Paroisse Saint Loup


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Xème dimanche du Temps Ordinaire– Année B

Dimanche 10 juin église St Pierre de Varces

Le diable est présent mais le Christ est puissant

Comment se fait-il que nous voyons si souvent les choses à l’envers ? En effet, Jésus ne dit pas que sa mère n’est pas sa mère et que ses frères ne sont pas ses frères. Il affirme simplement et avec autorité que tous ceux qui font la volonté du Père sont ses frères, ses sœurs et sa mère. C’est ainsi qu’il accueille en son cœur, rempli de l’amour absolu qu’il porte à sa mère et à ses frères, tous ceux qui s’ouvrent à sa parole et à la volonté de son Père.
Oui, comment se fait-il alors que nous ayons pu croire un seul instant qu’il méprisait sa mère et ses frères, qu’il ne les reconnaissait pas, ou peut-être même qu’il les rejetait ? N’est-ce pas là la signature du maître du mensonge ? Rappelons-nous des origines et souvenons-nous des premiers mots du Malin : Est-ce vrai que Dieu vous a dit : « Vous ne devez manger aucun fruit du jardin » ? (Genèse III, 1)
Il n’a pas dit grand-chose, le serpent… seulement assez pour bouleverser leur cœur et rendre intolérable pour eux ce qui n’était en fait que la tendresse d’un père protégeant son enfant. Et tout a été cassé ; nos premiers parents ont ainsi été entraînés dans une terrible tempête qui leur a fermé les portes du jardin. Et voilà que cette même tentation se présente à nous aujourd’hui : alors qu’il nous témoigne son amour pour nous, nous croyons qu’il le réduit !
Pire encore : nous sommes persuadés que c’est à cause de Lui que nous nous séparons de Lui. Mais qu’y a-t-il en nous pour que nous tentions si souvent de mettre Dieu à l’épreuve en lui imputant la responsabilité de nos faiblesses et de nos abandons ? « Ce n’est pas moi, c’est Lui. Comment pourrais-je être tenu pour coupable ou pour responsable de ma propre attitude puisqu’elle a été induite par l’injustice de Dieu ? » Alors Dieu lui-même ne pourra rien pour nous car nous aurons péché contre l’Esprit.
Rappelons-nous des paroles du prophète Jérémie : Sois puni par le mal que tu as fait, sois châtié par ta propre trahison ! Ainsi tu te rendras compte combien c’est amer et mauvais d’abandonner le Seigneur ton Dieu, et de ne plus reconnaître mon autorité, déclare le Seigneur, le Dieu de l’univers (Jérémie II, 19).
Il suffirait pourtant de nous tourner avec confiance et tendresse vers sa mère qui reste notre modèle pour entendre ces mots de l’abandon et de l’amour : Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole. (Luc I, 38)
Pour en revenir à la question du mal, les textes de ce dimanche – spécialement la première lecture et l’évangile – me permettent de rappeler combien notre Saint-Père le Pape, dans sa parole publique, attache de l’importance à l’action du diable, nous mettant sévèrement en garde contre ses pièges. Probablement à la place où il se tient perçoit-il mieux que le commun des fidèles le combat qui se livre en permanence entre Satan, le père du mensonge, et les fidèles du Christ.
Jésus aussi en parle souvent. Et il ne se contente pas d’en parler, il se mesure à lui dans les exorcismes, il va l’affronter dans le désert. Sa Passion surtout est le moment décisif où il le met au tapis, alors que celui-ci croyait gagner et contraindre par la souffrance le Fils de Dieu à plier.
Mais comment se fait-il que nous ayons tant de mal à en parler, et à en parler en termes justes ? Il y a ceux qui le voient partout, entretenant une ambiance de peur malsaine. Et il y a ceux qui n’en parlent pas, feignant de croire qu’il n’existe pas, que c’est juste une image et non une personne réelle. Dans les deux cas, le diable en profite : la peur, le malaise et l’ambiance trouble lui facilitent le travail. On sait bien comment, en des temps pas si anciens, le tapage fait autour de faits prétendument ou réellement démoniaques entraîna toute une population dans une hystérie collective, souvent meurtrière (cf. la chasse aux sorcières ou les possédés de Loudun). Mais l’oubli du démon et de sa présence active ouvrent aussi à celui-ci bien des portes. Combien de naïfs ont cru pouvoir jouer avec le feu et, sous prétexte de bonnes intentions, faire fi des règles de la plus élémentaire prudence : ils se sont souvent retrouvés tout bêtes, entraînés dans un bourbier dont il était très difficile de sortir.
Il y a un conseil du Seigneur qui est toujours d’actualité : Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui n’amasse pas avec moi dissipe (Luc XI, 23). Tout ce qui va dans le sens du Christ, tout ce qui nous unit à lui, tout ce qui nous fait renoncer a ce qu’il a rejeté nous sépare forcément du démon et de ses prestiges. Nous voulons rarement le mal, mais nous ne nous attachons pas assez au bien, rêvant d’un no man’s land, d’un intermédiaire, qui ne serait pas le mal (oh non ! shocking !), mais qui nous laisserait vivre sans trop d’exigences. Or ça ne marche pas, cette « zone grise » n’existe pas. Le démon excelle à nous laisser croire que l’on pourrait être heureux sans le Christ, que l’on pourrait vivre notre petite vie à l’abri des choix radicaux, bénéficiant au passage de quelques satisfactions qui ne tireraient pas trop à conséquence. Et c’est ainsi que l’on peut s’habituer aux compromis : une fois en passant, ce n’est pas si grave ! nous murmure-t-il. Ou encore : Il y en a tellement qui le font !, et puis personne ne le saura !, etc.
La seule chose qui nous protège du diable, c’est la main du Christ que nous devons tenir fort dans les moments de tentation. Le démon rôde, c’est vrai, mais il ne peut rien sur nous si nous avons vraiment décidé de lui fermer la porte au nez, de jeter à la poubelle sa publicité mensongère, de refuser de visiter l’appartement-témoin où il nous fait miroiter des jouissances à l’infini, alors qu’il ne peut nous donner que la tristesse et le deuil.
Il pourra nous faire souffrir, nous inquiéter, toucher parfois ce que nous avons de plus cher, nous mettre mal à l’aise avec les autres, mais tout cela n’aura qu’un temps. Celui qui persévérera jusqu’à la fin, c’est celui-là qui sera sauvé !

Ô Dieu, dans tous les signes d’amour que tu nous prodigues avec largesse tout au long des jours, donne-nous de voir la grandeur de ton cœur et l’absolu de ta grâce. Aide-nous à comprendre qu’il n’y a aucune restriction, aucun frein à ton élan de Père pour chacun de tes enfants. Et quand ce sont nos frères qui nous parlent, aide-nous à voir aussi la bonté qui est en leur cœur et à lutter contre nos propres sentiments qui nous font le plus souvent voir la forme humaine avant de voir le fond venant de toi. Aide-nous enfin, quand notre cœur se blesse, à comprendre que l’amour surpasse toute blessure et qu’il les cicatrise même s’il permet d’en garder à jamais les traces comme les plaies de ses mains, de ses pieds et de son côté.

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Genèse III, 9-15 ; Psaume CXXIX (CXXX) ;
Deuxième Lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens IV, 13 – V, 1 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc III, 20-35.