zacharie qui pressentait que seule cette prise de conscience était capable de convertir les cœurs des hommes.

Regardons bien, lorsque les évangélistes racontent le récit de la Passion, ils le font pratiquement sans commentaire. Bien sûr ! Le feu ne se propage pas par des discours. Le feu de l’amour, pas davantage. Notre soi-disant sagesse humaine serait-elle l’eau qui éteint le feu de l’Esprit ?
Et du haut de la croix, le Christ eut cette parole : « Que tous soient Un ! » Et cette parole du Crucifié résonne d’une manière particulière pour nous, au cœur de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens.

Le 31 octobre 1517, Martin Luther affichait sur la porte de l’église du château de Wittenberg ses quatre-vingt-quinze thèses sur les indulgences, qui déclenchèrent le mouvement de la Réforme protestante. En 2017, on commémore donc les 500 ans de cet événement. A cette occasion, les Églises d’Allemagne proposent comme fil conducteur de cette semaine de prière l’œuvre de réconciliation du Christ, à partir d’un passage de la deuxième lettre de Paul aux Corinthiens (2 Corinthiens V, 14-20). Elles mettent en valeur deux axes principaux, d’abord célébrer l’amour et la grâce de Dieu, la « justification de l’humanité par la grâce seule », soulignant l’élément principal sur lequel se fondent les Eglises issues de la Réforme. Elles nous invitent également à reconnaître la douleur causée par les profondes divisions que la Réforme a générées et qui ont affecté l’Église, à nommer ouvertement les fautes commises et en demander pardon, nous offrant ainsi une opportunité de progresser vers la réconciliation. Le passage biblique choisi souligne que la réconciliation est un don de Dieu pour l’ensemble de la création. Ayant en nous « la parole de réconciliation », le Christ Jésus lui-même, nous sommes à notre tour appelés à devenir « ambassadeurs de réconciliation ».
Cette Semaine de prière pour l’unité chrétienne revêt donc un caractère particulier cette année. Ayons à cœur de nous y associer. Il y va de la crédibilité du message de l’Évangile ! L’amour du Christ nous presse ! Voici donc, pour terminer, une prière pour nous y aider :

Puisse chaque Église reconnaître aujourd’hui le mal qu’elle a fait à d’autres chrétiens et en demander humblement pardon, et puisse-t-elle entendre la même demande que d’autres chrétiens lui adressent et, à son tour, leur accorder son pardon. Agissant ainsi, nous te demanderons, Seigneur, de pardonner toi-même nos propres offenses. Donne-nous le courage de travailler à la réconciliation de nos Eglises pour qu’elles témoignent ensemble de ton nom. Donne-nous d’être ainsi, pour le monde lui-même, signes de compassion, de miséricorde et d’unité. Donne-nous d’être, au milieu de ce monde, des artisans de paix.

« Vous donc, priez ainsi. » Le Notre Père, itinéraire pour la conversion des Eglises, Groupe des Dombes, Bayard, 2011, p.169.

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Isaïe VIII, 23b – IX, 3 ;
Psaume XXVI (XXVII) ;
Première Épitre de Saint Paul Apôtre aux Colossiens I, 10-13.17 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu IV, 12-23
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