Paroisse Saint Loup


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Troisième dimanche du Temps Ordinaire – Année B

samedi 19 janvier église Saint François de Sales des Saillants et dimanche 20 janvier église Saint Jean-Baptiste de Vif

« Les temps sont accomplis… »

Les textes de ce dimanche parlent de conversion. Dieu demande à Jonas de prêcher le repentir aux habitants de Ninive. Il le lui a déjà demandé auparavant, mais la première fois, Jonas avait refusé. La deuxième fois, il obéit à Dieu (première conversion). Puis Jonas prêche et tout le monde à Ninive se repent et est sauvé (deuxième et impressionnante conversion).
Le psaume responsorial fournit une prière pour ceux qui cherchent à se convertir : « Seigneur, enseigne-moi tes voies. » Dieu nous indique le chemin de la vertu.
L’évangile de ce dimanche reprend aussi ce thème de la repentance. Jésus annonce : « Le règne de Dieu est tout proche. » Et parce qu’il est tout proche, nous nous convertissons. Notre conversion n’est pas la cause de l’avènement du règne de Dieu, mais la joyeuse réponse à la présence de Dieu parmi nous.
Cet évangile raconte surtout comment le Christ appela quatre de ses disciples, Pierre, André, Jacques et Jean, quatre pêcheurs absorbés par leur travail. Ils jetaient leurs filets ou les réparaient quand Jésus passe et les appelle. Ces futurs Apôtres le connaissaient déjà depuis des mois et s’étaient sentis attirés par sa personne et sa doctrine. L’appel qu’ils reçoivent maintenant est définitif : Venez à ma suite. Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. Jésus vient les chercher sur leur lieu de travail, et se sert d’une comparaison suggérée par leur profession, la pêche, pour les éclairer sur leur nouvelle mission.
Et ces hommes abandonnent aussitôt tout pour suivre le Maître. De saint Matthieu aussi on nous dira que, relictis omnibus, « laissant tout », il se leva de la table où il percevait les impôts et s’en alla avec le Christ. Les autres Apôtres feront de même.
Les uns et les autres sont donc appelés à vivre la pauvreté évangélique, qui n’est pas le mépris des ressources naturelles de la matière et de l’esprit, mais qui les pousse à les acquérir et à les utiliser selon la volonté de Dieu. C’est aussi donner réalité dans sa propre vie à ce conseil du Seigneur : Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné en plus. L’on découvre alors que plus grand est le détachement, plus grande est la capacité d’aimer et d’apprécier la bonté et la beauté de la création.
Un cœur tiède et divisé, qui veut concilier l’amour de Dieu et l’amour sans frein des biens, finit souvent par déloger le Christ, par se trouver prisonnier de ces biens qui se transforment en maîtres tyranniques. Une des séquelles du péché originel les plus marquantes est la tendance à la facilité, à l’embourgeoisement, au désir impérieux de possession, à la préoccupation obsessionnelle pour le futur, à la course effrénée vers la jouissance de biens matériels comme si c’était là l’essentiel de la vie. De toutes parts augmente la tendance, non pas au légitime confort mais au luxe, l’incapacité de se priver de rien qui soit agréable. Lourde pression omniprésente à laquelle le chrétien doit répondre par la sobriété, la tempérance, la chasteté, au milieu de cette société qu’il a pour mission de réorienter vers son Dieu. L’abondance et la jouissance de biens matériels peuvent-ils vraiment donner le bonheur ? Le cœur humain peut-il trouver ailleurs qu’en son Dieu la plénitude pour laquelle il a été créé ? Sans ce détachement, le cœur devient triste et insatisfait ; il s’engage dans la voie d’un éternel mécontentement et finit par être dès ici-bas esclave, victime de ces mêmes biens qu’il a peut-être atteints au prix d’efforts et de renoncements sans nombre.
Mais ce détachement effectif des biens est-il possible sans sacrifice ? S’il ne coûte rien ou pas grand-chose, il est peu réel. Un style de vie inspiré par la foi constitue un changement d’attitude face aux biens de consommation qui s’utilisent non comme un but en soi, mais comme des moyens de servir Dieu dans la famille et la société : le but de la vie n’est pas d’avoir plus, mais d’aimer plus. La généreuse sollicitude des premiers chrétiens est un exemple de permanente actualité : un chrétien peut-il contempler avec indifférence les besoins spirituels ou matériels des hommes sans chercher de solutions ? La solution immédiate et concrète de son apport économique, de son temps pour des actions humanitaires, caritatives, éducatives ; alors on ne pourvoit pas seulement aux besoins des saints (d’autres frères dans la foi), mais c’est encore une source abondante de nombreuses actions de grâces à Dieu (2 Corinthiens IX, 12).
Comme il l’a fait avec les Apôtres, le Seigneur nous invite à le suivre, chacun selon sa propre situation de vie et à répondre à cet appel « à abandonner toutes choses », en ne faisant que les utiliser. Sommes-nous généreux avec ce que nous avons et utilisons ? Sommes-nous détachés du temps, de la santé ? Recherchons-nous habituellement la sobriété, la générosité des aumônes, le renoncement aux caprices, à la vanité, à l’embourgeoisement ? Traitons-nous avec soin – mais sans manie – les objets, les livres, les instruments de travail, les vêtements, la voiture, la propriété publique, les équipements sociaux… ? Le désir de suivre le Seigneur s’accompagne-t-il d’un détachement réel et concret ? Puisque Jésus est constamment à nos côtés, ne permettons pas que des choses insignifiantes – des déchets, dit saint Paul – retardent cette union plus profonde avec celui qui, possédant tout, s’est fait pauvre pour nous enrichir en prenant notre humanité pour nous unir à sa divinité.
Avec la venue de Jésus-Christ, les temps sont accomplis. Jésus est l’Alpha et l’Oméga, il accomplit tout, il est la plénitude des temps. Et l’on ne peut rien attendre de plus que sa venue dans la gloire, qui inaugurera la manifestation visible du règne de Dieu. Car, dans le temps où nous sommes, le Royaume est tout proche, mais pas encore dévoilé. Et comme le suggère Marc, pour que le Royaume ne soit pas seulement tout proche mais déjà là, il faut tout quitter chaque jour pour marcher derrière Jésus, quelle que soit notre situation de vie. Nous savons bien que nous avons toujours à laisser derrière nous des « filets » qui entravent notre suite du Christ. Et c’est en devenant libres pour lui, au cœur de nos affaires les plus concrètes, que nous serons pêcheurs d’hommes.

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Jonas III, 1-5. 10 ;
Psaume XXIV (XXV) ;
Première Lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens VII, 29-31 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc I, 14-20.