Paroisse Saint Loup


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Quatrième dimanche de Pâques – Année A

Samedi 06 mai en l’église de Saint-Barthélémy-du-Gua

« Je suis la porte… »

Le Seigneur Jésus vient de guérir un aveugle, le jour du sabbat. Dans le cœur des Pharisiens s’orchestre une cabale contre lui. Il attire les foules. Il nourrit les affamés. Il soulage les souffrances. C’en est trop, il faut l’éliminer. C’est par la jalousie que le monde a eu raison de lui. Le jaloux ne peut supporter les bonnes initiatives des autres. Il trouve toujours quelque raison de les critiquer, parfois même de les combattre. Mais il n’est pas dupe. Il finira par accepter l’injustice qui lui est faite quand « son heure sera venue ».
En attendant, il pose les jalons de la Vérité. Selon son habitude, il se sert d’exemples de la vie quotidienne. Ainsi tout le monde peut comprendre le sens de ses paroles. Sauf, bien sûr, ceux qui ont le cœur endurci.
Le Christ se compare à un berger : un bon pasteur. En Palestine, les bergers se regroupaient pour garder leurs troupeaux, la nuit, dans un même enclos. Il était entouré d’un muret sur lequel des fagots d’épines et de chardons remplis de pierres étaient posés. Ainsi, quand les loups ou les voleurs tentaient de franchir la clôture, le bruit des pierres qui s’effondraient alertait les bergers. Le matin, chaque berger appelait ses brebis du milieu du troupeau pour les mener au pâturage. Les brebis reconnaissant la voix de leur pasteur le suivaient. Mais elles n’obéissaient pas à la voix d’un étranger.
En Orient, les images jouent un rôle particulier. Depuis Abel jusqu’aux bergers de la nuit de Noël, l’image du berger est présente dans la Bible. Dieu le Père y est comparé au pasteur idéal. Tel un berger il fait paître ses troupeaux, de son bras il rassemble les agneaux, il les porte sur son sein, il conduit doucement les brebis mères (Isaïe XL, 11). Et Jésus y est figuré, lui le Messie, sous les traits du berger auquel le Père confiera son peuple. L’iconographie chrétienne l’a souvent représenté sous les traits d’un jeune berger portant une brebis autour du cou.
Cette parabole nous laisse entrevoir les nouveaux rapports d’intimité qui vont, par le Fils, nous lier au Père. Pour lui, nous ne sommes pas une foule d’anonymes. Il connaît chacun de nous par son nom. Chacun de nous a un visage, une histoire qui lui est propre. Il nous apprend qu’avec l’amour toute autorité est un service. Alors que sans l’amour elle devient autoritarisme. Quand le Seigneur confie la garde de son troupeau à Pierre, il ne lui pose que cette question : M’aimes-tu ? C’est la question que toute personne en charge d’une responsabilité devrait se poser. Nous devons marcher à la suite du Christ, agir comme lui. Si un époux aime son épouse et si l’épouse fait de même, leurs enfants seront un « bon troupeau », bien aimé donc bien éduqué. Si un patron a le souci de servir le bien de tous, ses employés seront encouragés à bien faire. Si un chef d’État cherche en priorité le bien de la nation, les gens auront davantage le sens de leurs responsabilités individuelles.
Ô bon pasteur, tu n’es pas seulement le berger, tu es aussi la Porte des brebis. Tu es notre Porte vers les mystères divins. Tu es notre passage vers le Père. Tu es l’unique médiateur entre Lui et nous : Il n’y a pas d’autre nom par lequel nous devions être sauvés, nous dit Pierre dans les Actes des Apôtres (IV, 12).
Les hommes qui cherchent Jésus d’un cœur sincère et s’efforcent d’agir avec droiture selon leur conscience s’engagent par cette Porte. Saint Augustin affirme que ceux-là sont « au-dedans de l’Église du Christ. »
Chacun de nous est à la fois brebis et pasteur. En tant que brebis n’avons-nous pas la tentation de nous dissocier des autres ? De quitter la chaleur d’une communauté, d’un couvent, d’une paroisse, d’un diocèse, de l’Église ? N’avons-nous pas envie de sortir voir ailleurs ce qui se passe ? De nous laisser séduire par les « loups », c’est-à-dire par ceux qui ont un langage plus facile, plus attrayant ? Par les « gourous » des sectes qui nous promettent le bonheur pour mieux nous détruire ensuite ?
En tant que pasteur, avons-nous le souci de ceux qui nous sont confiés, de ceux que nous côtoyons chaque jour dans notre propre famille ou au travail ? Est-ce que nous les guidons vers les réalités célestes, par notre attitude, par nos paroles ou notre silence ? Sommes-nous capables de connaître chacun, de deviner les blessures, de nous pencher sur tel ou tel problème, d’écouter les plaintes, d’apaiser les peurs ? Est-ce mû par l’amour ou bien pour exécuter un devoir que nous faisons notre travail quel qu’il soit ? Avons-nous assez de patience, de foi et d’amour pour aller à la recherche de la brebis qui s’éloigne ? Sommes-nous prêts à donner notre vie pour elle, comme une mère donne sa vie pour ses enfants, comme le Christ a donné sa vie pour son Église ? Le mercenaire ne donne pas sa vie, il la monnaye. Ne sommes-nous pas quelquefois, même à notre insu, un peu mercenaire dans notre façon de nous comporter avec les autres ?

Seigneur, aide-nous à être fidèles à l’amour dont tu nous as irrigués et à être des pasteurs à ton image !

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Actes des Apôtres II, 14a.36-41 ;
Psaume XXII (XXIII) ;
Première lettre de saint Pierre Apôtre II, 20b-25 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean X, 1-10.