Paroisse Saint Loup


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XXXIème dimanche du Temps Ordinaire

S 04/11 église Saint-André de Prélenfrey et D 05/11 église Saint Jean-Baptiste de Vif

« Le plus grand parmi vous sera votre serviteur… »

Dans cet évangile sévère, Jésus fustige l’attitude des pharisiens : « Ils disent et ne font pas… » Qui d’entre nous, devant le comportement d’un autre, n’a-t-il pas pensé : « Il dit mais ne fait pas » ? Saint Paul lui-même avouait (et nous pourrions faire comme lui !) : « Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je fais le mal que je ne voudrais pas ; malheureux homme que je suis ». Seul Jésus dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit. Lui seul est vrai en ses paroles et en ses actes, car il est la Parole du Père, le chemin, la vérité, la vie… Accueillons la miséricorde du Père pour nous-mêmes et pour nos frères en nous mettant humblement à leur service, à l’image de Jésus le Serviteur qui nous a fait connaître son Père et notre Père.

Jésus parle aux foules et à ses disciples de la vanité et des désirs de gloire des pharisiens, qui agissent toujours pour être remarqués des hommes : ils aiment les places d’honneur dans les repas, les premiers rangs dans les synagogues, les salutations sur les places publiques, ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi. Mais il n’y a qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. Toute sagesse naît du Christ ; Lui seul est le Maître qui sauve, sanctifie et guide, qui est vivant, qui parle, qui exige, qui émeut, qui redresse, juge, pardonne, marche quotidiennement avec nous dans l’histoire ; le Maître qui vient et qui viendra dans la gloire. L’enseignement de l’Église est celui du Christ, les maîtres le sont dans la mesure où ils sont une image du Maître.

Il n’existe qu’un seul Père, celui qui est aux Cieux, duquel provient toute paternité dans le ciel et sur la terre : ex quo omnis paternitas in caelis et in terra nominatur. Dieu possède la plénitude et la paternité, et nos parents en nous donnant la vie, et aussi ceux qui, d’une façon ou d’une autre, nous ont engendrés à la vie de la foi, tiennent cette paternité de Dieu. Saint Paul écrit aux premiers chrétiens de Corinthe comme à mes enfants bien-aimés. Car, leur dit-il, eussiez-vous des milliers de pédagogues dans le Christ, vous n’avez pas cependant plusieurs pères, puisque c’est moi qui, par l’Évangile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus. Je vous en conjure donc, devenez mes imitateurs. Et ces premiers chrétiens étaient conscients de ce qu’en rivalisant avec saint Paul, ils se transformaient en imitateurs du Christ. Ils voyaient dans l’Apôtre l’esprit du Maître et le soin amoureux de Dieu sur eux.

C’est pourquoi le mot « Père » peut s’employer en un sens réel non seulement pour désigner la paternité physique mais aussi spirituelle. On appelle avec justesse le Souverain Pontife « Père commun de tous les chrétiens. » Lorsque nous honorons nos parents qui nous donnèrent la vie, et ceux qui nous ont engendrés dans la foi, nous rendons gloire à Dieu, car en eux se reflète la paternité divine. Une façon d’honorer Dieu est, précisément, d’honorer ceux que Dieu a constitués « pères » sur la terre.
Saint Paul écrit aux premiers chrétiens de Galatie, comme un père ou une mère, lorsqu’il apprend les difficultés dont ils souffrent dans leur foi et qu’il ne peut pas s’occuper d’eux personnellement parce qu’il se trouve géographiquement loin d’eux : Mes enfants, leur dit-il, pour qui j’endure encore une fois, jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous, les douleurs de l’enfantement, comme un enfant se forme dans le sein maternel. L’Apôtre ressentait les soucis d’un père devant ses enfants dans le besoin. Dans l’Église, ceux qui nous engendrent dans la foi par la prédication et le Baptême sont des pères. Les chrétiens participent de cette paternité spirituelle sur ceux qu’ils aident – parfois aussi avec douleur et fatigue – à trouver le Christ dans leur vie. La paternité est d’autant plus complète que le don de soi est plus grand. Ainsi Dieu manifeste sa paternité à travers les chrétiens, « comme un maître qui non seulement enseigne à ses disciples, mais qui les rend aussi capables d’enseigner d’autres personnes. Cette paternité spirituelle est une partie importante du prix que Dieu donne en cette vie à ceux qui le suivent, par vocation divine, dans le don de soi. « Il est généreux… Il donne cent pour un, et ceci est vrai jusque dans la progéniture. – Beaucoup s’en privent pour Sa gloire, qui ont des milliers de fils spirituels… Fils, comme nous le sommes de notre Père qui est aux Cieux.

La Vierge Marie exerce sa maternité sur les chrétiens et sur tous les hommes. Elle nous apprend à avoir une âme grande et affectueuse pour ceux que nous essayons continuellement de mener à son Fils, et que d’une certaine façon nous avons engendrés dans la foi. Rappelons que l’amour « est aussi tendresse et sensibilité dont nous parle d’une façon si émouvante la parabole de l’enfant prodigue (cf. Luc XV, 11-32), de la brebis perdue ou de la drachme égarée (cf. Luc XV, 1-10). Ainsi l’amour miséricordieux est encore plus indispensable entre ceux qui sont très proches les uns des autres : les époux, les parents et les enfants, les amis ; il est aussi indispensable dans l’éducation et dans la pastorale. Saint Ambroise fait des remarques qui, à première vue, paraissent hardies, mais qui ont un sens spirituel évident pour la vie du chrétien : selon la chair, il n’y a qu’une seule Mère du Christ ; selon la foi, le Christ est fruit de nous tous.
Si nous nous identifions à Marie, si nous imitons ses vertus, nous pouvons obtenir que le Christ naisse, par la grâce, dans l’âme de beaucoup de personnes qui s’identifieront à Lui par l’action de l’Esprit-Saint. Si nous imitons Marie, nous participerons d’une certaine façon de sa maternité spirituelle. En silence, avec Notre Dame ; sans que cela se remarque, presque sans mots, par le témoignage intègre et cohérent d’une conduite chrétienne, la générosité qui nous fera répéter un fiat sans cesse renouvelé comme quelque chose d’intime entre Dieu et nous.
Sachons enfin prendre les bonnes décisions en cette fin d’année liturgique ! Comme la plupart des gens, nous essayons juste de bien faire. Parfois, nous prenons la bonne décision, mais pas toujours. Nous rectifions nos erreurs, nous tentons de faire mieux la fois suivante, patiemment, conscients de nos limites.
Seigneur, fais que nous choisissions toujours la patience plutôt que l’orgueil.

Père Thibault NICOLET

Référence des textes liturgiques :
Livre de Malachie I, 14b à II, 2b.8-10 ;
Psaume CXXX (CXXXI) ;
Première Lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens II, 7b-9.13
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu XXIII, 1-12.