Paroisse Saint Loup


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Homélie du samedi 28 janvier 2017

Quatrième dimanche du Temps Ordinaire – Année A Eglise de Saint-Paul-de-Varces

« Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu… »

Dans son enseignement sur la montagne, Jésus utilise à neuf reprises le mot clef « heureux ». A chaque fois, cet adjectif est associé à une situation qui n’est pas d’abord perçue comme source de bonheur (« Heureux ceux qui pleurent…), mais la seconde partie de la phrase est au futur et cela ouvre vers un tout autre horizon (…car ils seront consolés »). La béatitude des cœurs purs pourrait être celle des moines. Pour Jean Cassien (IVème-Vème siècles), le but de la vie monastique est la pureté du cœur, sans laquelle il est impossible d’atteindre le Royaume de Dieu. Qu’est-ce que la pureté du cœur ? Le Père Éloi Leclerc écrit : «  Le cœur pur est celui qui ne cesse d’adorer le Seigneur vivant et vrai.  »

Outre ce thème de la pureté du cœur, les autres aspects de la vie chrétienne sont aussi abordés dans ce beau discours de Jésus. Et même celles et ceux qui, parmi nous ce soir, ne sont pas des pratiquants réguliers, ont eu une fois ou l’autre l’occasion d’entendre ces paroles de Jésus qui nous parlent de bonheur. Ce texte où le mot « heureux » est employé neuf fois et qui se termine par un retentissant « Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse vous qui pleurez, car vous serez consolés, vous qui avez faim et soif de justice, car vous serez rassasiés, vous que l’on insulte ou que l’on persécute… ». C’est un peu comme si, aujourd’hui, on disait : « Heureux les chômeurs, car ils bénéficieront des aides sociales, heureux les malades, car ils seront soignés, heureux les sans-logis, les sans-papier, car il y en a qui défileront dans les rues pour les soutenir. »
Où sont donc la justice, l’égalité des chances, le respect de la dignité et des droits de l’homme dans ces paroles de Jésus-Christ qui promet joie et bonheur pour tous ?...

C’est que les mots ne veulent pas toujours dire la même chose selon les personnes qui les emploient ou selon les circonstances dans lesquelles ces mots sont dits.
Prenons le mot « amour » et constatons que le verbe aimer s’emploie autant pour dire « j’aime la soupe » que pour dire « j’aime mes enfants »… Et cette différence de mots est encore plus grande entre l’usage courant et l’usage biblique…
Le dictionnaire Larousse définit le bonheur comme un état de satisfaction , de chance, de circonstances favorables, d’euphorie, de prospérité ou de ravissement et donne comme exemples : « il a eu le bonheur d’échapper à un accident » ou « le bonheur de gagner le gros lot ». Et toujours dans le Larousse, le mot « heureux » veut dire : qui jouit du bonheur, qui est satisfait.

Dans la Bible, ces mots n’ont pas du tout le même sens.
Pour faire simple, je dirai que, dans l’esprit du monde, le bonheur consiste à réussir dans la vie : être beau, intelligent et avoir une bonne place, être en bonne santé, gagner de l’argent et être, au moins un petit peu, admiré.
Dans l’esprit de l’Évangile, le bonheur, ce n’est pas d’abord de réussir dans la vie, mais c’est de réussir sa vie, c’est-à-dire faire de sa vie quelque chose de beau, de généreux, en mettant, dans sa vie, beaucoup d’amour et cela même si on n’a pas beaucoup d’argent, même si on est malade ou handicapé et même si, parfois, on n’est pas compris. Mais ce genre de bonheur, cette béatitude d’esprit et de cœur, n’existe que comme étant la somme d’un tas de petits bonheurs vécus au jour le jour et que sont un sourire, un regard, un geste de tendresse, un acte de partage, une parole de pardon, une épaule sur laquelle quelqu’un peut sécher ses larmes ou encore un souci de paix ou un cri face à des injustices.
Voilà ! Ce sont ces bonheurs-là dont Jésus parlait dans le langage de son temps et qui sont les béatitudes d’aujourd’hui. Et Jésus ajoute que ce bonheur-là, il est éternel, sans fin.
Et nous sommes faits pour le bonheur ! En effet, pour nous, croyants, Dieu ne nous demande pas de souffrir ou de peiner : il nous demande simplement d’être heureux de ce que nous avons – surtout si nous avons peu – mais d’être heureux de ce que nous sommes, avec nos qualités et avec nos fragilités.

Le bonheur, la sainteté, ce n’est pas d’abord une question de vertus. C’est simplement choisir de ne jamais se décourager d’aimer. Tel est le secret du bonheur : ne jamais se décourager d’aimer. Et c’est aussi le secret de la sainteté.

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Sophonie II, 3 ; III, 12-13 ;
Psaume CXLV (CXLVI) ;
Première Épitre de Saint Paul Apôtre aux Corinthiens I, 26-31 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu V, 1-12a.