Paroisse Saint Loup


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Vingt-quatrième dimanche du Temps Ordinaire – Année A

S 16 et D17 septembre 2017 église de Saint-Pierre-de-Commiers et église Saint Jean-Baptiste de Vif

« Combien de fois dois-je pardonner ? »

Le Seigneur nous a pardonné le premier. Cela lui a coûté la mort en croix de son Fils. Avons-nous conscience combien nous avons été pardonnés et combien de fois chaque jour le Seigneur nous pardonne ? La mesure de notre amour n’est –elle pas celle du pardon que nous donnons ? Saint Paul et saint Jean s’accordent à le dire : « L’amour prend patience ; l’amour n’entretient pas de rancune ; il supporte tout… » (1 Corinthiens XIII, 4-7) et « Puisque Dieu nous a tant aimés, nous devons nous aussi nous aimer les uns les autres » (Jean IV, 11). Si Dieu nous a tant pardonné, ne devons-nous pas nous aussi pardonner ? Refuser de donner le pardon, n’est-ce pas agir comme si Dieu ne nous avait pas pardonné et perdre notre ressemblance à son image ? Comment alors oser prétendre conserver le pardon premier de Dieu à notre égard ?
Goûtons la réponse de Jésus à Pierre, à propos du pardon : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois » (Matthieu XVIII, 22). Pourquoi Pierre veut-il, et pourquoi voulons-nous, nous aussi, si souvent mesurer l’Amour ? Le Christ lui dit et nous dit que l’Amour est sans mesure et que le pardon ne peut être qu’absolu. Celui qui ne pardonne pas tout n’a rien pardonné, car l’amertume demeure, comme un poison qui ronge. Il s’agit d’abandonner au vent de la miséricorde tout ce qui abîme le cœur en le conduisant vers la mort. C’est un message essentiel qui nous est adressé. Le pardon en effet est un chemin de vie.
Ce que le Christ dit ici à Pierre peut lui sembler n’être que paroles, mais dans quelque temps, Pierre verra dans ses yeux la réalité du pardon, alors qu’il l’aura trahi par trois fois.
En effet, le pardon dont parle Jésus à Simon, fils de Jonas, est d’abord valable pour lui. Il lui pardonne et il lui faut se pardonner son propre péché avant même que de pardonner à son frère. Il nous faut nous pardonner à nous-mêmes en nous abandonnant sans réserve ni inquiétude à l’amour de Dieu.
Dieu est plus grand que notre cœur. C’est Lui qui le remplit d’amour comme il a rempli les cruches de Cana du vin de la grâce.
Réfléchissons. Aurions-nous même pu être capable, comme Pierre ou Paul, d’aller jusqu’au bout du monde, téméraire au point de braver l’empire et ses maîtres, si nous n’avions pas été pardonnés au matin d’une nuit de terreur et de mort ? C’est le pardon qui donne la force d’aller jusqu’au bout de soi-même, jusqu’à la croix s’il le faut.
C’est ce que n’avait pas compris Judas, ce frère malheureux, qui n’a pas accepté de se pardonner alors qu’il avait été, comme nous tous, pardonné par celui qui l’a aimé jusqu’au bout et pour qui il est mort.
Nous sommes tous des pardonnés et plus nous sommes pardonnés, plus nous sommes capables d’amour, comme le Seigneur le dira lui-même à la femme pécheresse. Si le péché conduit à la mort, le pardon est le terreau de l’amour, et le péché peut devenir alors, par le mystère insondable de la grâce et dans l’incompréhension humaine qui fut celle du fils aîné, le premier pas de l’enfant prodigue vers son père.
Par la force du pardon, l’amour de Dieu va jusque-là. Il dépasse toutes les limites humaines car il détruit tout péché en le rendant inopérant.
« La loi est intervenue pour que les fautes se multiplient ; mais là où le péché s’est multiplié, la grâce de Dieu a été plus abondante encore. » Romains V, 20
écrira Paul aux Romains, lui qui avait, comme nous, tant à se faire pardonner.
Mais ne nous trompons pas. Se pardonner à soi-même, ce n’est pas nous exonérer à bon compte de notre péché, c’est d’abord le reconnaître et accepter, en toute humilité, le pardon de Dieu qui nous fera verser des torrents de larmes et nous fera renaître en un homme nouveau. Nous sommes autant les enfants du pardon que les fils et filles de l’amour.
« Un temps vient où les coteaux produiront du raisin en abondance et où les troupeaux sur les collines donneront du lait à profusion.
L’eau coulera dans les ruisseaux de Juda, un torrent jaillira du Temple du Seigneur et arrosera la vallée des acacias.
(…) Oui, je les déclarerai innocents !
Alors Juda et Jérusalem seront peuplés pour toujours et, moi, le Seigneur, je demeurerai à Sion. »
Joël IV, 18.20
Outre cette invitation à vivre pleinement dans la dynamique du pardon, ce texte d’Évangile nous invite à lâcher prise.
Ce serviteur impitoyable est l’image même de cet esprit rancunier et vindicatif propre à l’être humain. Bien qu’il ait bénéficié de l’indulgence de son maître auprès de qui il s’est endetté, il exige de son compagnon la restitution totale de la somme qu’il lui a prêtée. Il va même jusqu’à le faire jeter en prison.
Or, refuser le pardon revient à s’étrangler soi-même. Nous gâchons notre existence en refusant de pardonner. Telles des toxines, la haine et la colère empoisonnent notre vie, gâchent notre santé et notre joie. Hélas, de telles situations sont courantes en cas de divorce, au travail, ou dans les querelles familiales quand vient le moment de se partager l’héritage. Sur le plan international, les rivalités ancestrales attisent les conflits, pendant que les pays riches étouffent l’économie des contrées les plus pauvres en exigeant le remboursement complet de leur dette.
Et pourtant, nous respirons tellement mieux une fois que nous avons pardonné. Quand nous arrêtons d’étrangler notre voisin, les doigts qui enserrent notre propre cou lâchent prise.

Mon Père, apprends-moi à me pardonner, à accepter ton pardon, et à consentir au regard d’amour et de tendresse que tu portes sur moi, même quand je suis loin de toi, parce que j’ai eu peur et que mon cœur était froid. Donne-moi, mon Père, la force de marcher vers toi, certain que tes bras sont ouverts et que, de toute éternité, tu n’attends que moi.

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Ben Sira le Sage XXVII, 30 – XXVIII, 7 ;
Psaume CII (CIII) ;
Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains XIV, 7-9 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu XVIII, 21-35.