Paroisse Saint Loup


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Vingt-quatrième dimanche du Temps Ordinaire – Année B

samedi 15 septembre église de Notre-Dame-de-Commiers

« Pour vous, qui suis-je ? »

Jésus demande à ses disciples : « Pour vous, qui suis-je ? » Pierre répond sans hésiter, plein d’espérance : « Tu es le Messie ». Pour lui, le Messie promis par Dieu et annoncé par les prophètes est un roi, un sauveur qui va libérer le peuple d’Israël et supprimer le malheur. Il est heureux de croire que Jésus est ce Messie mais Jésus lui demande de ne pas le dire car il veut que chacun le reconnaisse tout seul. Il ne veut forcer personne à croire en lui. Jésus explique aussi qu’il n’est pas le Messie que Pierre imagine. Il ne va pas gagner par la force, mais par l’amour, en donnant sa vie pour le monde. La victoire de l’amour est une bonne nouvelle car cela veut dire que ressembler à Jésus, ce n’st pas essayer de devenir un super héros, mais tout faire de notre mieux, avec amour. Mettons notre confiance en notre Messie Jésus : c’est lui qui nous donne notre vie de fils de Dieu !
« Qui suis-je ? » On raconte que cette question fut jadis posée aux enfants du catéchisme par un prélat quelque peu imbu de sa personne et de ses titres, qui voulait leur faire dire : vous êtes « Monseigneur », « Prélat de Sa Sainteté », « archidiacre » (on appelait ainsi les vicaires généraux) ou quelque chose d’équivalent… Or un enfant, un jour, en toute bonne foi, croyant qu’il s’agissait d’un mime et qu’on voulait lui faire deviner un défaut, avait répondu : « vous êtes un prétentieux ».
Pourquoi Jésus, si humble, si soucieux de s’effacer devant son Père, pose-t-il cette question à ses apôtres ? C’est sans doute qu’il est essentiel pour nous de savoir qui est celui qui vient nous apporter le salut, ou plus exactement que le salut consiste à accueillir Jésus, à le reconnaître pour ce qu’il est, comme dit saint Paul : de « le connaître, Lui ! » (Épitre aux Philippiens III, 10).
Il s’efface, c’est vrai, il nous dit que sa parole n’est pas de lui, que ses disciples lui sont donnés par son Père, que les signes qu’il fait viennent du Père, etc. Oui, et en même temps, il déclare : « Avant qu’Abraham existât, Je Suis » (Jean VIII, 54). Qu’on le veuille ou non, Jésus de Nazareth n’est pas le messager d’une Bonne Nouvelle qui le dépasserait, il est cette Bonne Nouvelle même. « Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Écriture (qui annonçait celui sur qui reposerait l’Esprit-Saint) » (Luc IV, 21).
Quand les pharisiens essaient de le pousser à bout pour dire qu’il est Dieu, consommant ainsi le blasphème qui permettrait de l’accuser, il commence toujours par mettre en avant sa dépendance à l’égard du Père, mais en de tels termes qu’il laisse entrevoir un lien, un lien éternel avec lui, qu’il est UN avec lui (Jean X, 30). Il veut bien s’abaisser, dire que le Père est plus grand que lui (Jean XIV, 28), car il a voulu être homme comme nous, mais « si je disais : je ne le connais pas, je serais semblable à vous, un menteur » (Jean VIII, 55), or « nul ne connaît le Fils sinon le Père et nul ne connaît le Père sinon le Fils et celui auquel le Fils veut le révéler » (Luc X, 22). C’est dans l’égalité de la nature divine que le Fils peut tout connaître du Père et nous en laisser deviner quelque chose.
Paradoxalement, c’est en décentrant, en reconnaissant son lien de filiation, que Jésus se trouve au cœur de notre relation avec Dieu. Notre Dieu est amour, relation éternelle de personnes dans la Trinité, et seul celui qui partage cette relation peut nous en dire quelque chose. Donc reconnaître le Fils est vital pour nous. C’est à juste titre qu’au nom de Jésus nous joignons ce titre « le Christ », qui dit quelque chose de son être, car, en le connaissant comme « Oint » (c’est cela le sens du mot « Christ »), nous saluons en lui celui qui, dès le premier instant de sa vie humaine parmi nous, a été tout imbibé de l’Esprit, cet Esprit-Saint qui est l’Esprit que le Père partage depuis toujours avec son Fils.
Ne négligeons donc pas d’approfondir notre connaissance du Christ, c’est lui-même qui nous invite à le faire.
Pour terminer cette prédication, voici à présent quelques réflexions sur les attitudes des apôtres ; elles sont riches d’enseignement pour nous. Voilà qu’encore une fois, le Seigneur Jésus ordonne à ses apôtres de se taire. C’est pourtant lui qui les a invités à s’exprimer. Il leur a posé une question fondamentale à laquelle, par l’intermédiaire de Pierre, du fond de leur cœur, ils ont répondu en vérité : « Tu es le Christ ! »
Et il leur ordonne de n’en rien dire. Non parce que ce qu’ils auraient affirmé serrait une erreur ou un mensonge ou que cela n’aurait pas d’intérêt, mais simplement parce qu’il n’est pas encore venu le temps du témoignage. Et celui-ci ne dépend pas d’eux, peut-être même pas de lui, mais du Père qui les a choisis comme il nous choisit tous pour une mission bien précise. Il leur faut aujourd’hui garder le silence comme lui-même l’a gardé pendant plus de trente années dans la discrétion de Nazareth, et comme l’ont fait les pères qui ont marché quarante ans dans le silence du désert, se faisant oublier du monde pendant plus d’une génération, alors qu’ils avaient reçu par Moïse la révélation absolue face au buisson ardent. Souvenons-nous :
Lorsque le Seigneur le vit faire ce détour, il l’appela du milieu du buisson :
- Moïse, Moïse !
- Oui, répondit-il.
- Ne t’approche pas de ce buisson, dit le Seigneur. Enlève tes sandales car tu te trouves dans un endroit sain. Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob
(Exode III, 4-6).
Et le plus dur commence maintenant pour eux. Il leur faut eux aussi vivre le temps du silence, le temps de la patience et de l’intimité, comme il nous faudra le vivre nous aussi, peut-être un jour, peut-être des années ou toute une vie. Notre seule certitude est que nous sommes attendus. Nous aurons tous à parler car il nous posera aussi à nous cette question : « Pour vous, qui suis-je ? »
Et il ne nous pose jamais une question en vain. Il ne nous appelle jamais par hasard. Mais cet appel, comme cette question, ne sont que le début d’une éternelle rencontre. C’est une mise en route. Et nous ne sommes jamais prêts à les recevoir. Ils nous surprendront. Nous aurons alors à tout faire, tout donner, tout abandonner ; nous aurons à passer, comme lui, par la mort et la résurrection. Passer par la mort du vieil homme et par la naissance en nous de cet homme nouveau. Et c’est cet homme nouveau qui sera envoyé aux extrémités de la terre pour parler et témoigner de sa venue. Car nous ne serons plus nous-mêmes, nous ne serons plus alors des serviteurs, mais nous serons, par lui et en lui, devenus des fils, porteurs de la parole et de la vie du Père.
Et nous pourrons nous réjouir et chanter avec le psalmiste :

« Seigneur, comme tu l’avais promis,
tu m’as fait du bien à moi ton serviteur.
Apprends-moi à bien apprécier
et à connaître tes commandements.
Avant d’être humilié, j’étais égaré,
mais maintenant, j’applique de que tu as dit.
Tu es bon, Seigneur, et tu fais du bien,
enseigne-moi ta volonté. »

Psaume CXIX, 65-68
Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Livre du prophète Isaïe L, 5-9a ; Psaume CXIV (CXVIA) ;
Lettre de saint Jacques II, 14-18 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc VIII, 27-35.