Paroisse Saint Loup


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Quatrième dimanche de Pâques – Année B

samedi 21 avril 2018 église de Saint-Pierre de Commiers

Le bon berger

Jésus se présente à nous comme le bon berger ou pasteur. Vous avez tous déjà vu, à la montagne ou à la campagne, un berger s’occupant de son troupeau. Il connaît chacune de ses bêtes, il sait ce dont elles ont besoin et il les conduit vers les meilleurs pâturages. Il marche devant ou derrière mais il les surveille toujours. Si un danger se présente, il les défend à tout prix. Il prendrait même soin de la brebis d’un troupeau voisin si elle était en danger. Jamais un bon berger n’abandonne une brebis. Jésus est ce bon berger pour chacun de nous. Par cette comparaison, il nous montre de quel amour il nous aime. Jésus prend soin de chacun de nous comme le berger le ferait avec un agneau. Jésus nous connaît et nous aime et il nous guide vers son Père par sa Parole et vers toutes les personnes qui nous aident à comprendre cette Parole. Avons-nous envie de nous laisser guider par Lui ?
« Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. » Jean X, 14-15
« Je donne ma vie pour mes brebis… » Étrange et mystérieuse affirmation qui pourrait nous faire croire que son passage sur notre terre et sa mort sur la croix ne seraient que l’objet d’un affreux marché, et penser que lui-même ne serait alors que la victime innocente d’un horrible sacrifice, digne des dieux les plus cruels. Comment pourrions-nous admettre cette vision des choses ? Mais, vous le savez bien, telle n’est pas la réalité. Entendez-bien, en effet, ce qu’il vous dit. Cette vie qu’il nous donne, c’est sa vie et sa vie, c’est la vie du Père. C’est le souffle de la création qui à chaque instant revient en notre être et nous renouvelle. Ce n’est rien d’autre en effet que ce que dit le rédacteur de la Genèse :
« Le Seigneur Dieu prit de la poussière du sol et en façonna un être humain. Puis il lui insuffla dans les narines le souffle de vie, et cet homme devint un être vivant. » Genèse II, 7
Et voilà qu’avec le Christ, l’envoyé et le fils, arrive le salut, l’accomplissement de notre humanité. En nous donnant sa vie, il nous fait devenir ses frères. Il nous identifie à lui dans le cœur du Père. Il est non seulement le berger qui garde ses moutons et les protège du loup ou de tout autre mal, mais il est aussi et surtout celui qui accouche les brebis dans les frais matins d’avril ou au cœur des nuits sans étoiles, pour faire de leurs agneaux son peuple. Et son passage par la mort, qui sera aussi le nôtre, devient alors le chemin qui nous fait entrer dans la résurrection. Il nous fait simplement et totalement passer à une vie nouvelle, une vie renouvelée en Dieu notre Père. Il ne nous impose pas ce mystère une fois pour toutes, que ce soit sur le bois de la croix ou dans le tombeau de la résurrection. Il nous laisse libre de l’accepter ou de le refuser. Il nous le propose chaque jour par le don éternel et éternellement renouvelé de son corps et de son sang offerts à la multitude des hommes et à chacun d’entre nous. Comme il a offert à son Père l’humanité en acceptant de devenir, en Marie, un simple fils d’homme. Nous sommes par ce don de la vie du Père, transmis par le fils, plus grands que nous-mêmes. Il nous a, pour ainsi dire, « renaturé » après que le péché nous a détruits. Car comment pourrions-nous être les enfants du Père s’il ne nous donnait pas sa propre vie ?
« Il a dit des gens d’Israël : ‘Mon peuple c’est eux, ils sont pour moi des fils qui ne me décevront pas.’ Il a été leur sauveur. Dans toutes leurs détresses il n’a délégué personne pour leur venir en aide, mais il les a sauvés lui-même. Dans son amour et sa pitié, c’est lui qui a pris leur cause en mains, c’est lui qui s’est chargé d’eux et les a portés à bout de bras tout au long de leur histoire. » Isaïe LXII, 8-9
Cette vie, nous avons-nous aussi à la donner. Nous devons être le souffle du Père, porteurs de son amour et témoins de sa grâce.
Par ailleurs, certains esprits chagrins trouveraient sans doute à redire à cette prétention à l’unité, en un temps où il est de bon ton de tout mettre au pluriel et surtout les termes qui semblent indiquer une certaine excellence : les civilisations, les cultures, les élites, les mémoires, etc. Il y a même une revue catholique qui a titré un de ses numéros : « Les magistères » ! De quelle unité Jésus nous parle-t-il ? En se présentant comme le seul pasteur (de l’humanité), il dit en d’autres termes ce que déclare Pierre au Sanhédrin et que nous trouvons dans la première lecture d’aujourd’hui : « En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver. » Son rôle unique découle du fait que lui et lui seul a apporté à tout homme le salut. L’humanité n’est pas seulement un agrégat d’individus, elle constitue une famille, elle a un destin unique qui perdure de siècle en siècle. C’est pourquoi, à l’encontre de toute prétention raciste, il faut maintenir l’unité du genre humain. La Parole de Dieu nous enseigne de son côté que nous avons tous été créés en Adam et que le péché de celui-ci a eu des répercussions sur toutes les générations futures. Le salut apporté par le Christ n’est donc pas seulement un bon exemple donné aux hommes pour qu’ils changent de vie, mais une guérison radicale, qui demande certes à être accueillie pour devenir effective, mais qui est maintenant déposée dans l’humanité à travers l’Église et les sacrements. Il n’y a qu’un seul salut, parce qu’il n’y a qu’une seule humanité à sauver et que le salut concerne les hommes à la racine de leur être. Ils peuvent avoir des attachements différents, des cultures différentes, des modes d’organisation différents, parce que tout cela concerne seulement un aspect de leur vie. Mais le salut, c’est la réussite même de leur vie avec Dieu, c’est-à-dire le centre de tout ce qu’ils sont, tout ce qu’ils ont.
Que Dieu soit le tout de notre vie n’est pas une position hégémonique ou totalitaire, c’est au contraire notre dignité suprême de n’être faits pour rien moins que le meilleur. C’est parce que chacun de nous est unique, unique dans le regard de Dieu, unique dans sa vocation, que notre destin n’est pas livré aux attachements successifs et aléatoires qui nous sollicitent. Nous avons quelque chose à réussir qui nous est propre mais qui en même temps nous réunit tous dans le même bercail. Malgré le sens péjoratif qu’on pourrait donner au mot « troupeau », il n’y a rien à craindre du côté de notre pleine et entière personnalité. L’appel du Seigneur ne fait pas de nous des clones, des copies conformes. Comme on le voit avec les saints, tous si profondément différents, la suite du Christ développe ce qu’il y a de plus unique au fond de chacun de nous et fait naître d’incroyables fruits de sainteté, imprévisibles et merveilleux. A aller à sa suite, nous ne marchons pas au pas cadencé, c’est une course, une danse, une joyeuse avancée dans la lumière !
Aide-nous, Seigneur, à comprendre le don extraordinaire que tu nous fais en nous donnant ta vie, en faisant de nous tes enfants alors que nous avions peur d’avoir perdu ton amour dans le désert de notre péché. Aide-nous aussi, en nous donnant de partager l’essence même de ton être, de nous faire serviteurs pour tous nos frères, comme ton fils le fut pour nous, pour que l’humanité entière vive de ta vie et renaisse de ton amour.

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Actes des Apôtres IV, 8-12 ;
Psaume CXVII (CXVIII) ;
Première Lettre de saint Jean III, 1-2 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean X, 11-18.