Paroisse Saint Loup


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28ème dimanche du temps ordinaire, année B

Dimanche 14 octobre 2018, à Varces

Aimer et être aimé… des autres et de Dieu (la porte étroite)

Qui se soucie encore d’obtenir « en héritage la vie éternelle » ? Qui espère de tout son cœur « être sauvé » et serait prêt à vendre tous ses biens pour atteindre ce but ? Voilà une préoccupation, celle du jeune homme de l’Evangile, qui semble totalement décalée par rapport à nos préoccupations d’aujourd’hui. La « vie éternelle » est une idée d’un autre temps, une illusion enfouie dans les brumes du passé. Qui serait même prêt à demander l’intelligence des choses de Dieu, la sagesse, en échange de ses biens terrestres ? Avouons-le, nous sommes parfois bien éloignés de ces préoccupations. Et pourtant, telles sont les richesses qui devraient nous faire vraiment envie : connaître Dieu et l’aimer, rechercher son visage pour entrer dans son salut. Il faut demander, demander sans cesse et supplier pour que cette grâce nous soit accordée. Nous n’y perdrons rien, bien au contraire, nous y trouverons la plénitude de notre être et le bonheur que Dieu promet à tous ceux qui le cherchent.
La vie éternelle, ce n’est pas la vie qui existerait après notre mort physique. Mais la vie éternelle, c’est ce qui donne à notre vie de tous les jours une dimension d’éternité et ce qui donne une dimension d’éternité à notre vie, c’est l’Amour.
Au fond, cet homme demande à Jésus ce qu’il doit faire pour que sa vie ait vraiment du sens. Et Jésus lui répond en citant le grand commandement qui est d’aimer. Ce que d’ailleurs Jésus fait : « Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l’aimer ».
Deuxième précision à propos du Royaume de Dieu qui n’a rien à voir avec un royaume où les gens possèdent des terres, des cultures, des richesses, mais qui est une expression employée pour parler de l’Alliance de Dieu avec l’humanité, pour parler de cette relation d’amour entre Dieu et nous. « Mes enfants, comme il est difficile de vivre une relation d’amour avec Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou de l’aiguille qu’à un riche d’être en amitié avec Dieu. »
Pour entrer dans la ville de Jérusalem qui était entourée de hautes murailles, il y avait un certain nombre de portes dont l’une était si étroite qu’on l’appelait la « porte de l’aiguille » et qu’un chameau ne pouvait franchir que si on lui enlevait les charges, les paquets qu’il avait sur le dos…
Cette comparaison correspond à l’image d’un sentier étroit et rude qu’on ne peut emprunter qu’à pied en laissant la voiture sur le bord de la route.
Alors que nous dit cet Evangile ? Eh bien, il nous dit que pour être en amitié avec Dieu, il ne s’agit pas seulement d’obéir à des commandements mais qu’il s’agit, d’abord, de vivre une relation d’amour avec Jésus, et que cette relation d’amour, elle commence en accueillant l’amour que Dieu a pour nous.
C’est pourquoi la remarque de l’évangéliste est capitale : « Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l’aimer ». C’est ce regard qui bouleverse tout car c’est par ce regard que Jésus veut faire comprendre à cet homme qu’il ne lui manque que l’essentiel : se laisser d’abord aimer, découvrir que tout ce que l’on a, que tout ce que l’on possède ne pourra jamais combler ce désir profond qui est vital : le besoin d’être aimé.
Et nous le savons bien : pour vivre heureux et épanoui, pour être fort dans les épreuves, pour oser risquer quelque chose pour les autres et même pour Dieu, pour ne pas se fermer sur soi-même après un échec ou une déception, chaque être humain a besoin de se savoir aimé.
Ce qui nous distingue des autres croyants, ce ne sont pas de beaux enseignements ni de belles prières (on en trouve également dans d’autres religions). Ce qui nous est particulier, c’est que nous savons que le Dieu révélé par Jésus est un Dieu d’amour qui nous dit : « J’ai besoin de toi pour que mon amour soit partagé. »
L’homme de l’Evangile était tellement attaché à ce qu’il avait, il était tellement bien installé dans sa voiture qu’il n’a pas su voir combien Jésus l’aimait… L’homme avait demandé à Jésus : « Que dois-je faire ? » Et Jésus lui répond qu’il ne s’agit pas d’abord de faire, mais d’être, parce que faire, c’est avoir, c’est avoir fait, avoir réalisé, avoir des résultats… Mais l’amitié avec Dieu, elle n’est pas à faire, elle est à vivre.
Et vivre une amitié quelle qu’elle soit, ce n’est pas avoir, ce n’est pas posséder, mais c’est être avec.
Pour témoigner de l’amour de Dieu, Jésus est venu vivre avec nous… Et c’est l’Amour que nous aurons pour les autres qui nous fera vivre d’Amour pour Dieu. Bien sûr, ce n’est pas nécessairement facile… mais chaque fois que nous acceptons d’être aimé, et comme le dit l’Evangile, alors, tout est possible.

Père Thibail Nicolet

Références des textes liturgiques :
Sagesse 7, 7-11 ;
Psaume 89(90) ;
Lettre aux Hébreux 4, 12-13 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 10, 17-30)