Paroisse Saint Loup


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Septième dimanche du Temps de Pâques

Homélie du 13 mai 2018 en l’église Saint-Pierre de Varces

Un avec Jésus

Dans ce passage du Livre des Actes des Apôtres, on trouve l’expression « En ces jours-là ». ll s’agit des jours qui précèdent la Pentecôte. Nous avons donc là un témoignage sur un moment encore tout proche de la Résurrection de Jésus, peu de temps après l’Ascension.
Il est clair, déjà, que c’est Pierre qui mène les affaires. C’est bien normal puisque c’est à lui que Jésus a confié ses brebis, comme il disait. Le moment est venu, estime Pierre, d’organiser la communauté et là, on voit à quel point Pierre allie l’esprit de décision, l’initiative et le souci de fidélité à son Seigneur. Du côté de l’esprit de décision, on note sa fermeté, il dit très clairement ce qu’il faut faire : « Il fallait que l’écriture s’accomplisse »… « Voici ce qu’il faut faire »… « il faut que l’un d’entre eux devienne avec nous témoin de sa résurrection. »
Du côté de la fidélité – et cela ne nous étonne pas de la part d’un juif -, c’est dans l’Écriture qu’il puise son inspiration : « Il est écrit au livre des psaumes : Que sa charge passe à un autre. » Ensuite, les critères de choix du candidat sont bien évidemment inspirés du souci de fidélité : on cherche quelqu’un qui ait accompagné les apôtres depuis le début de la vie publique de Jésus, son baptême par Jean-Baptiste, jusqu’à l’Ascension. Jusqu’ici, dans les évangiles, nous n’avions jamais entendu le nom de Joseph Barsabbas, surnommé Justus, ni celui de Matthias, mais nous découvrons ici que le cercle des très proches de Jésus était plus large que les douze Apôtres. Pierre le dit clairement : « Il y a des hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, depuis son baptême par Jean jusqu’au jour où il nous a été enlevé. »

Ce texte extrait du Livre des Actes des Apôtres nous dit deux choses. D’une part, Jésus fait son choix dans la prière (les apôtres feront la même chose pour le choix de Matthias) ; d’autre part – fût-on choisi par Jésus, dans un choix inspiré par l’Esprit Saint -, on reste libre. Judas, choisi comme les autres après une nuit de prière, est resté libre de trahir. Pierre a cette formule amère : « Judas a déserté sa place », une place qu’il a tenue pourtant jusqu’au soir du jeudi saint. C’est au cours du repas de la Cène que Jésus a dit : « Le Fils de l’homme s’en va selon ce qui a été fixé. Mais malheureux cet homme par qui il est livré ! » (Luc XXII, 22). Et encore : « la main de celui qui me livre se sert à table avec moi » (Luc XXII, 21). Chez Luc, ceci se passe après le récit de l’institution de l’Eucharistie, ce qui veut dire que Judas a participé avec les autres apôtres au repas de la Nouvelle Alliance. « Il faut, dit Pierre, que sa charge passe à un autre »  : parce que l’urgence de la mission est telle qu’on ne peut laisser des places vides.

Pour en venir à la deuxième lecture extraite de la Première Lettre de saint Jean, prenons bien la mesure de cette phrase que nous connaissons par cœur : « Dieu est Amour ». Nous la connaissons si bien par cœur que nous ne réalisons pas à quel point elle est absolue. Pour Jean, les deux mots « Dieu » et « Amour » sont deux synonymes. On peut toujours remplacer l’un par l’autre ! Dieu est Amour… et l’Amour est Dieu. Cela veut dire que tout amour véritable vient de Dieu, aucun amour humain ne vient de l’homme seulement. Tout amour humain est dans l’homme une parcelle, une manifestation de l’amour de Dieu. Dimanche dernier, nous lisions déjà dans cette même lettre de Jean : « L’amour vient de Dieu et quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu. Qui n’aime pas n’a pas découvert Dieu, puisque Dieu est Amour » (1 Jean IV, 8).
Cela revient à dire que l’amour dépasse les limites humaines, qu’il est surhumain, ce que nous savons bien ! Tous les jours, nous mesurons notre difficulté à aimer vraiment. Mais ce texte de Jean devrait nous déculpabiliser : si l’amour est la caractéristique de Dieu, rien d’étonnant à ce qu’il ne nous soit pas naturel. Donc cessons d’avoir honte de ne pas savoir aimer ; simplement, il suffit de puiser dans l’amour de Dieu pour le donner aux autres. Alors on comprend pourquoi Jean insiste tant sur le verbe « demeurer » : « Dieu est Amour, celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu en lui. » Nous ne pouvons aimer que dans la mesure où nous sommes habités par Dieu.
La phrase centrale de ce texte est : « Le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. » Le raisonnement de Jean est le suivant : Jésus est venu dans le monde pour révéler aux hommes le visage d’amour du Père ; ceux qui croient en lui reçoivent l’Esprit de Dieu, entrent dans la communion d’amour du Père, du Fils et de l’Esprit. Ils deviennent à leur tour des sources d’amour, comme leur Père. Alors on peut dire que les hommes sont sauvés, car enfin, ils deviennent ce pour quoi ils sont créés, image et ressemblance de Dieu.
Dans le passage d’évangile de ce dimanche, saint Jean nous aide à comprendre que le monde créé tout entier peut devenir lieu d’amour et de vérité : lente transformation, on pourrait dire germination, à laquelle tous les croyants sont invités à coopérer. Ainsi, les croyants ne quittent pas le monde, ils sont dans le monde, ils y travaillent de l’intérieur. Mais s’ils veulent le transformer, cela veut dire qu’ils savent en permanence rester libres, se maintenir à distance des conduites du monde qui ne sont pas conformes au mode de vie du Royaume qu’ils veulent instaurer. Mgr Coffy, ancien évêque de Marseille, disait : « les croyants ne vivent pas une autre vie que la vie ordinaire, mais ils vivent autrement la vie ordinaire. » Il ne s’agit donc pas de mépriser le monde, notre vie quotidienne, les personnes que nous rencontrons, les soucis matériels, l’argent et toutes les réalités humaines : il s’agit au contraire d’habiter ce monde pour le transformer de l’intérieur.

Enfin, au centre de ce passage très solennel et si dense, Jésus parle de joie ! Au moment même où il prévoit les affrontements inévitables (les disciples seront persécutés comme le maître) – « Je leur ai fait don de ta parole et le monde les a pris en haine » -, au moment d’affronter pour lui-même les heures terribles, il parle quand même de joie ! Il ose dire : « Maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, en ce monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés. »

Père Thibault NICOLET

Références des textes :
Actes I, 15-17.20a.20c-26
Psaume CII (CIII)
1 Jean IV, 11-16
Jean XVII, 11b-19