Paroisse Saint Loup


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Cinquième dimanche du Temps de Carême – Année A

Eglise des Saillants-du-Gua et église Saint Jean-Baptiste de Vif

Dimanche des Prophètes et de Lazare

Dernier dimanche de carême… Nous approchons donc de ce moment où nous célébrerons le mystère pascal, et le Seigneur nous invite à méditer sur la mort et la résurrection, à nous préparer à affirmer notre foi. Nous avons encore deux semaines pour bien préparer notre cœur. Pour nous préparer à dire avec Marthe : « Tu es le Messie, je le crois ; tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde.  » Aujourd’hui, il nous offre un signe : la résurrection de Lazare. Aujourd’hui, il nous offre aussi d’être témoins de ce beau dialogue avec Marthe. Tout cela dans le but de nous préparer à l’accompagner avec foi dans le mystère pascal. Ceux qui sont venus et on vu crurent en Jésus, nous dit saint Jean, nous encourageant à nous laisser porter par leur foi. Dans deux semaines, nous renouvellerons solennellement notre profession de foi, et déjà nous avons hâte d’y être !
Le récit du retour à la vie de Lazare joue dans l’évangile de Jean un rôle similaire à celui de la Transfiguration chez les autres évangélistes. Alors que les menaces s’amplifient à l’égard de Jésus, il s’agit de fortifier la foi des disciples en leur suggérant que la mort n’aura pas le dernier mot. Cette révélation constitue la dernière étape de la catéchèse pré-baptismale. On y entend proclamer la foi chrétienne de façon de plus en plus aboutie : je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera ; Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde.
Marthe témoigne aussi de sa foi en la résurrection de son frère, au dernier jour. Telle est en effet l’espérance née chez les pharisiens à la période du martyre imposé aux Juifs par l’empire hellénistique. Cette foi en la résurrection individuelle prenait alors le relais de la croyance que Dieu pouvait faire revivre son peuple (1ère lecture). Mais Jésus apporte une totale nouveauté à la foi de Marthe en déclarant : Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? C’est à cette vérité que les baptisés adhèrent.
La résurrection du Christ imposera deux bouleversements à la foi juive. D’une part la résurrection n’est plus reportée à la fin des temps. Les chrétiens baptisés dans sa mort et sa résurrection participent déjà avec lui à la vie divine. Nous ne sommes plus sous l’emprise de la chair comme l’écrit Paul aux Romains, mais sous celle de l’Esprit. D’autre part, la résurrection qui nous est promise n’est pas un simple retour à la vie comme c’est le cas pour Lazare qui mourra à nouveau. Celle dont nous vivons déjà, mais que nous expérimenterons en plénitude à la fin des temps, nous verra totalement libérés du péché et affranchis des limites de la condition humaine.
Pour finir cette prédication, je souhaite aborder une question qui me paraît loin d’être accessoire dans cette scène du retour à la vie de Lazare, celle des larmes et de leur signification. A ce sujet, saint Pierre Chrysologue, grand théologien du Vème siècle, offre une explication saisissante et profonde. Elle servira ici de conclusion.

« Quand Jésus vit Marie pleurer, et que les juifs venus avec elle pleuraient, il fut bouleversé d’une émotion profonde. » Marie pleure, les juifs pleurent, même le Christ pleure. Crois-tu qu’ils ressentent tous la même peine ? Marie, la sœur du mort, pleure parce qu’elle n’a pas pu retenir son frère, ni détourner la mort. Elle a beau être convaincue de la résurrection, la perte de son meilleur soutien, la pensée d’une cruelle absence, la tristesse d’une longue séparation, font jaillir des larmes qu’elle ne peut pas retenir… L’image implacable de la mort ne peut pas ne pas nous toucher et bouleverser, quelle que soit notre foi. Les juifs aussi pleuraient, au souvenir de leur condition mortelle, parce qu’ils désespéraient de l’éternité… Un mortel ne peut pas ne pas pleurer devant la mort. Laquelle d’entre ces tristesses étreint le Christ ? Aucune ? Alors pourquoi pleure-t-il ? Il avait dit : « Lazare est mort, et je me réjouis. » Mais voici qu’il répand les larmes des mortels, au moment même où il répand une nouvelle fois l’Esprit de vie ! Frères, tel est l’homme : sous l’effet de la joie, comme sous celui de la peine, jaillissent les larmes… Le Christ n’a pas pleuré dans la désolation de la mort, mais au souvenir de l’allégresse, lui qui par sa parole, une parole, doit réveiller tous les morts à la vie éternelle (Jean V, 48). Comment penser que le Christ ait pleuré par faiblesse humaine, quand le Père céleste pleure son fils prodigue non pas lorsqu’il part, mais à l’heure de le retrouver ?
(Luc XV, 20).

Père Thibault NICOLET