Paroisse Saint Loup


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Sixième dimanche du Temps Ordinaire – Année B

Samedi 10 février 2018 église de Saint Barthélémy-du-Gua

« Si tu le veux, tu peux me purifier. »

La lèpre était et est toujours une maladie grave. Aujourd’hui on sait la guérir. Dans l’Antiquité, on ne savait pas le faire. Ainsi le malade se voyait-il pourrir lentement et aller sûrement à la mort. Le corps se déformait d’une manière souvent hideuse. Rien d’étonnant alors qu’on l’ait considéré comme une malédiction divine, Dieu ne pouvant envoyer semblable fléau qu’à quelqu’un qui avait beaucoup péché. Néanmoins la loi juive envisageait des cas de guérison possible. Notre texte s’en fait d’ailleurs l’écho avec l’ordre que donne Jésus au lépreux guéri d’aller se montrer aux prêtres pour faire constater sa guérison et être ainsi réintroduit dans la société civile et religieuse.
Je voudrais aussi préciser que l’Ancien Testament appelle lèpre toute maladie grave de la peau. Ainsi lui arrive-t-il de parler de lèpre blanche dont la description correspond beaucoup plus au psoriasis qu’à la véritable lèpre. Or le psoriasis est une maladie encore mal connue aujourd’hui. On sait qu’elle a des causes psychiques et nerveuses et qu’elle peut apparaître et disparaître rapidement, dans des conditions pas toujours expliquées. Cela étant, le pouvoir de guérison de la lèpre était reconnu aux hommes de Dieu, particulièrement aux prophètes, et surtout au Messie, annonciateur et réalisateur du royaume de Dieu. Le Messie pouvait guérir toutes maladies y compris la pire pour l’époque, la lèpre.
C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le passage de l’évangile que nous avons lu. Relevons tout d’abord la certitude du lépreux. Il dit à Jésus : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » On ne nous dit pas s’il reconnaît en lui le Messie, mais ce qui est sûr c’est qu’il voit dans sa personne un homme de Dieu, un prophète, quelqu’un qui peut guérir. Avons-nous toujours, chers amis, la foi de ce lépreux ? Sommes-nous toujours persuadés que Jésus peut nous guérir de toutes nos lèpres ? Et j’étends le sens du mot lèpre à tout ce qui peut nous faire souffrir, nous faire replier sur nous-mêmes nous éloignant de Dieu et de nos prochains. Cela peut être l’effet de la maladie, mais aussi celui d’un sentiment de culpabilité. Pour la maladie par exemple, trop peu de chrétiens ont recours au sacrement des malades. Pour beaucoup en effet son sens est celui de l’extrême-onction et il est lié à la préparation à la mort. Alors on attend, et ce sont les familles qui le plus souvent en font la demande quand le malade est inconscient voire dans le coma. Vous me direz alors : « Mieux vaut tard que jamais » et vous n’auriez pas tort. Mais dans ces conditions nous ne sommes pas dans le cadre souhaité pour donner ce sacrement. Il peut être certes une préparation à la mort, mais ce n’est pas son premier sens dans l’Eglise ancienne, je songe aux temps apostoliques. Relisez chez vous le chapitre 5 de l’épître de Jacques et vous verrez que c’est dans l’espérance de la guérison du malade que l’apôtre recommande l’onction d’huile. Quant au sacrement lui-même, ses paroles sont très claires et je vous les rappelle : « Untel, par cette onction sainte, que le Seigneur en sa grande bonté vous réconforte par la grâce de l’Esprit Saint […] ainsi vous ayant libéré de vos péchés, qu’il vous sauve et vous relève », ces paroles s’appliquent d’abord à la maladie. Elles expriment un souhait de guérison.
Mais il est évident que si le malade est à la dernière extrémité, le « qu’il vous relève » nécessite de la part du prêtre quelques explications, « sauver » et « relever » renvoient alors à la résurrection des morts et au salut éternel. Mais je le répète, ce n’était pas le sens premier. Aussi ne devons-nous pas avoir peur de demander le sacrement des malades, cela ne fait pas mourir mais vivre, tout en précisant cependant qu’il faut effectuer cette démarche avec la foi du lépreux de notre texte. J’ai parlé à son propos de certitude quant au pouvoir du Christ. Et là nous sommes renvoyés à l’enseignement de l’Eglise, ou pour être plus précis à ce que disent effectivement les prêtres. Car l’Eglise catholique, elle, est très claire dans son enseignement officiel, dans son catéchisme de 1992 par exemple.
Or je prends un passage qui concerne directement notre sujet, le pouvoir de pardonner les péchés, parce qu’il est lié au pouvoir de guérison, il en est même la base puisque pour le Nouveau Testament la maladie est toujours liée au péché, non pas forcément à un péché particulier mais au péché en général. Voir à ce sujet l’affaire des Galiléens massacrés par Pilate et l’affaire de la tour de Siloë. Je vais donc citer le Catéchisme de l’Église catholique. Que dit-il ? « Dieu seul pardonne les péchés. Parce que Jésus est le Fils de Dieu, il dit de lui-même ‘ le Fils de l’homme a le pouvoir de remettre les péchés sur la Terre’ (Marc II, 10) et il exerce ce pouvoir divin ‘tes péchés te sont pardonnés’ (Marc II, 5 ; Luc VII, 48), plus encore en vertu de sa divine autorité il donne ce pouvoir aux hommes pour qu’ils l’exercent en son nom » (paragraphe 1441 du CEC).
Et pour le sacrement des malades lui-même, je renvoie aux paragraphes 1508 et 1509, et j’en cite une partie « ‘guérissez les malades !’ (Matthieu X, 8). Cette charge l’Église l’a reçue du Seigneur et tâche de la réaliser autant par les soins qu’elle apporte aux malades que par la prière d’intercession avec laquelle elle les accompagne. Elle croit à la présence vivifiante du Christ, médecin des âmes et des corps. Cette présence est particulièrement agissante à travers les sacrements, et de manière toute spéciale par l’eucharistie, pain qui donne la vie éternelle et dont saint Paul insinue le lien avec la santé corporelle » (paragraphe 1511 du CEC).
Normalement, compte tenu de ce pouvoir de pardon des péchés et de ce que produit le sacrement des malades, nous devrions avoir plus de hardiesse, nous autres prêtres, pour inciter les personnes qui souffrent à recevoir ces deux sacrements. Je ne méconnais pas le double écueil que peut constituer l’explication du lien entre péché et souffrance. Les risques graves de déviationnisme sont grands, mais obligatoires à affronter sinon on passe à côté de ce qu’il y a de plus sérieux dans le message religieux chrétien. Et puis il y a aussi la compréhension magique du sacrement ! Mais elle peut être évitée si on se donne bien la peine d’expliquer ce que veut dire le mot « relève », comme je l’ai déjà évoqué.

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Livre des Lévites XIII, 1-2. 45-46 ;
Psaume XXXI (XXXII) ;
Première Lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens X, 31 – XI, 1 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc I, 40-45.