Paroisse Saint Loup


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Cinquième dimanche du Temps Ordinaire – Année B

Dimanche 04 février 2018 église Saint Jean-Baptiste de Vif / Prise d’aube servants d’autel

« C’est pour cela que je suis sorti… »

Jésus se leva, bien avant l’aube. Il sortit et se rendit dans un endroit désert, et là il priait. Marc I, 35
Avec la page d’évangile de ce dimanche, nous disposons d’un petit aperçu des pratiques spirituelles de Jésus. Si, pour le Fils de Dieu, il est si important de commencer la journée en s’entretenant avec son Père, alors ce moment de tranquillité est certainement crucial aussi pour nous. Ce que nous faisons dès le matin détermine souvent le tour que prendra notre journée. Si le réveil sonne, que nous nous rendormons avant de nous lever en toute hâte, d’avaler un café et de partir au travail à toute vitesse, il y a fort à parier que notre journée se déroulera de manière expéditive et désordonnée, comme si nous étions toujours en retard d’une longueur. Il peut également en être ainsi pour un servant d’autel, un diacre ou même un prêtre, y compris un dimanche matin !
Si nous faisons sonner notre réveil un peu plus tôt et cherchons à entrer en contact avec Dieu, dès les premières lueurs, à travers les Écritures et la prière, la journée se déroulera sûrement beaucoup plus en douceur.
Qu’il est bon de débuter sa journée calmement. Une tasse de café, une bougie allumée, assis dans le silence matinal. Ce temps nous permet, pleins de gratitude et de révérence pour cette aube, de bien vivre notre journée.
En lisant ou en écoutant cette page dans l’évangile de saint Marc, on croirait presque qu’il s’agit d’un reportage. L’évangéliste nous dit les lieux et les moments ; c’est tout juste s’il ne précise pas l’heure exacte. Mais comme justement les objectifs des évangélistes ne sont jamais d’ordre journalistique, il faut croire que toutes ces précisions ont un sens théologique. A nous de savoir lire entre les lignes.
Donc, ceci se passe en Galilée, à Capharnaüm. Un jour, un soir et un lendemain de sabbat. Comme chacun sait, le jour pour les juifs ne se compte pas de minuit à minuit, mais du coucher du soleil au coucher du soleil. Le sabbat commence le vendredi soir au coucher du soleil et finit le samedi soir à l’apparition des premières étoiles. On sait aussi que le sabbat est un jour réservé à la prière et à l’étude de la Torah, à la synagogue et chez soi ; c’est bien pour cela que les habitants de Capharnaüm amènent leurs malades à Jésus seulement le soir du sabbat. Marc nous dit : Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous les malades, et ceux qui étaient possédés par des esprits mauvais.
Le reste de la journée, Jésus n’a fait qu’une chose : aller à la synagogue de la ville et il est rentré aussitôt après à la maison. Si Marc le précise, c’est sans doute pour nous rappeler que Jésus est un juif fidèle à la Loi. Le matin, à la synagogue, il a délivré un homme possédé d’un esprit impur (verset 23), selon l’expression de Marc, et la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre que Jésus commande aux esprits impurs. Pas étonnant que le soir, après la fin du sabbat, on lui amène tous les malades et les possédés. En filigrane, Marc nous dit déjà : voici le Messie, celui qui annonce et accomplit le Royaume.
Curieusement, les démons connaissent l’identité de Jésus, et Jésus leur interdit de parler : Il chassa beaucoup d’esprits mauvais et il les empêchait de parler, parce qu’ils savaient, eux, qui il était. Eux savent ce qui a été révélé lors du baptême de Jésus par Jean-Baptiste et que l’esprit impur a proclamé le matin même à la synagogue de Capharnaüm : De quoi te mêles-tu, Jésus de Nazareth ? Tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es : Le Saint de Dieu.
Pourquoi ce silence imposé ? Alors que Jésus n’est pas venu pour se cacher… Probablement parce que les habitants de Capharnaüm ne sont pas encore prêts pour cette révélation : il leur reste encore tout un chemin à parcourir avant de découvrir le vrai visage du Christ. Il ne suffit pas de savoir dire : Tu es le Saint de Dieu cela, les démons savent très bien le faire. Pour l’instant, les malades sont attirés par Jésus, mais sont-ils prêts pour la foi ? C’est là l’ambiguïté des miracles : le risque de repartir guéri sans avoir rencontré Dieu. Et quand Simon voudrait retenir Jésus en lui disant : Tout le monde te cherche, Jésus le ramène à l’essentiel, la prédication du Royaume : Partons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame la Bonne Nouvelle ; car c’est pour cela que je suis sorti. Jésus n’a jamais déclaré : « Je suis venu pour faire des miracles », il a dit qu’il était venu pour annoncer la Bonne Nouvelle : Le Règne de Dieu s’est approché. . Les miracles sont le signe que le règne de Dieu est déjà là ; le risque est de n’y voir que le prodige. C’est pour cela que je suis sorti  : on ne peut pas ne pas penser à l’insistance de Paul dans la lettre aux Corinthiens que nous lisons ce même dimanche en deuxième lecture : Jésus et Paul ont cette même passion de l’annonce de la Bonne Nouvelle ; on dirait qu’il y a urgence.
Dans sa relation des événements, Marc se montre précis : Le lendemain, bien avant l’aube, Jésus se leva. Il sortit et alla dans un endroit désert, et là il priait. Pourquoi ces détails ? Le matin du sabbat, Jésus a pris une malade par la main et l’a fait lever ; la nuit suivante, à l’aube du premier jour de la semaine (si on compte à la manière juive), il part au désert à la rencontre de son Père dans la prière… Quelques mois ou quelques années plus tard, dans la nuit du premier jour de la semaine, son Père le ressuscitera. En grec, c’est le même mot : il le fera « lever », se relever d’entre les morts. Autre précision : il va au désert pour rencontrer Dieu, et aussitôt revenu près de ses disciples, il leur dit : Partons… Est-ce la prière qui le pousse à partir ailleurs ? Loin d’affaiblir son ardeur missionnaire, il semble bien que cette retraite dans le silence le relance au contraire. Comme disait Mgr Coffy, ancien archevêque de Marseille : « Jésus ne serait pas allé aussi loin dans l’évangélisation s’il ne s’était pas retiré aussi loin dans la prière. » Au fond, prière ou action, c’est un faux dilemme : l’une ne peut aller sans l’autre. Un autre évêque disait au congrès eucharistique de Lourdes en 1981 : « Un évangélisateur qui ne prie plus, bientôt n’évangélisera plus. »
Les guérisons opérées par Jésus devraient, semble-t-il, remettre en cause certains de nos discours sur la souffrance. Si Jésus guérit les malades, c’est que la maladie est un mal. S’il guérit en même temps qu’il annonce le Royaume c’est parce que le mal contrecarre le projet de Dieu et donc il faut nous en débarrasser. Dans la première lecture, nous avons entendu Job crier sa souffrance, et à la fin du livre, Dieu lui donne raison d’avoir osé crier. La souffrance en soi est toujours un mal, il faut oser le dire. Il faudrait être fou pour oser dire en face à un malade : « ce qui vous arrive est très bien »… Il est vrai que certains, avec la grâce de Dieu, trouvent dans la souffrance un chemin qui les fait grandir, mais la souffrance reste un mal. Et tous nos efforts pour lutter contre les souffrances des hommes vont dans le sens du projet de Dieu. Car Dieu sauve des hommes, et non des âmes désincarnées. La prédication de l’Évangile n’est pas que paroles qui s’adresseraient à l’intelligence ou à la conscience ; elle est inséparablement lutte contre ce qui fait souffrir les hommes.
La preuve en est que le projet de Dieu est justement un monde nouveau d’où sera bannie toute larme : Voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle… On n’entendra plus retentir ni pleurs ni cris. Il n’y aura plus là de nourrisson emporté en quelques jours, ni de vieillard qui n’accomplisse ses jours… Il ne se fera ni mal ni destruction sur toute ma montagne sainte, dit le Seigneur (Isaïe LXV, 17 sq.). Une promesse que l’Apocalypse reprend en écho (Apocalypse XXI, 4) : Il essuiera toute larme de leurs yeux. La mort ne sera plus. Il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance, car le monde ancien a disparu. Et celui qui siège sur le trône dit : « Voici, je fais toutes choses nouvelles. »

Chers servants, chères servantes, sachez bien que suivre Jésus pas à pas du matin au soir n’est pas de tout repos. A voir tout ce qu’il fait et toutes les personnes qu’il rencontre, on peut dire qu’il n’arrête pas ! Ses journées commencent tôt le matin et se terminent tard après le coucher du soleil. Et pendant ce temps, Jésus est à l’œuvre auprès de tous ceux, très nombreux, qui le cherchent, veulent le voir et l’écouter. Vraiment, il est venu et il est disponible pour tous. Regardez-le agir : il prie, il guérit, il remet debout, il libère de tous les obstacles… De nouveau, la vie est possible, comme pour la belle-mère de Pierre, qui, débarrassée de sa fièvre, accueille Jésus et ses disciples. Ce que Jésus fait, voilà ce qui est bon. Par lui, Dieu lui-même agit. Par lui, Dieu est avec nous. Voilà la Bonne Nouvelle ! Pour Jésus, il est urgent de la proclamer à tous, c’est pour cela qu’il est venu. Aujourd’hui, c’est par nous tous, c’est par chacun(e) d’entre vous qu’il continue d’agir et que la Bonne Nouvelle se transmet.

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Job VII, 1-4. 6-7 ;
Psaume CXLVI (CXLVIIa) ;
Première Lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens IX, 16-19. 22-23 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc I, 29-39.