Paroisse Saint Loup


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XIXème dimanche du Temps Ordinaire – Année B

dimanche 12 août église Saint Jean-Baptiste de Vif

Moi, je suis le pain de la vie

Jésus a de curieuses manières de dire les choses : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel. » Essayons de comprendre… Le plus facile d’abord : « descendre du ciel » veut dire que cela vient de Dieu, que cela est donné par Dieu. Et « le pain vivant », c’est ce qui est nécessaire pour se nourrir, pour vivre, surtout à l’époque de Jésus mais aujourd’hui encore. Le pain du boulanger nourrit notre vie sur terre. Jésus, le pain vivant, nourrit notre vie avec Dieu, dès et maintenant et pour toujours dans la vie éternelle. A la messe, le pain de la terre devient le pain vivant du ciel. C’est le corps et le sang de Jésus, c’est sa vie qu’il offre par amour pour que nous soyons vivants pour toujours avec lui auprès du Père. Quand nous mangeons ce pain, nous sommes unis à Jésus, nous offrons nous aussi notre vie au Père, par Jésus son Fils, avec la force et le souffle de l’Esprit-Saint. Et c’est ainsi que celui « qui croit et mange de ce pain vivra éternellement. »
La méditation entamée les semaines précédentes se prolonge aussi dans l’extrait reçu de la liturgie pour la première lecture. Le récit du séjour du prophète Elie à l’Horeb témoigne d’un Dieu qui a le dessein de nous remettre debout et de nous faire vivre. Il peut nous en procurer les moyens de manière inattendue par des anges. Peut-être pourrions-nous nommer et rendre grâces pour ceux qui ont contribué à nous remettre en route aux jours de découragement ?
De telles expériences nous préparent à entendre ce que le discours sur le pain de vie nous révèle et que nous pouvons peiner à concevoir ou croire. Dieu a d’énormes ambitions pour nous. Il ne lui suffit pas que nous vivions notre propre vie humaine. Il veut encore que nous vivions dès maintenant et pour toujours de sa propre vie. Il prend pour cela l’initiative de nous rejoindre, de nous chercher, de se proposer à nous. Il nous envoie Jésus, son Fils, vrai homme et vrai Dieu pour nous attirer à Lui. Nous n’allons au Christ que par l’attraction du Père qui agit intimement en nous et nous rend sensibles à son amour absolu. Aucun endoctrinement ne saurait nous faire goûter à cette certitude intérieure qui nous saisit et nous fait partager la relation filiale de Jésus avec son Père.
Nous sommes les enfants bien-aimés du Père qui nous a marqués du sceau de son Esprit en vue du jour de notre délivrance (deuxième lecture). C’est par le Christ qu’il nous communique la vie divine et qu’il nous y acclimate. D’une manière globale, parce qu’il est le Verbe de Dieu, la Parole de Dieu, et qu’en accordant foi à ses dires et à sa manière de se comporter, nous le laissons nous conformer à lui. Et d’une manière plus spécifique en nous nourrissant de son Corps et de son Sang donnés pour nous, nous le laissons prendre chair en nous jusqu’à ne faire plus qu’un. Comme le souligne l’une des introductions à l’anamnèse lors de l’eucharistie : « Il est grand le Mystère de la Foi ! »
En prouvant que Dieu était plus puissant que Baal et en tuant ses prophètes, Élie a humilié la reine Jézabel et doit s’enfuir. Tel Moïse, il marche dans le désert et s’endort sous un buisson. Son sommeil n’est pas celui du repos mais celui de la fuite. Ne voyant plus le sens de sa mission, déçu de lui-même comme s’il œuvrait à son propre compte, il désire ne pas se réveiller.
C’est au cœur de cette « mort » que Dieu se manifeste par un ange qui le fait se lever en lui donnant les vivres propres à le faire tenir jusqu’à l’Horeb. Si la scène rappelle les Hébreux au désert, elle prépare aussi la venue de Jésus qui se donnera en nourriture pour nous transmettre sa vie. Et nous nous trouvons même déjà au tombeau avec les femmes qui écoutent l’ange leur dire : vous cherchez Jésus, le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité (a été levé)… il vous précède (Matthieu XXVIII, 5-7).
Quant aux exhortations de saint Paul, elles ne relèvent ni de la morale ni de la bienséance. Leur fondement est trinitaire et découle de notre adoption filiale par le Seigneur. Si nous l’accueillons en vérité, l’amour infini du Père, répandu en nos cœurs et incarné en nous par le Fils dans l’Esprit, ne peut que déborder.
Ils seront tous instruits par Dieu lui-même. Ainsi Jean poursuit-il son discours sur le pain de vie : tout homme est appelé à entendre l’enseignement du Christ, à en vivre (première lecture) et à l’imiter (deuxième lecture). Pourtant, tout comme les contemporains de Jésus qui bénéficiaient de sa présence physique en étant incapables de reconnaître en lui l’envoyé de Dieu, nous récriminons bien souvent.
Nous récriminons souvent par paresse, par lâcheté, ou parce que c’en est trop (Élie, première lecture). Nous en avons assez de cette vie que nous jugeons invivable parce que nous voudrions varier le menu, comme les Hébreux au désert qui reçoivent chaque jour la manne en regrettant les chaudrons d’Égypte, parce que nous ne voulons pas accueillir l’inouï de Dieu qui s’offre à nous en Jésus, et que nous nous en restons aux apparences (Nous connaissons bien son père et sa mère) ! Oui, les raisons de récriminer contre Dieu semblent nombreuses, mais celles qui sont citées ici semblent bien infimes car la grande et vraie raison réside dans le mal du monde dont les humains sont à l’origine.
Pourtant, plus nombreuses encore sont les raisons de remercier Dieu, de lui rendre grâce (c’est le sens du mot « eucharistie »). La première d’entre elles est que Jésus se donne aux hommes, et que ce don nous procure la vie, pour aujourd’hui, en fortifiant notre marche en ce monde, et pour toujours, éternellement. Le pain de vie qu’est Jésus nourrit l’âme d’une énergie nouvelle dont nous prendrons pleinement conscience après notre passage par la mort…

Magnifiez avec moi le Seigneur
Exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond :
De toutes mes frayeurs, il me délivre.

L’ange du Seigneur campe à l’entour
pour libérer ceux qui le craignent.
Goûtez et voyez : le Seigneur est bon !
Heureux qui trouve en lui son refuge !

Psaume XXXIII

Dieu éternel et tout-puissant, toi que nous pouvons déjà appeler notre Père, fais grandir en nos cœurs l’esprit filial, afin que nous soyons capables d’entrer un jour dans l’héritage qui nous est promis (oraison du jour).

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Premier Livre des Rois XIX, 4-8 ; Psaume XXXIII (XXXIV) ;
Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens IV, 30 – V, 2 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean VI, 41-51.