Paroisse Saint Loup


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Solennité de l’Assomption de la Vierge Marie Eglise Saint-Pierre de Varces

Eglise Saint-Pierre de Varces

Celle qui a cru

Aujourd’hui, avec toute l’Église, nous fêtons l’Assomption de la Vierge Marie. L’Assomption est le moment où Dieu élève Marie dans les cieux. Cette fête est l’occasion pour nous de regarder la vie de Marie. Elle a été choisie par Dieu depuis toute éternité et de manière gratuite, « pleine de grâces », pour être la mère de son Fils Par grâce et en vue de la venue de son Fils Jésus, Marie a été préservée du péché depuis sa conception et pendant toute sa vie. Elle est « toute sainte », toute obéissante à la volonté de Dieu. Elle croit en la parole de l’ange, elle espère en Dieu, elle aime Dieu. Par Marie, Dieu accomplit sa promesse d’alliance éternelle : Jésus vient nous sauver. Avec Marie, mère de Dieu et mère de l’Église, soyons dans la joie !
L’Assomption de Notre-Dame est une solennité avec des textes uniques ; elle n’est donc pas soumise à l’alternance des textes propre aux dimanches « ordinaires » (années A, B et C). Aussi, je vous propose que nous nous arrêtions cette année sur le beau psaume proposé à l’occasion de cette fête.
A un premier niveau, ce psaume semble décrire des noces royales : le roi d’Israël s’unit à une princesse étrangère pour sceller l’alliance entre deux peuples. En réalité, l’époux royal de ce psaume n’est autre que Dieu lui-même et cette « fille de roi, conduite toute parée vers son époux  », c’est le peuple d’Israël admis dans l’intimité de son Dieu.
C’est le prophète Osée qui, le premier, a comparé le peuple d’Israël à une épouse : « Je vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur… Elle répondra comme au temps de sa jeunesse, au jour où elle monta du pays d’Égypte. Et il adviendra en ces jours-là – oracle du Seigneur – que tu m’appelleras mon mari  » (Osée II, 16…18). A sa suite Jérémie, Ézéchiel, le deuxième et le troisième Isaïe ont développé ce thème des noces entre Dieu et son peuple. On retrouve chez eux tout le vocabulaire des fiançailles et des noces : les noms tendres, la robe nuptiale, la couronne de mariée, la fidélité. Par exemple : « ainsi parle le Seigneur : je te rappelle ton attachement du temps de ta jeunesse, ton amour de jeune mariée ; tu me suivais au désert  » (Jérémie II, 2) ; « de l’enthousiasme du fiancé pour sa promise, ton Dieu sera enthousiasmé pour toi  » (Isaïe LXII, 5).
Quant au Cantique des cantiques, long dialogue amoureux, composé de sept poèmes, s’il n’identifie nulle part les deux amoureux qui s’y expriment, les juifs l’ont toujours lu comme le dialogue entre Dieu et son peuple. La preuve, c’est qu’ils le lisent tout spécialement pendant la célébration de la Pâque, la grande fête de l’Alliance de Dieu avec Israël.
Ceci dit, cette épouse trop humaine fut souvent infidèle (idolâtre) et ces mêmes prophètes traiteront d’adultères les infidélités du peuple, c’est-à-dire ses retombées dans l’idolâtrie. Le vocabulaire parle alors de jalousie, d’adultère et aussi de retrouvailles et de pardon, car Dieu est toujours fidèle. Isaïe, par exemple, parle des errements d’Israël en termes de déception amoureuse. C’est le fameux chant de la vigne : « Je chanterai pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne. Mon ami avait une vigne sur un coteau plantureux. Il en attendait de beaux raisins, mais elle en donna de mauvais… La vigne du Seigneur, c’est la maison d’Israël, le plant qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda. Il en attendait le droit, et voici l’iniquité… » (Isaïe V, 1…7). Et le prophète Osée, visant les cultes idolâtriques, traite Israël de prostituée. Néanmoins, Dieu promet sans cesse la réconciliation : « Ne crains pas car tu n’éprouveras plus de honte… Quand les montagnes feraient un écart et que les collines seraient branlantes, mon amour loin de toi jamais ne s’écartera et mon alliance de paix jamais ne s’ébranlera, dit celui qui te manifeste sa tendresse, le Seigneur  » (Isaïe LIV, 4…10).
Notre psaume est exactement dans cette ligne des noces. La jeune fille étrangère (venant de Tyr, nous dit-on), introduite à la cour du roi d’Israël, devra renoncer à ses pratiques idolâtriques pour être digne de son nouveau peuple et de son roi : « Écoute, ma fille, regarde et tends l’oreille ; oublie ton peuple et la maison de ton père. » On sait bien, par exemple, que ce fut un problème crucial à l’époque du roi Salomon qui avait épousé des étrangères, donc des païennes, puis plus tard, au temps de la reine Jézabel et du prophète Élie. Bien sûr, pour qui sait lire entre les lignes, ces conseils donnés à la princesse de Tyr s’adressent en réalité à Israël toujours tentée de retomber dans l’idolâtrie. Pourquoi l’idolâtrie tient-elle tant de place dans des perspectives apparemment idylliques ? Parce qu’il ne s’agit pas de noces humaines, justement, et que l’enjeu est très grave, car, comme toujours, Israël sait bien que son élection n’est pas exclusive. Ce n’est que par sa fidélité à Dieu que le peuple élu pourra remplir sa vocation de témoin pour toutes les nations. En définitive, en effet, la Bible ose penser que c’est l’humanité tout entière que Dieu a demandée en mariage. Mais comment l’humanité le saura-t-elle si personne ne le lui dit ?
Lorsque l’Église catholique célèbre l’Assomption de Marie et son introduction dans la gloire de Dieu, elle entrevoit déjà par avance l’entrée de l’humanité tout entière, à sa suite dans l’intimité de son Dieu.

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Apocalypse de saint Jean XI, 19a. XII, 1-6a et 10ab ; Psaume XLIV (XLV) ;
Première Lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens XV, 20-27a ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc I, 39-56