Paroisse Saint Loup


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Vingtième dimanche du Temps Ordinaire – Année A

S 19 D 20 août église du Genevrey et église Saint Jean-Baptiste de Vif

« Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens ! »

Le fait est remarquable. Dans l’évangile de ce jour, Jésus ne renvoie pas la Cananéenne, comme le lui demandent ses disciples. Selon eux, elle n’a pas à solliciter de faveur auprès du Messie, car elle n’est pas des leurs.
Or, Jésus ne la repousse pas. Il la met à l’épreuve et s’émerveille devant sa réponse. Jésus voit au-delà des apparences : il perçoit le cœur humain.
La plupart du temps, chacun de nous se sent bien parmi les siens, dans son cadre de vie. Or, les origines ethniques ou sociales et les affinités politiques qui caractérisent notre petit univers ne sont pas ce qu’il y a de plus essentiel. Il nous faut nous aussi regarder au-delà et nous émerveiller de la foi de nos frères. Tout bientôt, peut-être, sans doute, Dieu placera une Cananéenne sur notre chemin. Reconnaîtrons-nous cette grâce ou ferons-nous l’erreur de la repousser ?
Une manière suggestive de lire une page d’évangile consiste à se placer du point de vue des différents personnages. Appliquée à l’épisode de ce jour, elle réserve des surprises. Prenons Jésus. L’apparition d’une Cananéenne semble le contrarier. Il reste sans réaction apparente face à sa demande pressante. Puis à ses disciples excédés par ce harcèlement, il répond par une fin de non-recevoir. Le Christ ne nous a pas habitués à une telle brutalité ! Fallait-il qu’il se sentît voué aux fils d’Israël pour renvoyer si sèchement une païenne importune !
La femme. Il nous est plus facile de nous situer de son côté. Mais oserions-nous pareil entêtement face à un messie récalcitrant ? Déjà, nous avons peu l’audace de crier pitié vers le Seigneur : bien des pudeurs nous retiennent de confesser un besoin d’être sauvé ! Et elle a le culot de supplier pour elle-même quand c’est sa fille qui est tourmentée ! Dieu nous délivre nous-mêmes, en même temps que ceux que l’on aime. Cette femme met Jésus au défi d’élargir l’horizon de sa mission. Persévérante, elle est gagnante.
Les disciples, enfin, à qui spontanément nous nous identifions. Ils n’ont rien compris ! Cette Cananéenne, qui leur cassait la tête, leur donne une belle leçon de foi. Une foi prête à se contenter des miettes, sauvant ainsi celle à qui le pain de vie n’était pas destiné a priori. Son désir de liberté, pour elle et pour sa fille possédée, l’a poussée à s’inviter au festin du Royaume. Elle n’y était pas conviée ? C’est pourquoi le Seigneur l’a exaucée.
En se rendant dans la région de Tyr et de Sidon, Jésus sait qu’il va rencontrer des gens différents, mais il n’y est pas forcément préparé. Alors quand la Cananéenne arrive, « il ne lui répond pas un mot ». Jésus se tait devant cette femme, il ne peut en apparence rien pour elle. En plus, les Cananéens ne sont pas très estimés des Juifs à l’époque.
« Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens » : Jésus emploie donc cette expression surprenante, méprisante, révélatrice de la culture ambiante. Mais la Cananéenne persévère dans sa profession de foi, et Jésus est touché. A travers cette femme, il comprend que l’amour dont il est porteur s’adresse à toutes les femmes et à tous les hommes.
En accédant à la demande de la Cananéenne, Jésus opère une révolution : c’est toute l’humanité que Dieu veut sauver. La demande de cette femme est plus profonde qu’une question d’amitié, c’est une question de vie ou de mort. Jésus est le Fils du Dieu vivant.
Alors restons surpris – voire choqués – dans un premier temps par la réponse de Jésus à cette femme qui le supplie. Puis, comme elle, sachons faire le plongeon dans la foi. Elle s’adresse à Jésus en l’appelant Seigneur, elle se prosterne devant lui et ne s’émeut pas à sa réponse ! Elle persévère car sa foi en lui et son amour pour son enfant lui permettent de déplacer des montagnes ! L’humilité de cette femme lui donne de consentir à être parmi les petits chiens qui recueillent les miettes du pain des enfants. Elle sait qu’elle n’a peut-être pas la priorité, mais elle croit que Jésus peut libérer sa fille. Sa rencontre avec Jésus s’opère, grâce à la foi qui permet l’entrée dans la famille des enfants du Père. Seigneur, donne-nous cette foi et cette humilité !

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Isaïe LVI, 1. 6-7 ;
Psaume LXVI (XLVII) ;
Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains XI, 13-15. 29-32 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu XV, 21-28.