Paroisse Saint Loup


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Nativité de saint Jean-Baptiste – Année B

Samedi 23 juin 2018 église de Saint-Georges-de-Commiers

Préparer les cœurs à l’accueil du Seigneur

La Nativité de Jean-Baptiste est un Noël d’été, censé nous préparer à celui de l’hiver, comme le Précurseur a préparé l’avènement de Jésus. Mais Jésus est un plus fort devant qui le Baptiste s’efface… et la naissance du plus grand des enfants des femmes (Luc VII, 28) passe le plus souvent inaperçue quand elle ne coïncide pas avec un dimanche.
Comme ses prédécesseurs, Jean va appeler à la conversion et de manière plutôt rude : Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Il est surtout très proche des prophètes de l’exil, et les évangélistes situent sa mission dans le sillage de celle d’Isaïe : Voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées (…) et tout être vivant verra le salut de Dieu (Isaïe XL, 4-6, cf. Luc III, 1-18). Pour manifester le lien intime que le Seigneur a tissé entre Jésus et son précurseur, Luc nous conte leurs enfances en des récits parallèles où la ‘supériorité’ de Jésus éclate. Pour Jésus, il développe longuement la naissance d’un Sauveur qui est le Christ Seigneur et passe rapidement sur la circoncision lors de laquelle l’enfant reçoit son nom. Mais cela a déjà été déployé lors de l’annonciation à Marie, comblée de grâce. Pour Jean, c’est l’inverse. Passée la mention de la joie de sa naissance, c’est sur sa circoncision et sur le nom reçu par l’enfant que Luc s’attarde. Comme son père, il aurait dû se nommer Zacharie : Dieu se souvient, mais ses parents lui donnent celui indiqué par l’ange lors de l’annonciation faite à son père : Jean, ce qui signifie Dieu fait grâce. La parole que Zacharie retrouve à cet instant atteste qu’il a saisi, cette fois, la grandeur de la miséricorde que Dieu accorde par cet enfant. Il relève Israël, son serviteur, il se souvient de sa miséricorde ; il fait miséricorde à nos pères, ainsi se souvient-il de son alliance sainte, chantent Marie et Zacharie (Luc I, 50.72).
Dieu s’est souvenu (hélas traduit par ‘a prononcé’) du nom du serviteur dès les entrailles de sa mère (1ère lecture). Aujourd’hui il se souvient comme jamais et définitivement de son alliance, il envoie son Fils et fait reposer sur lui sa grâce (Luc II, 40). Avant de l’annoncer, Jean va séjourner longuement au désert, récapitulant ainsi toute l’attente de son peuple depuis ses quarante années dans le désert.
Les voix du prophète et d’Israël s’entremêlent dans le chant d’Isaïe adressé aux nations (1ère lecture). Comme la Parole de Dieu incarnée en Jésus (Hébreux IV, 12), la bouche du serviteur est une épée tranchante. Mais celui-ci est destiné à être une lumière permettant aux nations d’accéder à la bonne nouvelle du salut. Il a été appelé par le Seigneur qui, dès les entrailles de sa mère, s’est souvenu du nom qu’il lui destinait depuis toujours.
Ce serviteur prendra sur lui la faute du peuple. Les chrétiens voient en lui une figure du Christ Messie, lumière des nations (Luc II, 32), mais beaucoup de ses traits se retrouvent chez des témoins du Sauveur : ainsi du Baptiste appelé dès le sein de sa mère, dont la parole a pu être redoutable, et qui a connu lui aussi le doute : Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? (Luc VII, 19)
Dans la deuxième lecture, Paul retrace l’itinéraire de la promesse jusqu’aux derniers préparatifs assurés par Jean-Baptiste. Bientôt, avec Barnabé, ils prendront à leur compte la mission d’être, comme le serviteur, lumière des nations (Actes XIII, 47).
L’Église ne célèbre que trois naissances, celle de Jésus, celle de Marie et celle du Baptiste. Pour tous les autres saints, elle célèbre leur naissance à la vie définitive, celle de leur « grand passage ». Jean le Baptiste profite donc d’un traitement différent, fondé sur la faveur dont il fut bénéficiaire dans le sein de sa mère, Elizabeth, lors de la visitation de Marie (Luc I, 39-56).
Dans l’Évangile nous pouvons lire : Parmi les hommes, il n’en a pas existé de plus grand que Jean-Baptiste (Matthieu XI, 11), assure Jésus, et la vocation d’Isaïe (1ère lecture) lui ouvre la voie, tout comme celle de David, rappelle Paul (2ème lecture). Pourtant, Jean dira de Jésus : il faut qu’il grandisse et que je diminue (Jean III, 30), conscient que celui qui vient après lui est plus grand que lui (Luc III, 16).

De fait nous célébrons sa naissance précisément au moment où les jours commencent à diminuer, alors que celle de Jésus se situe à son exact opposé, lorsque les jours rallongent. Il ne faut pas chercher de réalité historique dans ces dates qui revêtent un aspect symbolique et sont le fruit d’une tentative de christianisation de fêtes païennes : celle de la victoire du soleil, le 25 décembre, et celle du solstice d’été où le feu symbolise la lumière du soleil à son apogée. Les feux de la Saint-Jean, christianisés, devinrent signes de joie par l’annonce de la naissance du Baptiste, dernier héraut du Premier Testament et précurseur du Nouveau.

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Isaïe XLIX, 1-6 ; Psaume CXXXVIII (CXXXIX) ;
Actes des Apôtres XIII, 22-26 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc I, 57-66.80