Paroisse Saint Loup


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Commémoration des fidèles défunts

Jeudi 2 novembre, église Saint Jean-Baptiste de Vif

Prions pour nos chers disparus…

Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi. Psaume XXII, 4
La coutume de prier pour les fidèles défunts remonterait aux débuts du christianisme, quand les croyants affichaient le nom de leurs chers disparus dans leur église. Au VIème siècle, les monastères consacraient un jour particulier à la prière pour leurs membres défunts. Puis cette habitude a été reprise par l’Église.
Cette fête est d’un grand réconfort, surtout si nous pleurons la mort récente d’un proche. Sachant qu’il part auprès d’un Dieu plein d’amour, notre prière le soutient dans ce voyage vers le Ciel. Ce jour évoque aussi notre propre mort, lorsque nous serons de nouveau tous réunis. Il existe un certain nombre de textes pour la commémoration des fidèles défunts, mais tous sont clairs sur un point : Dieu est avec nous dans le temps et dans l’éternité – et pendant cette période de transition que nous appelons la mort.
Dieu éternel, nous confions nos chers disparus à ton amour éternel.

Mais la mort, que pouvons-nous en dire ?
« Pouvons-nous vraiment parler de la mort ? La mort est personnelle, unique pour chacun. De plus, nous ne pouvons parler que de la mort des autres, de ceux qui nous ont déjà quittés. Et encore, que pouvons-nous en dire ? On peut être témoin de ce qui précède le dernier instant et de ce qui suit. On voit mourir, mais on n’est pas témoin de la mort. On voudrait accompagner jusqu’au bout celui qui s’en va dans la Demeure du Père, jusqu’à cet instant charnière où s’embrassent la terre et l’éternité. Mais soudain, le mourant échappe. Il faut le laisser partir seul dans la mort. Il n’est plus possible de l’accompagner. Il se retire sur un rivage lointain, dans une inaccessible intériorité, mettant entre lui et les siens la distance qui sépare la vie sur terre et la mort. Pour l’accompagner jusque dans sa mort, il faudrait quitter la vie et mourir avec lui. Et encore ! Il faudrait mourir de sa mort. Dans un sens, chacun meurt seul. » François-Xavier DURRWELL ( Le Christ, l’homme et la mort, pp. 12-13)

Et pourtant, frères et sœurs, le chrétien peut parler de la mort car une connaissance toute particulière nous a été donnée par la mort de Jésus. A l’heure de mourir, Jésus dit à ses disciples : « Je vais vers le Père » Jean XIV, 28. Par cette parole, Jésus éclaire le sens de sa mort. Mourir pour Jésus, c’est aller vers le Père. Sa mort est l’entrée dans sa vraie vie filiale. Mais allons plus loin. Sur la croix, Jésus meurt notre propre mort. Il a pris sur lui, dans sa mort, toutes nos morts. Jésus a donc déjà vécu notre propre mort. Et notre mort ? Il l’a fait mourir ! Il a tué l’aiguillon mortel de la mort. Mais vous allez me dire : « Pourtant, nous mourons tous ! » Oui, mais non plus de notre mort mortelle puisqu’elle n’est plus, mais de la mort du Christ, qui, elle seule, est passage vers la Vie. Nous découvrons alors le sens que prend notre propre mort grâce à notre baptême. Devenu fils dans le Fils, nous mourons avec le Christ et avec lui nous rejoignons le Père. Nous mourons la mort du Christ. Là où tout à l’heure, nous voyions que la mort était une aventure solitaire, nous pouvons dire désormais qu’il y a quelqu’un dans notre mort : le Christ. Jésus est avec nous dans la mort. Nous ne faisons plus qu’un avec Lui et avec Lui, nous allons vers le Père. Jésus a donné un sens à l’absurde originel de notre mort : elle est devenue pâque vers la vie. Avec le Christ, nous sommes glorifiés.
Mais alors, frères et sœurs, puisque l’eucharistie est le sacrement de la Pâque du Christ, de sa mort et de sa résurrection, et que nous mourons avec le Christ, nous comprenons qu’à chaque fois que nous communions au Corps livré et au Sang versé du Christ, nous communions à notre propre mort. L’eucharistie nous apprend, en quelque sorte, à nous familiariser avec notre mort puisque le Christ est mort pour nous. Avec le Christ, nous mourons, mais avec Lui aussi, nous ressuscitons.
Par ailleurs, nous comprenons aussi que l’eucharistie nous donne de rejoindre ceux qui sont déjà passés de ce monde vers le Père. L’eucharistie, en actualisant la mort du Christ, rend présente, par là-même, la mort de ceux qui nous ont quittés. Alors que nous ne pouvions les accompagner dans leur propre mort, l’eucharistie nous permet d’être présents à eux dans la mort même. Ce qui paraissait irréalisable devient possible dans l’eucharistie. L’eucharistie est présence vivante et active à nos frères dans la mort. Elle nous permet de les soutenir dans le franchissement de cette frontière entre le visible et l’invisible, entre le temps et l’éternité. Même aujourd’hui, nous pouvons accompagner ceux qui sont déjà partis, car l’eucharistie actualise la mort du Christ en laquelle nous mourons tous. Notre frère, notre sœur, notre parent, notre ami, notre voisin n’est donc pas seul, abandonné à lui-même dans sa mort. Il meurt entouré, soutenu par le Christ et par nous tous qui communions avec lui à la Pâque du Christ.
Voilà pourquoi l’Église mentionne spécialement les défunts au cours de la prière eucharistique. Elle manifeste ainsi sa sollicitude maternelle qui n’abandonne aucun de ses enfants. L’eucharistie est ainsi le sacrement des retrouvailles avec les défunts. Nous nous asseyons à la même table, nous dans l’ombre, eux dans la lumière. Nous communions au même mystère. Nous sommes regardés par eux avec amour, tandis que nos regards ne pénètrent pas jusqu’à eux dans la Demeure éternelle. Ils ne sont pas avec nous, là où ils étaient jadis, pourtant ils nous sont présents là où nous sommes. Dans le Christ, nous sommes tous un.
Vivre, c’est bien souvent se quitter. Mourir, paradoxalement, grâce à l’eucharistie, c’est se rejoindre. « La mort supprime toute distance en ramenant à l’esprit ce qui se localisait dans la chair » Père SERTILLANGES. C’est finalement dans la mort que peut se vivre l’unité la plus profonde. L’eucharistie peut être le lieu de bien des réconciliations avec ceux qui sont disparus. Les barrières de nos histoires se brisent, celles de nos opinions aussi. Les liens se renouent. Tout ce qui était resté inaccompli peut s’achever dans la mort.

« Que celui qui voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle… »

L’Église nous invite donc à prier ce soir pour tous ceux qui sont morts. Hier, en la fête de tous les saints, nous étions en communion avec ceux qui sont déjà dans le face-à-face avec Dieu et demandions leur protection. Nous continuons aujourd’hui à prier le Seigneur riche en miséricorde pour tous nos proches qui nous ont quittés. La volonté de Jésus est celle de son Père : donner à chacun la vie éternelle. Telle est notre espérance pour nous-mêmes et ceux que nous espérons retrouver un jour. Soyons dans la reconnaissance pour ce que nous avons pu vivre de beau avec eux, mais il reste peut-être encore un pardon à demander, à donner (il n’est jamais trop tard pour la réconciliation qui apaise le cœur). Prions aussi pour toutes les victimes des guerres et du terrorisme.
En Jésus, la mort a changé de camp. Elle appartient désormais à la vie. Oui, nos défunts sont bien vivants. La mort reste le plus grand drame de nos vies. Mais elle est aussi le passage mystérieux vers la plus belle des promesses de notre Dieu : le partage de son éternité. Seigneur, aide-nous, au soir de notre vie, à pouvoir dire dans la foi : « Je ne meurs pas, j’entre dans la vie » Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face.

Père Thibault NICOLET

Référence des textes liturgiques :
Livre de Job XIX, 23-27a ;
Psaume IV ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean VI, 37-40.