Paroisse Saint Loup


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Fête de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph – Année B

Samedi 30 décembre église Saint François de Sales des Saillants-du-Gua et dimanche 31 décembre église Saint Jean-Baptiste de Vif

« Les parents de Jésus le portèrent à Jérusalem… Syméon les bénit… »

C’est pourquoi, d’un seul homme, déjà marqué par la mort, a pu naître une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, une multitude innombrable. Hébreux XI, 12

Le menton de ta grand-mère, le nez de ton père, les yeux de ton oncle, la bouche de ta grande tante… Nos traits physiques nous unissent à notre tribu. Nous reconnaissons le rire de cousins que nous n’avons pas vus depuis des années. Même si nous nous voyons peu, même si parfois nous ne nous entendons guère, nous apprécions cet héritage commun.
Certaines caractéristiques spirituelles nous unissent aussi à nos frères et sœurs dans la foi. Nous partageons l’enseignement des prophètes, le Credo, le désir d’aimer Dieu de tout notre être, et d’aimer notre prochain comme nous-mêmes. Il s’agit là de liens bien plus étroits et bien plus forts que les seuls liens du sang. Il s’agit de l’héritage commun que nous ont légué le Christ et l’Esprit-Saint. Il éclipse toute querelle familiale.
Or, en Jésus, Dieu s’est inscrit dans une famille singulière.
Cellule de base de toute société, point de repère indispensable à chaque être humain, la famille nous situe dans notre filiation : par elle, nous savons d’où nous venons ; par elle, nous sont transmises les valeurs qui nous fondent moralement et socialement. Bien sûr, on le sait, elle est devenue problématique : les relations n’y sont plus aussi stables que dans le passé, eu égard à la difficulté de s’inscrire dans la longue durée. Souvent les couples éclatent et les recompositions sont monnaie courante. Loin des représentations lénifiantes de la Sainte Famille, les évangiles nous laissent entrevoir que les rapports de Jésus avec ses proches n’ont pas toujours été simples. Matthieu nous montre cette famille toute récente en danger mortel à cause de la peur vindicative d’Hérode ; Luc, plus irénique, nous montre un jeune Jésus qui se pose face à ses parents dans le temple. Même si, de retour à la maison, il leur est soumis, les choses ont été dites ; Marc brosse, en quelques traits, des relations tendues entre Jésus, devenu leader charismatique, et sa parentèle, qui voudrait le reprendre en main ; Jean suggère des relations assez ambivalentes avec sa mère, au début et à la fin de son ministère : Marie est présente, active, mais tenue à distance de l’action de son fils. Ce fut une famille qui connut certainement bien des bonheurs cachés, mais où il fallait aussi que les tensions s’expriment pour que les parents existent comme tels et que le fils soit poussé à vivre par lui-même. En cela, elle est semblable aux nôtres.
C’est dans ce terreau très humain que se trace le chemin qui conduit de Noël à Pâques. C’est là que le Verbe s’est fait chair (Jean I, 14). Fragilités, tensions, transmission, tendresse, protection sont les réalités que nous vivons chaque jour dans nos familles. Tourner nos regards vers celle de Jésus peut nous inspirer la parole et l’attitude qui feront grandir ceux à qui nous avons à transmettre l’héritage de la foi, de l’espérance et de la charité, chacun avec ce que nous sommes.
Dans la première lecture, empruntée au Livre de la Genèse, apparaît la figure d’Isaac, qui est en quelque sorte le fils du paradoxe. Fruit de l’union de parents trop âgés, c’est lui qui réalise la promesse de Dieu. Premier d’un peuple à venir, il est seul descendant d’Abraham.
Quand la tradition biblique se penche sur ses commencements, elle aime à en souligner l’inattendu. Dieu se façonne un peuple. Cette conviction s’affirme à un moment où précisément l’histoire d’Israël est en danger sous les coups des Assyriens, mais les étoiles brillent toujours au firmament.
La foi d’Abraham et de Sara est un énorme pari sur l’avenir. Marie et Joseph ont certainement dû affronter le même défi, et c’est celui que relève, peu ou prou, chaque parent.
La vie, qui a été lancée par l’union charnelle d’un homme et d’une femme, échappe nécessairement au prévisible et l’enfant est l’incarnation d’une foi, d’un inconditionnel.
En Jésus, l’Unique, s’accomplit l’aventure de Dieu avec nous. Marie lui donne chair et le laisse aller pour que nous puissions marcher à ses côtés.
Dans l’Évangile, nous voyons Syméon et Anne, deux vieillards habités par une même attente et habitués du Temple, laissent éclater la joie d’avoir vu avec leurs yeux de chair le salut de Dieu ! Mais pour reconnaître en ce bébé issu d’une famille pauvre (qui ne peut offrir que deux tourterelles) le Messie d’Israël, il a bien fallu que l’Esprit de Dieu les éclaire.
Comme Dieu a ouvert les yeux intérieurs d’Abraham et de Sara (première et deuxième lectures), il ouvre ceux de Marie et de Joseph, car l’enfant de la promesse est aussi l’enfant de la foi. Et la foi nécessite l’acquiescement de l’homme, sans lequel elle reste inopérante. Dieu, en effet, ne s’impose jamais, mais il ne cesse de se proposer à l’homme, en attente de son « oui », de son « fiat ». Puissions-nous répondre avec Marie : Qu’il m’advienne selon ta parole…
Nous sommes heureux de prolonger notre rencontre avec l’Enfant-Jésus et ses parents, ainsi qu’avec Syméon et Anne. C’est l’Esprit-Saint qui a poussé Syméon au Temple, c’est dans l’Esprit que lui et Anne prophétisent, c’est dans l’Esprit que Jésus et Marie s’offrent en sacrifice pour le salut du monde. Cet évangile a été choisi, en cette fête de la Sainte Famille, pour signifier que, oui, la famille est une petite Église. Chaque membre contribue au bien du corps entier. Chacun est appelé à veiller avec sollicitude au bien des autres. En ce dernier jour de l’année, offrons à la miséricorde de Dieu toutes nos indélicatesses pour qu’elles soient purifiées dans l’amour ; prions pour le bonheur de tous et d’abord pour le bonheur de ceux avec lesquels nous vivons.

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Genèse XV, 1-6 ; XXI, 1-3 ;
Psaume CIV (CV) ;
Lettre aux Hébreux XI, 8.11-12. 17-19 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc II, 22-40.