Paroisse Saint Loup


Sommaire > Vie de la paroisse > Homélies > Vingt-septième dimanche du Temps Ordinaire – Année A

Vingt-septième dimanche du Temps Ordinaire – Année A

dimanche 08 octobre 2017 église Saint Jean-Baptiste de Vif (messe de rentrée de la Paroisse)

Des paroles en acte

Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits (Matthieu XXI, 43)

Dans cette parabole, Jésus utilise des images assez violentes pour soulever un point fondamental du christianisme. Il nous dit que si nous avons l’intention de nous comporter en « locataires » du royaume de Dieu, il va falloir que nous nous retroussions les manches et que nous le fassions fructifier.
Cette parabole rappelle l’importance de nos responsabilités en paroisse et de notre participation au royaume de Dieu, ici sur terre. Nous sommes appelés à aimer Dieu et notre prochain. Nous sommes appelés à être des modèles de l’amour et de la miséricorde de Dieu. Il nous faut rechercher son pardon et l’offrir à ceux qui nous ont blessés. Le message de Jésus ne se résume pas à quelques mots sur une page de la Bible. Accepter passivement son enseignement n’est pas suffisant. Jésus nous explique ce qu’il en coûte d’entrer dans le Royaume. Écoutons ses paroles et transformons-les en actes.
Jamais le Seigneur Jésus n’a été aussi grave ni aussi clair qu’à travers cette parabole. Il nous brosse une fresque de l’histoire du Salut.
Histoire dramatique ! Histoire d’amour !
Le Seigneur Dieu est ce propriétaire qui a planté sa vigne non seulement pour en tirer profit mais (on le sent !) avec amour. C’est vrai ! En contemplant un vignoble, l’alignement des plants et la taille parfaite de chacun ne peuvent que forcer l’admiration. Un travail aussi méticuleux, patient, persévérant, laisse présager l’attention soutenue et le dévouement des ouvriers. Or, cette vigne si chère au cœur du Seigneur, c’est son Royaume. A travers les siècles, Il la confie à des vignerons pour en prendre soin et lui faire produire les bons fruits dont Il espère la récolte abondante. Les vignerons ne sont ni une nation, ni un groupe, ni un individu en particulier. Personne ne peut se vanter d’être « vigneron attitré ». il faut s’en montrer digne. Et, pour cela, ne pas se croire autre chose qu’un serviteur inutile. C’est pourquoi le Père choisit ses « vignerons » non parmi ceux qui se croient sages et savants mais parmi « les petits » et les humbles. Les apôtres du Christ, les saints, ses amis témoins de l’Évangile : tous sont marqués par l’humaine faiblesse et le péché.
C’est donc un propriétaire qui confie la vigne qu’il a plantée aménagée, protégée par une clôture, à des métayers, puis il part en voyage. A l’époque des vendanges, il envoie ses serviteurs chercher le produit de la récolte. Mais ceux-ci ne reviennent pas et la rumeur lui apprend qu’ils ont été mis à mal par ses vignerons. Au lieu d’exploser de colère (comme nous l’aurions déjà fait !), le maître leur cherche des excuses. Peut-être n’ont-ils pas compris que ses envoyés venaient de sa part ? Alors il en envoie de nouveau et en plus grand nombre.
N’est-ce pas ainsi que le Seigneur Jésus agit avec nous ? Il nous a choisis, appelés. Il nous entoure de sa sollicitude. Il veille sur nous sans relâche. Il nous dit de ne pas avoir peur. Il ne nous laisse jamais décourager par nos refus. Avec persévérance, il nous envoie de nouveaux signes ou de nouveaux messagers de sa Parole. Même au moment de mourir, il trouvera le moyen d’excuser ses bourreaux : « … Ils ne savent pas ce qu’ils font ». Aimés comme nous le sommes par lui, ne devrions-nous pas reproduire en nous et autour de nous les effets de cet amour, au sein de la paroisse ou plus largement encore ?
Comme le Seigneur, le maître de la vigne est patient et ne désespère pas de toucher le cœur de ses intendants. Il lui reste son « fils bien-aimé », c’est-à-dire son fils unique. Il pense : « Ils respecteront mon fils ». Malheureusement, le cœur des vignerons est aveuglé par l’envie. Dès qu’ils aperçoivent le fils, ils imaginent qu’en le supprimant ils se rendront maîtres de la vigne. N’est-ce pas eux qui font tout le travail au long des jours ? De ce fait, la vigne n’est-elle pas la leur ? Tentation bien humaine de s’approprier les mérites de notre travail ou de nos actions au service du Royaume !
N’est-ce pas justement contre cela que Jésus veut nous mettre en garde ?
Cette parabole peut être interprétée de bien des manières. On peut, certes, y voir une allégorie du refus et du rejet de certains membres du « peuple choisi » à l’origine par le Père. Rejet qui aboutira à la mise à mort du Fils hors des murs de la Cité sainte.
Cette mort ne marquera pourtant ni la fin ni l’échec de son Règne. Au contraire ! « La pierre rejetée par les bâtisseurs » va devenir « pierre angulaire ». Dans une région exposée aux tremblements de terre, les bâtisseurs savent bien qu’il leur faut choisir des pierres imposantes et solides pour asseoir leur construction. Le Christ est cette pierre solide sur laquelle, après sa Résurrection avec l’assistance de l’Esprit-Saint, sera érigée l’Église : nouveau peuple de Dieu. « C’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux. »
Gérants de la vigne du Christ, nous sommes appelés à en prendre soin pour la faire fructifier. Pour nous y aider, Il nous a laissé son Esprit et ses sacrements (réservoirs de ses grâces). A nous de savoir profiter pleinement de ses bienfaits en mettant simplement nos talents à sa disposition. Mais ne succombons pas à cette tentation de nous croire l’auteur ou le propriétaire de notre travail dans la paroisse, dans l’Église ! Dès que nous faisons d’un projet, aussi généreux soit-il, une affaire personnelle au lieu de le confier à la Providence, nous nous mettons dans la situation des vignerons homicides. En effet, si nous refusons d’être des serviteurs inutiles, l’Esprit du Seigneur ne peut plus réaliser par nous son plan de salut. Et ainsi, nous faisons obstacle à l’avènement de son Royaume.

Seigneur, tu es le roc de nos vies. Sans toi, nous avons déjà expérimenté que nous ne pouvons rien édifier de solide, de durable. Avec toi, au contraire, tout devient possible. Si nous nous appuyons sur toi, nous ne travaillerons pas en vain. La preuve : tu as bâti ton Église sur un simple pêcheur, impétueux mais pas très courageux, qui t’avait même renié à trois reprises… Nous ne devons donc pas nous décourager devant notre misère. Elle n’est rien tant que nous demeurons greffés sur toi.
« Tu ne fais pas cas de nos faiblesses, tu greffes en nous ta force et ta grâce. En faisant de nous ton tabernacle, tu pourras oser tous les miracles. »

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Isaïe V, 1-7 ;
Psaume LXXIX (LXXX) ;
Lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens IV, 6-9 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu XXI, 33-43.