Paroisse Saint Loup


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Fête de la Sainte Trinité – Année B

Homélie du dimanche 27 mai 2018 église de Varces

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit

En cette année liturgique B, nous disposons du texte d’évangile selon saint Matthieu qui indique clairement et explicitement la Trinité. Ces lignes sont donc très précieuses, en dépit de la réserve de certains exégètes sur l’authenticité matthéenne de ces versets. Je voudrais approfondir cette question pour mieux comprendre ce passage de l’évangile de saint Matthieu et essayer d’en dire un peu plus sur le mystère trinitaire ainsi que sur le baptême.
Les réserves de certains exégètes tout d’abord. A la réflexion, et après étude supplémentaire, je crois devoir dire qu’elles sont mal fondées. Certes il semble bien que dans les toutes premières communautés chrétiennes on ait baptisé au nom de Jésus, comme en témoigne Actes II, 38 le jour de la première Pentecôte, après le discours de Pierre, ce dernier répond à la question « que ferons-nous frères ? » posée par les auditeurs. Pierre répond : « Convertissez-vous : que chacun de vous reçoive le baptême au nom de Jésus-Christ pour le pardon de ses péchés et vous recevrez le don du Saint-Esprit. »
Cela dit, comme le fait remarquer Pierre Bonnard dans son célèbre commentaire de saint Matthieu, l’époque apostolique n’ignorait pas la formule trinitaire. Il cite entre autres la finale de la deuxième épître de saint Paul aux Corinthiens dont personne n’a jamais douté de l’authenticité, même si on polémique toujours sur son découpage. Vers les années 56 l’apôtre écrit : « La grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu, et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous » (2 Corinthiens XIII, 13). Ce texte précède notre évangile selon saint Matthieu qui a donc très bien pu utiliser pareille formule.
Dans le premier texte, Paul fait du baptême un véritable rite d’incorporation à la mort et à la résurrection du Christ. Ce n’est pas seulement en tant que rite purificateur par l’eau que le baptême lave du péché… et je rappelle que le verbe grec baptizein veut dire « immerger », « purifier », « laver ». Il associe le récipiendaire à l’œuvre rédemptrice du Christ en le faisant passer par deux phases : la mort et la résurrection. Et pour bien signifier la force de la grâce baptismale, produisant mort et nouvelle naissance, Paul emploie en grec le temps de l’aoriste pour dire à ses destinataires : « Vous êtes morts au péché », expression à laquelle on pourrait ajouter pour bien rendre compte du sens de ce temps du verbe : « Vous êtes morts une fois pour toutes ».
Quant à saint Jean, il fera affirmer à Jésus face à Nicodème la nécessité d’une nouvelle naissance pour voir le royaume de Dieu. Et si on lit le texte, on voit que cette nouvelle naissance, nécessaire pour quiconque veut voir le royaume de Dieu, est liée à l’œuvre rédemptrice de Jésus. Le Fils de l’homme venu du ciel est évoqué ainsi que son élévation, élévation qui est à la fois la croix et l’Ascension dans la littérature johannique.
Pour conclure ma prédication, je ferai trois remarques. Premièrement je suis sûr que bon nombre de catholiques n’adhèreraient plus aujourd’hui à ce que C. Spick présente comme la doctrine de leur Église. On peut certes, comme le fait Pierre Bonnard, critiquer ce qu’il appelle l’exégèse déductive quand il résume par « puisque c’est que » et qu’il qualifie de dogmatique. Mais le texte n’est pas un commentaire exégétique, c’est un exposé doctrinal d’ecclésiologie, et citant une source biblique en omettant, comme cela se fait dans beaucoup de textes catholiques, de donner des détails d’exégèse. Cela dit, c’est bien ce que croit l’Église catholique d’elle-même. Et cela a été fermement et clairement dit à Vatican I dans le texte Pastor Aeternus qui proclame l’infaillibilité du pontife romain quand il enseigne, comme successeur de Pierre, des vérités concernant la foi et les mœurs, et qui confère la même autorité aussi aux évêques en communion avec lui, ce qui sera développé par Vatican II.
Deuxièmement, dans sa note, Pierre Bonnard est tout de même obligé de constater que le Christ ne s’adresse qu’aux onze. La possibilité de l’interprétation hiérarchique existe donc et il le reconnaît. Il ajoute « à la rigueur », pour moi ce rajout est de trop. Les apôtres ne sont pas là pour confisquer à leur profit la présence du Christ, mais pour aller vers les nations en faire des disciples et les baptiser. Et ce n’est que parce qu’il y a le « avec vous » du Christ dans sa plénitude qui leur est réservée qu’ils peuvent être efficacement missionnaires, c’est-à-dire par leur parole et leurs actes, leur présence incorporée au Christ par le baptême, et faire ainsi des convertis des participants au mystère d’amour de la sainte Trinité.
Enfin, et ce sera ma troisième et dernière remarque, il n’y a aucune contradiction entre le fait incontestablement biblique que souligne Pierre Bonnard, que Dieu se sert de serviteurs faibles et pécheurs comme messagers et que pourtant ce message est préservé de toute erreur par l’Esprit-Saint. Parler d’infaillibilité du pape et de l’Église n’a jamais voulu dire que ces derniers étaient sans péchés. Cela souligne au contraire la puissance de l’Esprit-Saint qui permet à Jésus de demeurer le pasteur éternel de son Église, au travers d’êtres humains qui sont bien loin d’avoir sa perfection, mais que par la seule grâce liée à leur état, ils se voient confier des forces pour remplir leur devoir.
Et l’on remarquera à ce sujet que les mauvais papes – et il y en a eu – n’ont laissé aucun enseignement magistériel faisant autorité, tout comme les mauvais conciles, Constance et Bâle par exemple, qui par leur doctrine conciliariste voulant soumettre le Pape aux Conciles, et dont rêvent encore certains catholiques aujourd’hui, ont été définitivement contredits par les conciles Vatican I et Vatican II.

C’est parce que le Christ est pleinement avec les apôtres et leurs successeurs, et tout particulièrement avec celui qui assume leur unité, le successeur de Pierre, qu’il est avec tous les chrétiens baptisés et qu’il permet à l’Église catholique d’exister encore, et ce jusqu’à la fin des temps, ne l’ayant jamais abandonnée aux conséquences funestes de certains de ses silences, de ses absences ou de ses manquements, quand cela est arrivé. Le Christ était toujours présent, silencieux peut-être lui aussi, mais préparant les forces régénératrices qui ont toujours permis à l’Église catholique de se réformer quand il le fallait et qui la perpétueront jusqu’à la fin des temps.

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Deutéronome IV, 32-34. 39-40 ; Psaume XXXII (XXXIII) ;
Lettre de saint Paul apôtre aux Romains VIII, 14-17 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu XXVIII, 16-20.