Paroisse Saint Loup


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Homélie du samedi 18 février 2017 église des Saillants du Gua

Septième dimanche du Temps Ordinaire – Année A

Saints ou parfaits ?

Dans l’Évangile de ce dimanche, que nous entendons trop rarement, car souvent il disparaît avec l’arrivée du Carême, le Christ reprend autrement l’étonnante demande de Dieu, formulée la première fois sur le mont Sinaï : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint.  » Il dit quant à lui : « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait.  » Saints ? Parfaits ? Ces deux mots semblent pour beaucoup équivalents, ils ne le sont pas tout à fait. La « sainteté » de Dieu, c’est d’abord sa transcendance, comme on dit, c’est-à-dire le fait qu’il dépasse tout ce qu’on peut imaginer, qu’il est autre, qu’il est le Tout Autre, non seulement parce qu’il est plus et mieux que nous, mais parce qu’il dépasse toute échelle de mesure. « Parfait » indique une excellence, un accomplissement, une qualité suprême. Dans l’Ancien Testament, seule la Loi est qualifiée de parfaite (Psaume XIX, 8), ou encore Jérusalem (Psaume L, 2), mais ce n’est pas un nom divin.

La sainteté divine a bien ces deux versants : un versant négatif (un être incomparable) et un versant positif (une qualité supérieure), sur ce versant elle rejoint la perfection. Excellence et différence réunies nous disent quelque chose de l’être de Dieu. On a parlé quelquefois du Dieu « moral » de l’Ancien Testament. Il est exact qu’avec la révélation du Sinaï, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob se montre infiniment différent des dieux des nations qui sont batailleurs, cupides, débauchés. A l’inverse, le Dieu qui parle à Moïse étant unique, il n’a pas de rivaux, il s’intéresse à Israël par pur amour et par générosité, il n’a rien à gagner pour lui-même dans l’Alliance qu’il établit, le culte qu’il demande est avant tout utile à ceux qui l’offrent, l’obéissance les grandit, elle n’ajoute rien à sa grandeur. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la morale reçoit une caution divine.

Jésus intensifie encore cet aspect des choses : il va jusqu’à décrire le comportement de l’homme comme une imitation possible de Dieu. La sainteté divine dans le Lévitique demandait à l’homme d’entrer jusqu’à un certain point dans sa sainteté, chacun restant à son niveau, cela voulait dire que l’homme devait, dans son usage du monde, introduire des distinctions, mettre à part le pur et l’impur par exemple. Dans l’Évangile, on va jusqu’à dire « comme » : « soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » : comme, pas autant que, certes, mais au moins à la façon de. Nous avons à imiter le style de Dieu : gratuité, inventivité, spontanéité et bien d’autres choses encore ! Avec Dieu, rien ne ressemble à un échange donnant-donnant, tout y est grâce, liberté, surabondance… Prenons garde que le « comme » ne fonctionne pas en sens inverse et que nous ne nous fassions pas un Dieu à l’image de nos vertus, qui serait la simple « majuscule des grands sentiments humains » (la Bonté personnifiée, la Justice, etc.). Dieu est Dieu et c’est lui qui est à la source de nos qualités, et pas le contraire. C’est en contemplant ses perfections, souvent paradoxales, que nous devinerons ce que peut être pour nous la bonté ou la justice. Mais quel appel à nous dépasser !

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Lévites XIX, 1-2.1 17-18 ;
Psaume CII (CIII) ;
Première Épître de Saint Paul Apôtre aux Corinthiens III, 16-23 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu V, 38-48.