Paroisse Saint Loup


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Cinquième dimanche de Pâques – Année B

Dimanche 29 avril église Saint Jean-Baptiste de Vif

La vraie vigne

Ce dimanche, Jésus utilise une image particulière pour nous faire comprendre son amour. Il est une vigne et nous sommes les sarments, c’est-à-dire les branches qui portent les raisins. Lorsque ces branches sont séparées du tronc, elles se dessèchent, puis elles meurent. Au contraire, pour vivre, se développer et donner de beaux raisins, elles ont besoin de la sève de la vigne. Cette sève que Jésus nous invite à recevoir, c’est son amour. « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit », nous dit-il. Voilà une invitation à rester unis quels que soient les événements de notre vie.
C’est en demeurant avec Jésus que nous recevons son amour et que nous apprenons de lui comment aimer. Nous devenons capables, à notre tour, de donner son amour autour de nous. Nous portons de « beaux raisins » : le service, l’attention aux autres, la patience, le pardon, la paix… Tous ces fruits nous rendent heureux, alors n’hésitons pas : laissons-nous aimer par Dieu, demeurons avec lui !
Avec cette page d’évangile, nous poursuivons notre méditation du testament spirituel que Jésus a laissé à ses disciples avant de mourir sur la Croix. Il s’est comparé au Bon Pasteur ; cette fois, c’est à la vigne, plantée auprès de presque chaque maison dans les régions du bord de la Méditerranée, qu’il se compare.
Nous sommes au soir du Jeudi Saint. Jésus vient de prononcer sur le pain et le vin les paroles de consécration : « Ceci est mon Corps », « Ceci est mon sang ». Les disciples du Christ ont communié de ses mains ; sa vie a pénétré leur âme. Et voici qu’il affirme sans ambages : « Je suis la vigne véritable… » Si tous les enfants d’Israël connaissaient le chant d’Isaïe : « Que je chante à mon bien-aimé le chant de mon ami pour sa vigne. Mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau fertile… » (Isaïe V, 1), dans lequel la vigne est le symbole d’Israël, le peuple où Dieu règne, l’évocation qu’il en fait comme action de grâce après cette première Eucharistie, est nouvelle.
Que veut-il leur (et nous) faire comprendre ? C’est simple, concret, clair. Cela peut être facilement compris par le cœur et par l’esprit des gens, des plus incultes aux plus savants. Certes, la vigne est humble d’aspect et son bois ne sert pas à grand-chose. Mais son fruit est délicieux et le vin qu’on en tire réjouit le cœur de l’homme.
Le Christ est LA vigne, et non une vigne. Les Témoins de Jéhovah, qui veulent porter atteinte à la divinité de Jésus, traduisent par : « Je représente la vigne… » Quelle méconnaissance de la langue grecque et de l’enseignement du Seigneur !
Il est « la vigne véritable » comme il est « le bon pasteur ». Cette vigne unique porte tous les fruits que le Père lui demande de porter. Et ses sarments lui permettent de couvrir l’étendue de la terre, comme l’évoque si bien le psaume LXXX : « Il était une vigne qui étendait ses sarments jusqu’à la mer et au-delà du fleuve ses rejetons ». Nous sommes les sarments du Seigneur. Nous, peuples de tous les temps et de tous les continents, sommes rattachés au Christ.
O Seigneur, comme il est facile de te comprendre ! N’avons-nous pas fait l’expérience que lorsque nous nous éloignons de lui, de ses sacrements, lorsque sa sève ne circule plus en nous, nous nous desséchons et c’est ainsi que nous sentons la vie de la grâce s’étioler en nous jusqu’à nous laisser presque morts, c’est-à-dire abandonnés à la tentation, livrés à nos passions et aux instincts les moins nobles de notre nature ? Alors nous ne sommes plus des sarments qui portent du fruit. Nous ne servons plus à rien pour la vigne. Nous ne méritons plus que d’être coupés et jetés au feu.
Depuis notre baptême, c’est la sève du Christ qui coule en nous. Les sacrements, mis à notre disposition, sont autant de moyens que jamais ne se tarisse en nous cette sève de vie divine qui nous attache à lui, le cep auquel nous devons de vivre.
Mais il ne nous suffit pas pour autant de nous délecter en lui dans une attitude de repos, d’immobilisme, de quiétisme, sans avoir le souci de ceux pour lesquels nous devons porter du fruit, et des fruits en abondance. En effet, si notre vie ne peut venir que de Jésus, ce n’est pas pour notre propre satisfaction, elle doit être féconde. C’est une véritable union entre lui et chacun d’entre nous qu’il réclame. Il ne suffit pas d’être extérieurement uni à lui (Judas l’était !), encore faut-il que notre cœur lui soit tout entier consacré. Il nous faut creuser, approfondir son amour pour nous ouvrir toujours davantage à tout ce qu’il veut transformer en nous. Et nous n’échapperons pas à l’émondage qui favorise un meilleur rendement et une récolte plus abondante. Et c’est son Père, « le divin vigneron », qui se charge de cette purification. Il ôte de notre vie tout ce qui empêche la circulation en nous de cette sève divine. Les épreuves physiques ou morales, même les persécutions, sont des écoles de vie spirituelle. A condition de ne pas y opposer l’obstacle de la révolte, du découragement ou du désespoir.

Seigneur, par le baptême et l’Eucharistie, tu t’es semé en nous pour ne plus faire qu’un avec nous. Si nous demeurons en toi, nous ne manquerons pas de porter du fruit. Ce sera un témoignage pour le monde mais le Malin tentera de le faire prendre en haine : « Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien. Mais parce que vous n’êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison le monde vous hait. »
Seigneur, aide-nous à remettre entre tes mains notre pensée, notre vouloir, notre cœur, notre activité, toute notre âme et tout notre être. Tu es la Lumière de notre intelligence, l’éperon de notre volonté, la référence de notre activité. Inspire notre prière pour qu’elle soit conforme à tes désirs !

« Je suis la Voie, la Vérité, la Vie, quitte tout, viens et suis-moi ! Viens à moi comme au tout premier matin, les mains nues, le cœur plein d’espoir. Aide-nous à porter la Croix, rien n’est trop lourd pour qui sait aimer. »

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Actes des Apôtres IX, 26-31 ;
Psaume XXI (XXII) ;
Première Lettre de saint Jean III, 18-24 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean XV, 1-8