Paroisse Saint Loup


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Mercredi des Cendres

15 février 2018 église Saint Jean-Baptiste de Vif

« Ton Père (…) voit dans le secret… »

Ce mercredi des Cendres nous fait entrer en carême. Ce mot vient du latin quadragesima dies, quarantième jour. Ce temps couvre en effet la période qui va de ce mercredi au Samedi saint, les dimanches non compris parce que fêtes de la résurrection du Seigneur. Le tout se termine par la veillée pascale et la messe du jour de Pâques.
Quarante jours ! Cela nous fait penser aux quarante jours que Jésus passa dans le désert, ainsi qu’aux quarante ans d’errance du peuple d’Israël avant son entrée en terre promise.
L’idée initiale de cette préparation à Pâques était le jeûne pascal qui au deuxième siècle durait deux jours continus. Progressivement la durée s’allongea et le jeûne ne fut plus qu’une abstinence de certaines nourritures comme la viande et les œufs plutôt qu’un jeûne total. Au troisième siècle, nous sommes encore à deux jours, Vendredi saint et Samedi saint. Au début du quatrième siècle à trois semaines. A la fin du quatrième siècle six semaines. Puis de quarante jours du mercredi des Cendres au Samedi saint, les dimanches en moins. Le tout étant fixé et devenant désormais obligatoire pour toute l’Église d’Occident vers le huitième siècle. Nos frères orientaux ont en effet des pratiques différentes.
Il est vrai qu’au troisième siècle on s’en tenait à deux jours avant Pâques. Néanmoins il faut se méfier en liturgie, comme dans d’autres domaines, de cette référence au plus ancien. La pratique liturgique ne dépend pas que de la recherche des textes anciens. Il faut tenir compte, surtout dans l’Église catholique, de l’évolution, non pas du monde, mais de la tradition, surtout quand celle-ci va dans le sens de l’unité avec les chrétiens d’Orient. Un long carême a sa justification pour mieux marquer l’importance et solenniser le Vendredi saint et Pâques. Dans notre monde de plus en plus sécularisé, il a déjà largement sa justification et, dans la perspective de la nouvelle évangélisation, il est indispensable que tout commence par davantage de piété.
L’Église ancienne, et cela a duré jusqu’à Vatican II, insistait beaucoup sur le jeûne. Il faut dire qu’à ces temps anciens l’idéal monastique a exercé une grosse influence sur les chrétiens. Longtemps on a considéré le moine comme le type parfait du chrétien. C’est cette pensée au XVIème siècle qui a incité le jeune Luther à entrer au couvent, à s’épuiser en jeûnes et pratiques ascétiques, sans bien saisir au départ toutes leurs conséquences et leur portée. Plus tard il les critiquera, et avec lui toute la réforme protestante, parce qu’il y avait souvent des abus, et que d’autre part les gens qui s’y adonnaient pensaient accumuler ainsi des mérites et gagner leur salut. Plus ou moins consciemment ils devenaient créanciers de Dieu, à coups de jeûnes et de privations de toutes sortes. Ils oubliaient que le salut est le fruit de la grâce, un don purement gratuit et en rien le résultat d’une initiative humaine. Certes c’est un don qui oblige. Et on peut y répondre par toutes sortes de bonnes œuvres et le jeûne. Mais le salut demeure avant tout un don. Souvenez-vous en pendant ce carême, quels que soient les exercices spirituels auxquels vous vous livrerez. On n’acquiert jamais de droits sur Dieu. On se rend seulement disponible pour recevoir de lui. Le jeûne à l’origine n’était qu’un instrument servant à cela, et non une fin en soi. Si le jeûne est un moyen de mieux s’ouvrir à Dieu et aux autres, de mieux prier, de mieux lire la Bible, de mieux goûter les sacrements, il faut à coup sûr le pratiquer. Mais si par la faim qu’il engendre il gêne la prière, distrait de l’amour de Dieu et du prochain, ne fait pas approcher correctement des sacrements, je vous dis qu’il vaudrait mieux s’en abstenir.
Dans ce beau passage de l’évangile du jour des Cendres, que je vous invite à relire pendant tout le carême, vous avez pu remarquer que Jésus ne parle pas que du jeûne pour ceux qui veulent être justes. Il associe l’aumône qui précède le jeûne, avec la prière. Et c’est l’aumône qui est placée en tout premier. Vouloir être juste, vouloir se rapprocher de Dieu et de son prochain comme le carême nous y invite, c’est commencer par faire l’aumône et la charité. Ce qui va dans le même sens que ce qu’écrira l’apôtre saint Paul. La charité (qui inclut l’amour) est la plus grande des vertus, elle dépasse la foi et l’espérance. Dieu en effet est avant tout amour et celui qui exerce la charité se conforme à la divinité et à son incarnation en Jésus-Christ.
Ayant beaucoup parlé du jeûne, je voudrais conclure sur la prière. Je vous rappelle d’abord que c’est juste après son instruction sur la prière et avant ses propos sur le jeûne que Jésus enseigne le Notre Père, des versets 9 à 15 de notre chapitre VI. Notre lectionnaire a omis ces versets pour notre passage de ce jour, et pour une fois je ne lui en ferai pas grief ! D’abord cela laisse une certaine continuité entre aumône, prière et jeûne, et ensuite le Notre Père à lui tout seul continue un ensemble qui nécessiterait une homélie pour chaque demande. Mais je tenais à le mentionner pour montrer l’importance de la prière et rappeler que Jésus a tenu à donner un exemple de prière à ce moment-là, ou tout du moins que saint Matthieu a voulu associer cet exemple du Notre Père au commandement plus général sur la prière.
Vivons donc ce carême comme une invitation à nous rapprocher de l’amour de Dieu et de notre prochain. Utilisons les commandements que nous donne Jésus. Usons aussi des moyens que nous a légués la tradition de l’Église dans la mesure où ils peuvent faire progresser notre spiritualité. Les cendres que nous recevrons nous rappelleront alors notre état d’homme et de femme, non abandonnés à une poussière de mort, mais appelés à la vie par un Dieu d’amour qui veut notre repentir et notre conversion.

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Joël II, 12-18 ;
Psaume L (LI) ;
Deuxième Lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens V, 20 – VI, 2 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu VI, 1-6. 16-18.