Paroisse Saint Loup


Sommaire > Vie de la paroisse > Homélies > XIIème dimanche du Temps Ordinaire – Année A

XIIème dimanche du Temps Ordinaire – Année A

Église de Saint –Paul-de-Varces samedi 24 06 2017

Parler sans crainte

Aux foules, le Seigneur a parlé en paraboles, mais il a formé ses apôtres dans l’intimité. Plusieurs fois, aujourd’hui, en s’adressant à eux, il prononce ces paroles : « Lo Tedhal ! », c’est-à-dire : « N’ayez pas peur ! », « Ne craignez pas ! »… Il brosse un sombre tableau des difficultés, des calomnies, de la haine auxquelles ils vont être confrontés. « Le disciple n’est pas au-dessus de son maître » : les disciples du Christ sont appelés à passer comme lui par un chemin de croix.
Imaginons-le parlant à ses apôtres. Il est installé sur le toit-terrasse d’une des maisons qui lui sont ouvertes, peut-être celle de Pierre ? Au Moyen-Orient, le faîte des maisons est aménagé en terrasse où l’on s’installe en été pour se rafraîchir, le soir, en discutant avec ses voisins, en jouant au tric-trac ou en savourant à petites gorgées une citronnade ou bien un sirop de rose ou de mûre… on y dort même, la voûte céleste pour manteau ! Lieux de rencontre et promontoires, ces terrassent permettent d’appeler et d’interpeller, 100 mètres à la ronde, passants et connaissances. Aussi quand il recommande à ses apôtres de proclamer sur les toits tout l’enseignement qu’ils ont reçu de lui, l’image se dessine devant nos yeux. Plus de secret, même si tout cela doit conduire à des situations périlleuses. C’est à voix haute, sans réticences, sans honte, sans fausse pudeur que nous devons proclamer l’Évangile à temps et à contre-temps, même si nous devons connaître l’intimidation, l’emprisonnement, le martyre. Nos détracteurs ne pourront pas aller au-delà de notre corps. Ils peuvent le détruire. Il est de toute façon appelé à mourir un jour ou l’autre. Ils ne pourront pas détruire notre âme où siège notre liberté de croire et d’aimer. Le message de Jésus est rude. Mais il nous promet la sollicitude de notre Père du ciel, lui qui nous connaît dans nos moindres détails et qui connaît notre faiblesse. Il porte attention à tout ce qui existe, à tout ce qui vit, en tant que créateur, mais aussi en tant que Père d’une multitude dont le Christ est le Premier né. S’il prend soin des oiseaux les plus petits de la création, combien plus aura-t-il soin de nous ! Nous sommes ses enfants et il nous aime. D’ailleurs de nos cheveux mêmes, il connaît le nombre. Qu’avons-nous encore à craindre ?
Le Seigneur n’invite jamais aux solutions de compromis. Il ne nous dit pas de tergiverser si cela peut nous sauver la vie. Je n’imagine pas non plus le Christ disant : « Faites attention, cachez mon message à certains, dévoilez-le à d’autres… Servez à chacun ce qui lui plaît… Soyez machiavéliques… Je ne vous en tiendrai pas rigueur ». Oh non, Jésus est radical. Avec lui, on va jusqu’à Jérusalem, c’est-à-dire jusqu’au Calvaire. C’est à cette condition que la vie divine nous vivifiera de sa sève. Quand nous lisons le récit du martyre de ceux qui n’ont pas hésité à donner leur vie pour lui : quel courage ! mais aussi quelle joie les habitait tous ! Ils n’ont pas eu honte du Christ devant les hommes. « Jusqu’où aller… ? Un seul connaît le jour et l’heure de notre libération en Lui… Soyons disponibles pour qu’il puisse agir en nous… » avait écrit, un an avant sa mort, un des moines de Tibhirine. Pour lui, comme pour ses compagnons, rien n’avait plus de valeur que vivre par amour du Seigneur et de leurs frères. Ils en ont témoigné par une présence aimante et par leur vie de prière. Jusqu’à l’heure de leur martyre, ils étaient des chrétiens ordinaires, a souligné l’abbé général des cisterciens et trappistes, Dom Olivera. Mais ils avaient fait un choix. Celui de témoigner de l’amour de Jésus, là où il les avait appelés. Sans doute n’ignoraient-ils pas l’issue probable. Jusqu’où aller ? Jusqu’au bout du don, comme le Christ. Ils nous laissent un témoignage supplémentaire de la puissance sereine de l’amour quand il embrase les cœurs.
Quant à ceux qui croient par habitude parce qu’ils vivent dans un milieu chrétien ou parce que cela fait bien d’appartenir à une religion qui défend les droits de l’homme, les paroles prophétiques du Seigneur sur les épreuves à subir peuvent paraître intolérables. Devra-ton vraiment passer par le martyre ? Devons-nous vraiment afficher nos convictions ? Souvent, on craint de parler car on croit manquer au devoir de solidarité avec le monde. Il ne faut pas blesser. Il ne faut pas choquer. A chacun sa vérité… Souvent aussi, on craint de parler parce qu’on n’a plus de certitudes profondes. On a peur d’affronter la contradiction ou la moquerie, fréquentes dans nos sociétés dont les comportements n’ont plus rien de chrétien. Pourtant si nous cachons nos convictions et notre foi par respect humain, si nous ne sommes pas capables de supporter cette forme de persécution par amour du nom de Jésus, il nous prévient qu’il ne se prononcera pas non plus en notre faveur devant son Père. C’est ainsi. Si notre amour est aussi peu enthousiaste à se manifester, c’est sans doute qu’il n’est pas assez grand. Dans l’éternité, il récoltera le fruit de son peu d’ouverture et de don : « Ne vous y trompez pas » nous rappelle saint Paul, « ce que l’on sème on le récoltera. Qui sème dans la chair récoltera de la chair la corruption ; qui sème dans l’esprit récoltera de l’Esprit la vie éternelle. »

Père Thibault NICOLET


Références des textes liturgiques :
Jérémie XX, 10-13 ; Psaume LXVIII (LXIX) ;
Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains V, 12-15 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu X, 26-33.