Paroisse Saint Loup


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Troisième dimanche du Temps de Carême – Année A

Eglise de Notre-Dame de Commiers et église Saint Jean-Baptiste de Vif

La grâce et la gloire
Dans le texte que nous avons entendu aujourd’hui en deuxième lecture, saint Paul distingue très clairement ce qui est notre état présent de baptisés (« être en paix avec Dieu », « établis dans le monde de la grâce », etc.) et ce qui sera notre condition future, ce que nous attendons et ce que nous préparons (« avoir part à la gloire de Dieu »). La grâce est la transformation intérieure que nous offre déjà Jésus par la communion à son sacrifice ; la gloire est la complète délivrance du mal et de la mort, la vie avec Dieu pour toujours.
Cela paraît simple et rejoint d’ailleurs d’autres passages du Nouveau Testament que nous connaissons bien (par exemple 1 Jean III, 1-3 que nous entendons le jour de la Toussaint). Mais la difficulté commence lorsque nous essayons de définir cet « état de grâce » qui est, paraît-il, le nôtre, mais qui nous laisse encore si imparfaits, si prompts à tomber. On comprend que certains aient pensé que la grâce n’était pas si largement partagée et que, si tous étaient baptisés, tous n’étaient pas prédestinés au salut, en interprétant dans ce sens divers passages bibliques (« il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus », Matthieu XXII, 14). Ce fut l’erreur de Jansénius, ne retombons pas dans cette ornière. D’autres, à commencer par Luther, ont tenté une autre sortie, guère plus satisfaisante, consistant à limiter la transformation baptismale le plus possible tout en refusant la notion d’état de grâce. Oui, nous avons été déclarés justes par Dieu à cause des mérites du Christ (effet du baptême), nous ne sommes donc plus ennemis de Dieu - saint Paul a raison – mais il n’y a pas de transformation : nous sommes toujours dans la même misère. La seule issue qui nous reste est celle de nous jeter éperdument dans la miséricorde du Christ.
Cela peut être un beau programme spirituel mais ne correspond pas au réalisme avec lequel saint Paul parle de notre nouvelle naissance. Dans le passage de ce jour, il est clairement dit que nous sommes établis dans le royaume de la grâce. Saint Jean, quant à lui, nous déclare que nous avons la vie éternelle (1 Jean V, 13), ce n’est pas pour demain ni pour après-demain, mais pour aujourd’hui ! Tout le Nouveau Testament nous parle de l’incroyable dignité que Jésus nous a acquise par son sang, même si nous n’en faisons pas toujours un bon usage. Sans doute cet état de grâce ne doit-il pas engendrer une confiance déplacée en nos possibilités : « que celui qui tient debout se garde de tomber ! » (1 Corinthiens X, 12). L’Eglise n’a jamais canonisé personne de son vivant, et nous ne pouvons pas être assurés que l’un des nôtres est déjà au ciel (sauf justement les saints que l’Eglise a reconnus) ; jusqu’au bout nous devrons faire notre salut « avec crainte et tremblement » (Ephésiens II, 12).
Tout le paradoxe de notre foi est là : nous sommes peu de chose mais Dieu a décidé de faire habiter en nous sa grâce. Nous ne la voyons pas toujours, nous avons l’impression de nous battre avec nos propres forces mais il a mis sa main sur nous et l’Esprit-Saint vient imperceptiblement transformer notre cœur et notre être tout entier, si nous restons fidèles. L’action de Dieu se manifeste rarement de façon spectaculaire, elle infiltre surtout nos possibilités naturelles et passe par nos efforts minimes, mais, en nous faisant vivre dans l’intimité de Dieu, elle réchauffe nos énergies cachées et ravive notre courage. Le résultat sera indissolublement le don de la grâce et le fruit de nos combats. Qui pourrait donc s’enorgueillir après cela ?

Références des textes liturgiques : Exode XVII, 3-7 ; Psaume XCIV (XCV) ;
Epître de Saint Paul Apôtre aux Romains V, 1-2. 5-8 ;
Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean IV, 5-42.