Paroisse Saint Loup


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Solennité de la Pentecôte – Année A

Eglise des Saillants-du-Gua et église Saint Jean-Baptiste de Vif

La loi nouvelle

« Tu reprends leur souffle, ils expirent et retournent à leur poussière. Tu envoies ton souffle : ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre ! »

Ce psaume révèle le mystère de la transformation de notre monde. Le souffle de Dieu nous a donné la vie et nous garde vivants. Dieu « renouvelle la face de la terre » lorsqu’il nous envoie son Esprit.
En fait, c’est chacun d’entre nous qui a dû reprendre son souffle – ou une grande inspiration ! – à la lecture de ce psaume. Dieu régénère la Création. Grâce à lui, l’ordinaire devient extraordinaire, à travers notre vie. C’est énorme !
A vrai dire, nous n’avons sans doute pas remarqué tellement de changements dans notre vie quotidienne… Et pourtant, il suffit de bien peu de choses pour envisager le quotidien différemment. Un simple exemple : avant de parler à quelqu’un ou d’entamer une conversation redoutée, il est bien facile de prier avec ces quelques mots : « Viens, Esprit-Saint, remplis le cœur de tes fidèles… » Nous pourrons alors remarquer un changement significatif en nous. Et Dieu pourra s’occuper du reste !
Seigneur Jésus, envoie-nous ton Esprit et renouvelle la face de la terre !
Comme on sait, ce sont nos frères juifs qui nous ont légué la fête des Semaines (Shavouot) ou de Pentecôte (du mot grec qui veut dire cinquante, car elle se célèbre 50 jours après Pâques). Mais ils y voient, eux, la fête du don de la Loi par Dieu au mont Sinaï : après l’arrachement miraculeux à la terre d’Egypte (fêtée à Pessah, notre fête de Pâques) vient une grâce plus forte encore, celle par laquelle Dieu communique à son Peuple ses commandements, sa Torah, révélation des intentions divines, source de vie pour Israël.
Nous sommes bien loin en apparence de notre fête de la Pentecôte qui évoque pour nous la descente du Saint-Esprit sur les apôtres réunis au Cénacle après l’Ascension. Mais regardons-y de plus près. Car, après tout, les apôtres eux-mêmes ont continué à célébrer les fêtes de la synagogue ; et justement on sait que saint Paul, devenu chrétien et propagateur de l’Évangile, continue de faire une place particulière à la Pentecôte qu’il souhaite célébrer à Jérusalem ou à défaut près d’une communauté juive (1 Corinthiens XVI, 8 ; Actes XX, 16).
La Pentecôte nous dit la plénitude du Don de Dieu. Si Pâques est la libération, la victoire sur le mal, il reste à organiser cette liberté retrouvée, il reste à lui donner un but. C’est là qu’arrive la Pentecôte. Le don de l’Esprit n’est pas anarchique, il construit la communauté chrétienne, il lui donne le moyen de s’épanouir par des charismes divers, il lui trace des voies pour donner corps à la Bonne Nouvelle. Un passage du livre de Joël (III, 1-2) que cite explicitement Pierre le jour de la première Pentecôte de l’Église (texte figurant dans les lectures possibles de la vigile) nous dit bien des choses à ce sujet, que nous pouvons méditer :« Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair. Nos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens auront des songes, vos jeunes gens, des visions. Même sur les esclaves, hommes et femmes, en ces jours-là, je répandrai mon Esprit. »
Ne nous laissons pas prendre au jeu des oppositions entre la Loi et l’Évangile, qui traduisent autant de méconnaissance de l’une que de malentendus sur l’autre. La Loi d’Israël était vie, elle rayonnait sur toute la vie sociale et privée, pour l’organiser autour du culte du vrai Dieu. Avec la venue de l’Esprit-Saint sur les Apôtres, cette même vie est partagée sans mesure à la première communauté chrétienne, qui trouve aussi en elle sa loi de développement. La seule différence entre la Torah reçue par Moïse et celle qui va être le centre vivant de l’Église, c’est que l’une est organisée autour du présent (la vie du peuple à assurer), l’autre autour de la vie du Royaume à accueillir. L’une est statique, l’autre est dynamique.
La mission de l’Église est de proclamer la Bonne Nouvelle et de faire des disciples, sans jamais pouvoir atteindre sa pleine réalisation dans l’histoire. Elle consiste à pénétrer toutes les réalités humaines, mais pour les ouvrir sur un accomplissement qui dépasse ce monde. Saint Paul nous le dit : Le temps se fait court. Que désormais ceux qui ont femme vivent comme s’ils n’en avaient pas ; ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas ; ceux qui sont dans la joie, comme s’ils n’étaient pas dans la joie ; ceux qui achètent, comme s’ils ne possédaient pas ; ceux qui usent de ce monde, comme s’ils n’en usaient pas vraiment. Car elle passe, la figure de ce monde (1 Corinthiens VII, 29-31).

La Loi nouvelle, enseigne saint Thomas d’Aquin, ce n’est rien d’autre que la charité versée dans nos cœurs par le Saint-Esprit. Mais c’est cette charité, l’amour même de Jésus, qui nous presse (2 Corinthiens V, 14) et nous bouscule, qui nous invite à ne jamais nous contenter d’aucune réalisation, à guetter les signes du Royaume, à attendre l’accomplissement total de la promesse.
Bonne fête de la Pentecôte !

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Actes des Apôtres II, 1-11 ; Psaume CIII (CIV) ;
Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens XII, 3b-7.12-13 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean XX, 19-23.