Paroisse Saint Loup


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Sixième dimanche du Temps Ordinaire – Année B

dimanche 11 février église Saint Jean-Baptiste de Vif

« Si tu le veux, tu peux me purifier. »

La page d’évangile de ce dimanche rappelle bien comment sont liés l’enseignement et l’action sacramentelle. Il y a en effet dans la démarche du lépreux un verbe important : « Si tu le veux. » Ainsi Jésus peut, mais encore faut-il qu’il le veuille. Et nous sommes tous renvoyés ici au mystère de la volonté de Dieu. Certes nous savons que Dieu est amour, qu’il combat le mal, la mort et la souffrance, et surtout qu’il veut notre bien. Mais voilà, le bien qu’il désire pour nous ne correspond pas toujours à ce que nous souhaitons. Et Jésus lui-même en a fait l’expérience. Au jardin de Gethsémani, à quelques heures de son arrestation, il a éprouvé de la répulsion en envisageant ses souffrances et sa mort sur la croix. Et cela était bien naturel, car vrai Dieu il était aussi vrai homme et tout être humain ne peut avoir qu’un réflexe d’angoisse dans la proximité de la souffrance ou encore de sa mort prochaine. Mais Jésus s’est vite repris. Après avoir dit « mon Père, s’il est possible que cette coupe s’éloigne de moi », il a ajouté « non pas ce que je veux mais ce que tu veux ». « Ce que tu veux », Jésus par avance se soumet à la volonté de Dieu tout comme le lépreux disant « si tu le veux ». Et de fait, Jésus n’a pas guéri tous les malades de Palestine, pas plus que Dieu ne guérit tous les malades qui vont à Lourdes. N’y voyons pas un défaut de puissance de Dieu et encore moins une volonté de punir les uns et de récompenser les autres. Ce qui veut dire qu’il ne faut pas vouloir, par nos raisonnements, chercher à tout comprendre et à tout expliquer. Demeurons humbles comme Jésus et comme le lépreux, laissons Dieu être Dieu et acceptons alors que demeure toujours une part de mystère quand nous voyons sa volonté se manifester en notre monde. Ce n’est que dans le Royaume que nous aurons l’explication de tout, quand nous connaîtrons Dieu face à face.
Une remarque encore sur ce beau texte sur lequel on pourrait dire beaucoup de choses. Saint Marc nous précise que Jésus touche le lépreux avec sa main pour le purifier. Certes l’imposition de la main est, dans le monde biblique, un geste courant pour transmettre une force, donc une guérison. Mais il s’agit d’un lépreux, d’un homme, que la société et la religion considéraient comme impur. Eh bien Jésus n’hésite pas à le toucher et à la guérir. Comme pour les aliments, Jésus brise ici la loi du pur et de l’impur. Ainsi ce n’est plus d’abord un homme impur qui se trouve devant lui mais un homme qui souffre et auquel il faut porter secours. Et cela annonce d’autres paroles qui vont remettre en cause la notion juive traditionnelle d’impureté. Le père Camille Focant écrit très justement à ce sujet : « La suite (Marc VII, 1-23) montrera plutôt qu’il conteste ce système [du pur et de l’impur tel que défini par l’ancien judaïsme]. La phrase qui accompagne le toucher est on ne peut plus concise : « Je veux ‘sois purifié’. » L’impératif qui la conclut ne doit pas être interprété comme un passif divin, puisqu’il est précédé par « je veux ». Jésus ne parle au nom de personne d’autre, et il ne convient pas d’affaiblir une formule qui met en évidence sa puissance personnelle. »
Ainsi pour le Christ il n’existe pas de maladie-malédiction qui rende intouchable. Comme j’aurais aimé qu’on se souvînt de cela au début des années 1980 quand apparut le sida touchant alors une certaine catégorie de gens ; que n’ai-je pas entendu dans les milieux dits bien-pensants sur le châtiment de Dieu, sur la maladie-malédiction. Et ces propos sont encore tenus ici ou là d’une manière atténuée, car maintenant ce fléau peut toucher tout le monde. Il fallait alors renvoyer à notre texte pour exhorter les chrétiens à avoir le même regard que Jésus sur le lépreux et surtout la même attitude : maintenir la communication et prier pour que la science progresse. Ces prières ont été en grande partie exaucées, cela dit encore trop de ces malades s’enferment dans un silence culpabilisant et s’isolent dans ce qu’on pourrait appeler « de nouvelles léproseries ». Comme disciples de celui qui n’a pas repoussé les lépreux, ayons une attitude qui reflète l’amour, qui incite tous les malades, quelle que soit leur maladie, à sortir de leur isolement pour se rapprocher des autres et du Christ source de vie et de guérison, et qu’ainsi ils retrouvent confiance.
Une toute dernière remarque sur l’ordre donné aux lépreux d’aller se montrer aux prêtres. Il faut y voir en plus du souci de Jésus de respecter la loi, la sollicitude pour le lépreux afin qu’il puisse mener une vie normale en étant légalement réintroduit dans la société. Jésus ne se sert pas des miracles pour faire croire : il accorde des miracles à ceux qui manifestent de la foi en lui pour les confirmer. Ce qu’avait fait notre lépreux, nous l’avions relevé, en lui disant « si tu le veux, tu peux me purifier ». Sans en savoir autant que les démons sur la personne du Christ, car sinon il lui aurait obéi, il sait ou il sent que Jésus possède un pouvoir de guérison. Mais les choses s’arrêtent là. Cela suffit pour que Jésus le guérisse, mais ce n’est pas décisif pour que le lépreux guéri lui obéisse jusqu’au bout. Et en enfreignant les ordres du Christ même dans une bonne intention, en l’occurrence glorifier son bienfaiteur, le lépreux guéri gêne l’action de Jésus et même l’entrave. Jésus, nous dit Marc, « ne peut plus entrer ouvertement dans une ville » et est « obligé d’éviter les lieux habités » (verset 45), autrement dit, ironie du sort si l’on peut dire, Jésus se retrouve dans la même situation que le lépreux avant sa guérison. Il ne peut plus aller vers les autres, ces derniers ne pouvant que venir à lui.
Ainsi rien ne peut justifier une désobéissance au Christ. Le faire ouvertement alors qu’on a reçu de lui des grâces aboutit à un contre-témoignage. Et même si c’est une glorification, comme c’est le cas ici, parce qu’elle faisait partie de la désobéissance, elle gêne Jésus, tout comme l’incrédulité des habitants de Nazareth l’empêcha de faire beaucoup de miracles. Le Christ ne veut que les louanges qu’il suscite dans le cœur des hommes. Celles qu’il n’a pas inspirées, qui viennent à contretemps, constituent un début de barrage entre lui et les autres qu’il est obligé d’attirer, ne pouvant venir vers eux. Si la tiédeur, voire l’indifférence de certains chrétiens vis-à-vis de leur maître, est négative, le trop d’enthousiasme purement humain et non voulu par le Christ n’est pas bon non plus. C’est la vertu d’obéissance qu’il faut retrouver, à quoi notre époque n’incline guère, mais ce ne sera pas la première ni la dernière fois que l’Évangile demande d’aller à contre-courant du monde.

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Livre des Lévites XIII, 1-2. 45-46 ;
Psaume XXXI (XXXII) ;
Première Lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens X, 31 – XI, 1 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc I, 40-45.