Paroisse Saint Loup


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Trente-troisième dimanche du Temps Ordinaire – Année A

samedi 18/11 à l’église Saint-Barthélémy du Gua et Dimanche 19/11 à l’église Saint Jean-Baptiste de Vif

« Serviteur bon et fidèle… »

Un serviteur « bon et fidèle », un autre serviteur « mauvais et paresseux » : l’un « fidèle » et l’autre « infidèle » pouvons-nous dire. Sachant que le mot « fidèle » vient de « foi », cet évangile nous ramène à celui de samedi. Persévérer dans la prière, persévérer dans la foi, dans l’attente du Maître, dans l’attente du retour de Jésus, comme nous le professons dans le Credo : « Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts ». L’évangile nous dit aussi : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Matthieu XXVIII, 20). Jésus viendra, mais il vient encore dans le quotidien de notre vie, dans la rencontre de nos frères, dans sa Parole, dans son eucharistie. Au jour de notre baptême, nous avons reçu le don de la foi. C’est le don le plus précieux, le talent à développer et à faire fructifier. Seigneur, nous croyons en toi, mais augment en nous la foi.
Cette parabole nous en rappelle une autre : l’histoire des ouvriers de la dernière heure. Elle heurte, comme elle, notre sens humain de la justice. A lire superficiellement, cette distribution de talents (une vraie fortune !) et la manière dont le Maître rétribue ses serviteurs à son retour nous semblent bien étranges. Que reproche le Maître à celui qui lui rend l’unique talent qu’il lui avait confié ? Ne s’est-il pas montré honnête ?
Je crois deviner qu’une fois de plus nous devons éviter de rapetisser le Seigneur aux dimensions de notre logique calculatrice. Il n’a qu’un désir : nous faire pénétrer son mystère, nous donner les clés du Royaume. Cette parabole ne serait-elle pas un nouvel enseignement pour le gagner ? Ouvrons toutes grandes les portes de notre cœur, de notre esprit ! Laissons-nous forger par sa Parole !
Avant de partir en voyage, un maître répartit sa fortune entre ses serviteurs. Le talent, une ancienne monnaie grecque, se présente sous la forme d’une barre d’argent d’une valeur de six mille francs or. En recevoir, ne serait-ce qu’un seul, n’est donc pas négligeable. Ce maître, c’est le Seigneur. Il partage largement ses dons spirituels avec tous les hommes sans exception, qu’ils soient en bonne santé ou handicapés, qu’ils soient riches ou pauvres. Il veut faire de chacun son « coopérateur ». Ses dons sont gratuits. Chacun les reçoit selon ses capacités (mais non selon ses mérites). Même le plus faible, le plus blessé par la vie reçoit sa part. A l’un, il donne cinq talents, à l’autre, deux ; au troisième, un seulement. Puis il se retire et il les laisse faire. C’est ainsi qu’il a confié à l’homme sa création (et même sa propre vie et celle de ses frères !), et qu’il n’intervient plus jusqu’au jour où il paraîtra à la fin des temps pour rétribuer chacun selon ses œuvres… A nous de lui faire produire de bons et beaux fruits selon son esprit. Ou de choisir ce que nous souffle notre ennemi, Satan, en jouant sur la corde de l’égoïsme et du désir d’indépendance… « Vous serez comme des dieux », susurrait-il déjà à nos premiers parents !
Que font les serviteurs du maître ? Les uns vont « se jeter à l’eau », prendre des risques en faisant fructifier les talents reçus. Oser tout perdre pour tout gagner. Comme le semeur jette en terre toute la semence en espérant qu’elle germera et produira une récolte de plus en plus abondante. Ils ont confiance en leur maître et agissent par amour.
Le dernier, le cœur endurci par la méfiance et redoutant l’exigence de son maître, a préféré enterrer son bien jusqu’au moment de le restituer. A-t-il fait preuve de prudence ? Une prudence qui exclut l’audace n’est-elle pas que poltronnerie ? Ne disposons-nous pas du trésor des dons de l’Esprit-Saint pour venir au secours de notre faiblesse ?
Au retour du maître, les serviteurs qui ont fait fructifier les grâces reçues reçoivent des félicitations et sont récompensés de la même manière. « Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses… » : pas de place pour la vanité ! « … je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître. » Pouvons-nous espérer plus belle récompense que de partager la joie de Dieu ? Partager la félicité éternelle de notre Dieu et notre tout n’est-il pas le rêve le plus inimaginable ? « Qui désire voir le bonheur et avoir des jours heureux », nous dit le psaume XXXIV. Etre parfaitement heureux est notre plus grand désir. Avec Dieu, ce rêve devient réalité.
Quant au serviteur timoré et paresseux, il entend cette révélation terrible : « A celui qui a, on donnera davantage et il sera dans l’abondance. Mais celui qui n’a rien, on lui enlèvera même ce qu’il a. » Comment la comprendre ? Ceux qui ayant reçu de Dieu la foi à leur baptême l’entretiennent et la font fructifier en pratiquant la charité, recevront de lui de nouvelles grâces et des lumières en abondance. Mais ceux qui ferment leur cœur refusant ses dons deviendront de plus en plus aveugles.

Ainsi, tout don reçu de Dieu nous rend responsables. Il n’est pas un absolu en soi. Il n’est pas notre propriété, mais nous engage à édifier le Royaume selon nos capacités propres, et surtout dans la fidélité de chaque jour. Ce n’est pas le nombre ni la valeur de nos charismes qui comptent à ses yeux mais l’usage que nous en faisons. Comme pour les jeunes filles de la noce, seule compte la qualité de notre foi et de notre amour. De saint Jean à sainte Thérèse et de Mère Teresa à Jean-Paul II, c’est le même cri d’évidence : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Nos regards de tendresse, nos sourires, la main secourable que nous aurons su tendre, l’écoute que nous aurons su accorder, l’espérance que nous aurons su faire naître… Au terme de notre vie, c’est sur ces manifestations d’amour que nous serons jugés.
Combien de fois ne sommes-nous pas à la place du troisième serviteur ? Nous avons peur de la croix de Jésus parce que nous avons peur de souffrir. Nous avons peur qu’il nous appelle parce que nous n’avons pas envie de renoncer à notre vie tranquille et confortable. Nous avons peur du mystère de Dieu parce que nous ne voulons pas faire d’efforts et de sacrifices. Nous n’avons pas suffisamment confiance en lui. Nous ne croyons pas assez dans ce bonheur qu’il nous promet : « Entre dans la joie de ton maître ». Et pourtant nous savons bien au fond de notre cœur que tous ceux qui nous promettent le bonheur « pour pas cher » et sans effort ni renoncement ne nous vendent que des mirages.
Il nous faut bien écouter les conseils de l’Apôtre Paul qui nous demande d’être vigilants. « Alors, ne restons pas endormis comme les autres, mais soyons vigilants et restons sobres » (1 Thessaloniciens V, 6). Les chrétiens, eux aussi, ne sont jamais « en dehors de leur service ». Même si nous aimerions bien parfois prendre un ou deux jours de congé ou de « break », même une heure, ou ne serait-ce que cinq minutes pour répandre quelques ragots, critiquer notre voisin ou même faire preuve d’une certaine paresse spirituelle. Nous savons en notre âme et conscience que le Seigneur ne le désire pas. Se mettre « hors service » reviendrait à tuer notre âme doucement, mais sûrement. Donc, si nous nous endormons, plaidons coupables. Appelons-en à la miséricorde de Dieu et recommençons à zéro.

Jésus, merci de nous rappeler à l’ordre quand nous sommes tentés de nous endormir.

Notre vrai bonheur, c’est d’être avec toi, Seigneur. Aide-nous à te consacrer du temps pour méditer en silence devant ton ostensoir ! En plongeant dans ton regard, nous referons nos forces. Nous puiserons en toi le courage et l’audace qui nous manquent pour être tes disciples.

« Loin de toi tout est mirage,
Nuit profonde et servitude,
Mais que brille ton visage,
Tout redevient certitude. »

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Proverbes XXXI, 10-13. 19-20. 30-31 ;
Psaume CXXVII (CXXVIII) ;
Première Lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens V, 1-6 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu XXV, 14-30.