Paroisse Saint Loup


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Homélie pour le Jeudi Saint 2018

Jeudi 29 mars en l’église Saint Jean-Baptiste de Vif

Les lectures bibliques de cette fête du Jeudi Saint qui ouvre le Triduum pascal nous invitent toutes les trois à l’action. En nous rappelant le sacrifice de l’Agneau pascal suivi d’un repas de communion entre les fidèles d’Israël, le Livre de l’Exode inscrit dans notre mémoire profonde la figure de l’Agneau à laquelle Israël s’est identifié. Figure d’innocence, certes ; figure de perfection, figure de choix qui nous orient d’ores et déjà vers l’Agneau de Dieu pleinement révélé en Jésus-Christ. L’ordre adressé à Israël, c’est que cet agneau partagé, sacrifié, mangé, soit au cœur de la vie religieuse de ce peuple : « Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est une loi perpétuelle, d’âge en âge, vous le fêterez. » (Exode XII, 14)
Cette mémoire et cet agir, nous les retrouvons dans les deux lectures du Nouveau Testament. Saint Paul, en rappelant à l’ordre les chrétiens de Corinthe bien peu respectueux du Repas du Seigneur lors de leurs agapes soi-disant fraternelles, leur transmet les paroles mêmes du Seigneur au cours du repas pascal qu’Il célèbre avec ses disciples et qu’Il transforme profondément. C’est Lui en effet l’Agneau pascal qui Se sacrifie. Et comme le repas d’Israël précédait la Pâque, passage miraculeux de la Mer Rouge, voici que l’institution de l’Eucharistie précède, elle aussi, la Pâque du Seigneur. Au moment de passer de ce monde à la gloire de son Père, autrement dit d’accomplir sa Pâque, le Seigneur institue le repas eucharistique, notre messe, et dit, nous l’avons entendu à deux reprises : « Faites cela en mémoire de moi. »
Il s’agit bien d’accomplir, de réitérer le Repas du Seigneur, pas seulement en nous souvenant de Lui mais de le laisser advenir de telle sorte que le souvenir devienne mémoire vive, présence réelle et que nous ne cessions d’en rendre grâce. N’est-ce-pas l’Esprit-Saint, et Lui seul, qui peut nous donner de comprendre ce que les prêtres font en célébrant l’Eucharistie du Seigneur ? Et n’est-ce pas Lui seul qui, promis à L’Église par Jésus Lui-même, vient réaliser pleinement cette présence du Christ notre Seigneur au milieu de nous, sur l’autel, mais aussi en nous, très intimement, et en nous tous, L’Église de Jésus-Christ.
N’appelle-t-on pas L’Église le « Corps du Christ » parce qu’elle se nourrit sans cesse du Corps du Christ présenté par ses ministres et reçu en communion par ses fidèles, du pape jusqu’à ces enfants blessés dans leur intelligence ou dans leur corps qui y accèdent, ou bien ces malades qui ont toujours faim du Seigneur ? Le Cardinal de LUBAC avait bien raison de synthétiser l’enseignement constant de L’Église depuis la plus haute Antiquité : « L’Eucharistie fait L’Église ; L’Église fait l’Eucharistie. »
J’aimerais dire à présent un mot à propos du lavement des pieds que L’Église a toujours voulu entendre le jour où elle fait mémoire de la Cène du Seigneur. Saint Jean rapporte cet épisode qui ouvre, dans son Évangile, la deuxième partie où la gloire du Seigneur se révèle suprêmement dans le sacrifice du Christ sur la Croix. Il conclut le récit avec ces mots : « C’est un exemple que je vous ai donné, afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. » (Jean XIII, 15)
Il y a ici de nouveau une double invitation à faire ce que le Seigneur a fait en mémoire de Lui. C’est pourquoi, en ce jour, nous refaisons les gestes de Jésus au cœur de notre liturgie, non pour mimer le Seigneur, mais pour nous imprégner de ce qu’Il est. L’Agneau pascal qui s’immole est aussi le berger prévenant, soucieux de nous, qui va jusqu’à soigner nos corps et nos âmes en se mettant à genoux devant nous. Comment alors ne pas être saisi par la « charité pastorale » du Seigneur ? Notre culte est la mémoire de la bonté du Seigneur à notre égard, livré totalement à nous. Son Salut est le soin particulier qu’Il a de chacun de nous.
Ce soir, je veux rendre grâce de ce que L’Église me fait découvrir jour après jour. Je suis celui qui veut prendre soin de vous, avoir le souci de chacun, comme le Christ nous l’enseigne. Et je veux vous rendre grâce au nom de Jésus pour tout ce que j’ai découvert, tout ce qui m’a été transmis et tout ce que je désire vous apporter. Le Saint Curé d’Ars avait ces paroles fortes : « Il faut toujours avoir Dieu en vue, Jésus-Christ en pratique, soi-même en sacrifice. »
Alors bénissons le Seigneur pour le don du Sacerdoce ministériel, pour l’Eucharistie et pour tous les sacrements, pour son invitation à faire de notre vie une offrande, toujours animée par l’Amour de charité.
AMEN !

Père Thibault NICOLET


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