Paroisse Saint Loup


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Solennité de la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ – Année B

Messe du Jour de NOËL église Saint Jean-Baptiste de Vif

« Le Verbe s’est fait chair… »

A la messe d’hier soir, nous avons partagé l’immense joie des anges et des bergers et nous avons chanté de tout notre cœur : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ». Maintenant, nous poursuivons notre louange en contemplant le Verbe, la vraie lumière qui vient chez nous sous la forme de cet enfant. Jésus vient prendre sur lui notre faiblesse, notre péché et faire de nous des enfants de Dieu. « Ô admirable échange », chante la liturgie ! Allons-nous nous ouvrir à ce mystère ? Croyons que Dieu vient faire toutes choses nouvelles et que, comme pour Marie, il mendie la collaboration de notre foi ! Que la Vierge Marie, la mère du Christ et notre mère, nous aide à demeurer sous l’ombre de l’Esprit pour que s’accomplisse notre vocation filiale.
Outre la « magie » de Noël, cette belle fête a une origine et beaucoup de symboles la caractérisent. Je vous propose donc d’évoquer tout cela maintenant.
Le Temps de Noël est souvent considéré comme une des plus belles périodes de l’année, celle où tout le monde en profite pour se rassembler en famille, pour écouter de la belle musique ou décorer les maisons, pour partager un bon repas, chanter des cantiques appropriés, ou encore s’offrir mutuellement des cadeaux. Cependant Noël devient trop fréquemment un moment commercial… Cette fête est financée et souvent récupérée au profit d’un déploiement inconsidéré de campagnes publicitaires. Il convient donc de veiller à maintenir la dimension religieuse de cette belle période, n’oubliant pas de rappeler qu’il s’agit en premier lieu de la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Le Temps liturgique de la Nativité a débuté avec une période de préparation qui est appelée le Temps de l’Avent. C’est à partir du Vème siècle que les chrétiens prennent ce temps pour se préparer à la venue du Christ. Le mot « Avent » vient du latin « adventus » qui signifie « avènement », « arrivée » ou « venue » et il faut éviter la confusion avec l’adverbe « avant ». Cette période liturgique (couleur liturgique : violet) débute le quatrième dimanche avant Noël et ouvre le cycle de l’année liturgique. Après la Solennité de Noël, vient le Temps de la Nativité (couleur liturgique : blanc) avec de belles fêtes à célébrer : la Sainte Famille, l’Épiphanie, le Baptême de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et le cycle de Noël se conclut avec la célébration de la Présentation de Jésus au Temple et la Purification de la Très Sainte Vierge Marie au jour de la Chandeleur, c’est-à-dire le 2 février. Noël est l’une des trois Nativités célébrées par l’Église catholique, les deux autres étant celle de saint Jean le Baptiste (le 24 juin) et celle de la Très Sainte Vierge Marie (le 8 septembre).
Voici à présent l’origine de cette fête : dans le calendrier julien, on regardait le 25 décembre comme le solstice d’hiver. On y voyait la nativité du soleil car les jours commencent à devenir plus longs. Les Égyptiens représentaient même le soleil nouveau-né au moyen de l’image d’un petit enfant. Les fidèles de Mithra identifiaient leur dieu avec le soleil, le Sol invictus. Et sa naissance tombait le 25 décembre. C’est ainsi qu’en décidant de célébrer la Noël le 25 décembre, l’Église privait le soleil de ses adorateurs !
Les évangiles sont peu précis quant au lieu et à la date de naissance de Jésus. L’évangile selon saint Marc commence au Baptême de Jésus dans le Jourdain et mentionne seulement que Jésus venait de Nazareth en Galilée. L’évangile selon saint Matthieu passe sous silence cette naissance en débutant par la visite des Mages. Jean fait pratiquement commencer son évangile au Baptême dans le Jourdain. L’évangile selon saint Matthieu est le seul qui détaille la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
La date du 25 décembre était très importante dans l’Empire romain car c’était la date symbolique de la naissance de l’empereur romain, considéré alors comme un dieu incarné, depuis le règne d’Aurélien en 275. Après la conversion de l’Empire romain au christianisme, la date du 25 décembre a donc seulement changé d’affectation.
En 354, le pape Libérius (352-366) fixe la célébration du « Natalis Dies » (« Jour de naissance », qui deviendra « Nadal » dans le sud de la France, puis « Noël ») au 25 décembre. Les cérémonies de la fête de Noël sont officiellement codifiées par l’empereur Théodose en 425. Elle est devenue exclusivement chrétienne. Clovis est baptisé le soir de Noël (entre 496 et 499). En 506, le concile d’Agde en fait une fête d’obligation. En 529, l’empereur Justinien en fait un jour chômé. Ensuite, la pratique romaine est appliquée dans tout l’Empire. En 800, Charlemagne est couronné empereur par le pape au jour de Noël. En 1066, Guillaume le Conquérant est couronné roi d’Angleterre en l’abbaye de Westminster le jour de Noël. A partir du XIIème siècle, Noël devient la plus grande fête de l’Occident chrétien. Petit à petit, l’imaginaire religieux trouvera dans la Bible, dans les évangiles et surtout dans les écrits apocryphes, des éléments venant composer le paysage qui nous est aujourd’hui familier. En 440, le pape Sixte III décide de célébrer la messe de Noël à minuit, dans une petite chapelle de Sainte Marie-Majeure qu’il avait fait construire en forme de grotte. La pratique des trois messes, quant à elle, a été imposée par Charlemagne. C’est ainsi que s’est instituée la coutume de ne pas dormir durant cette nuit de Noël.
Au plan symbolique, les Anciens considéraient le temps comme étant cyclique et non linéaire. C’est ainsi que les fêtes n’étaient pas de simples commémorations, de simples anniversaires, mais des réactualisations d’événements qui s’étaient produits à cette époque, in illo tempore. Les fêtes chrétiennes se calquent donc sur d’anciennes fêtes dites païennes ; c’est ainsi que les fêtes des deux saint Jean prennent la place des deux fêtes du dieu Janus, à savoir les solstices d’été et d’hiver.
Noël et le solstice d’hiver se fêtent au moment où le soleil atteint son point le plus bas sur l’horizon, au moment où les nuits sont les plus longues. La lumière extérieure a entièrement disparu dans les profondeurs de la Terre. Cette période est parfaitement adaptée à l’introspection. C’est le temps du petit feu intérieur, celui qui demeure en dépit des tempêtes et du froid extérieur. C’est la fête de la lumière retirée dans les ténèbres, cette même lumière que l’on peut retrouver dans les bougies du sapin. C’est encore ce feu que l’on va retrouver avec la symbolique de la bûche de Noël, cette bûche que l’on allumait jadis à minuit, durant la nuit de Noël. Cette pratique trouve sa source dans les anciennes traditions celtiques. Les Celtes choisissaient une grosse bûche enrubannée et décorée par la maîtresse de maison. L’enfant le plus jeune la badigeonnait d’eau-de-vie. L’aîné l’installait sur un échafaudage de petit bois et de brindilles avant d’y mettre le feu. En brûlant, la bûche restitue la chaleur et la lumière solaire enfouies dans le bois.
Quelques mots sur la crèche à présent : elle est plus récente que la fête de Noël qui lui a donné le jour. En effet, les toutes premières représentations de la Nativité apparaissent en France au IVème siècle. Au musée d’art chrétien d’Arles, un Enfant Jésus est représenté, couché dans un berceau, avec Marie à ses côtés, mais sans Joseph, visité par un berger et encadré par un âne et un bœuf. Ce même motif se retrouve à Rome sur une peinture murale datant de 380. En 1223, saint François d’Assise fête Noël à Greccio, en Italie. Il souhaite représenter en vérité la pauvreté et la simplicité qui entourent la naissance de Jésus. Dans une grotte, il fait mettre de la paille, un âne et un bœuf. Mais ce n’est réellement qu’à partir du XVIème siècle que les crèches apparaissent dans les églises. Petit à petit, les chrétiens souhaitent avoir des crèches chez eux ; elles sont constituées de personnages en bois, en porcelaine ou en verre. Au XIXème siècle, la crèche provençale est la plus populaire. Ses figurines qui représentent tous les métiers (en costume d’époque) sont appelées « santons », du provençal santoun, « petit saint ».
Quant au sapin de Noël, il s’agit d’un conifère à feuilles persistantes. Au Moyen-Âge, devant les cathédrales, étaient donnés des spectacles appelés « mystères », racontant tel ou tel passage issu de la Bible. Un arbre avec de faux fruits bien rouges symbolisait l’arbre de vie du récit de la Genèse. C’est là l’origine des boules de Noël. Cette tradition du sapin est apparue en Alsace vers 1520, puis en Allemagne on y plaça aussi des bougies. Son usage s’est généralisé en France à l’issue de la guerre de 1870, on l’installe alors dans les maisons, décoré de fruits et de verroteries rapportées de Venise par les marchands. Un grand cierge est placé au sommet, il associe deux symboles religieux, celui de la vie et celui de lumière. En effet, le sapin demeure vert pendant toute la période hivernale. La flamme du cierge vient rappeler l’étoile de Bethléem éclairant la nuit, comme Jésus éclaire tous les hommes en venant dans le monde. Les premières décorations du sapin de Noël se réduisaient souvent à des pommes et la légende rapporte qu’en 1858 l’automne et l’hiver furent si rigoureux dans l’est de la France que la récolte des pommes s’en ressentit. C’est alors qu’un maître verrier de Meisenthal (en Moselle) aurait eu l’idée de les remplacer par des boules en verre soufflé peintes à la main. La tradition est restée même si le matériau a évolué.
Autre symbole servant de prélude à Noël, le calendrier de l’Avent : venu des pays du Nord de l’Europe, il permet aux enfants de vivre cette période liturgique en accompagnant leur patience. A chaque jour correspond une fenêtre et des volets que chacun peut ouvrir, délivrant un message ou une récompense. Quant à la couronne de l’Avent, elle puise à une double origine. Celle qui est disposée à plat vient encore des pays nordiques. Les quatre bougies sont allumées progressivement lors des quatre dimanches de l’Avent et chacune d’entre elles a une signification précise. La première signifie le pardon à Adam et Eve, la deuxième désigne la foi des patriarches, la troisième représente la joie de David et la quatrième est liée au message des prophètes. La couronne qui est accrochée aux portes vient des pays anglo-saxons. Son cercle symbolise le soleil et le cycle de l’année. C’est un symbole de vie : la couleur vert sapin symbolise l’immortalité et la flamme des bougies correspond à la Lumière qui brille au-delà des ténèbres. Quant au rouge du ruban et des bougies, il est évocateur de la vie, de la passion ou de l’amour.
Saint Nicolas, quant à lui, est un évêque ayant vécu autour de l’an 300 à Myre (en Turquie). Sa bonté légendaire lui faisait distribuer discrètement ses biens aux familles pauvres, pour éviter la vente des enfants. Il aurait aussi eu le pouvoir de ressusciter des enfants. On en fit donc le protecteur des enfants : il récompense les enfants sages, le 6 décembre, lors de sa fête, déposant des friandises dans les souliers laissés au pied de la cheminée. Il ne doit pas être confondu avec le Père Noël, qui a été inventé aux États-Unis au XIXème siècle, à partir de la légende de saint Nicolas et de la représentation du dieu scandinave nommé Odin, qui se promenait dans les airs au moyen d’un traîneau tiré par des rennes. La marque Coca-Cola s’en est servie pour faire sa publicité en lui donnant les couleurs rouge et blanche, ce qui l’a popularisé partout à travers le monde.
La tradition des cadeaux proviendrait de la visite des rois mages. Depuis le XIXème siècle, d’abord en Angleterre, puis aux États-Unis, l’habitude a été prise de récompenser les enfants sages en déposant des présents au pied du sapin ou non loin de la crèche, la veille ou le jour de Noël. En France, on recevait aussi habituellement une orange, c’était alors un fruit exceptionnel !
Voici encore quelques mots sur la bûche, déjà évoquée précédemment : on en plaçait une grosse dans la cheminée, de taille à durer pendant toute la messe de minuit. En 1875, un pâtissier parisien eut l’idée d’en faire un gâteau typique de la fête de Noël.
Le gui fait aussi partie de la tradition de Noël. C’est une plante sacrée des Gaulois. Un accord passé sous le gui permettait d’établir la paix. Un baiser échangé sous cette plante était signe de bonheur et promesse de mariage. Ce symbole a été repris par les chrétiens, établissant un lien avec le message de paix adressé à Noël. A propos de la paix, l’Église du Moyen Age a réussi à imposer une trêve aux princes de cette période, c’est-à-dire une période où la guerre cessait. Depuis, Noël est devenu, dans le monde entier, un moment de fête et de fraternité. Le film intitulé Joyeux Noël en est une belle illustration. Le Jour de l’An, le pape adresse un message aux hommes du monde entier, qui est un appel à vivre de cette paix.
Le houx est une plante réputée défendre des sorts ou de la foudre. Les chrétiens y voient une évocation de la présence de Dieu dans le buisson ardent au temps de Moïse, ou encore dans le cœur de Marie. Il évoque également la couronne d’épines de la Passion du Christ.
Enfin, la fête de la Nativité du Seigneur emprunte aux domaines de la famille et du partage. Oui, Noël est devenu la fête des enfants. Toutes les générations aiment se retrouver pour l’échange des cadeaux mais surtout pour se manifester tendresse et affection. Ces réjouissances familiales ne doivent aucunement faire oublier la misère matérielle qui nous environne, avec la rigueur de la saison ou l’épreuve de la faim et de l’isolement. Alors toute occasion est bonne pour inviter, rendre visite, vivre la charité du Christ…
Pour conclure, je vous invite à goûter pleinement à la joie de Noël : ne pas tomber dans le piège commercial, se recentrer sur la dimension chrétienne de cette fête en favorisant toute action auprès des plus démunis, toute visite auprès de personnes malades ou âgées, ce qui n’empêche nullement l’échange de présents qui réjouissent le cœur et nourrissent l’esprit ! Plutôt que l’agitation des centres commerciaux, préférons la visite de crèches paroissiales ou la participation à des concerts mélodieux !

Alors : JOYEUX NOËL A TOUS ET A CHACUN !

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Isaïe LII, 7-10 ;
Psaume XCVII (XCVIII) ;
Lettre aux Hébreux I, 1-6 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean I, 1-18.