Paroisse Saint Loup


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Deuxième dimanche de l’Avent – Année C

Dimanche 09 décembre 2018 église Saint-Pierre de Varces

« Préparez le chemin du Seigneur ! »

A côté des guirlandes et des boules de Noël, la crèche nous rappelle l’attente de la naissance de Jésus. L’évangile nous présente Jean le Baptiste. Ce n’est pas un homme puissant comme Tibère, l’empereur romain qui gouverne le pays de Jésus, mais un homme simple qui vit dans le désert. Pourtant, Dieu lui parle et le choisit pour remplir une mission, celle de demander aux hommes et aux femmes de changer leur comportement les uns vis-à-vis des autres en vue d’accueillir le Seigneur qui vient. Jean le Baptiste nous invite à préparer le chemin du Seigneur. Cette demande peut nous apparaître quelque peu mystérieuse. Pourtant Dieu nous appelle aussi à faire des efforts chaque jour pour améliorer nos relations avec les autres, et pour cela il faut changer notre cœur !
Dès les premiers versets de son évangile au chapitre I versets 1 à 4, saint Luc entend faire œuvre d’historien en s’adressant à un certain Théophile, destinataire de son écrit. Il précise en effet, à propos de son message, « après m’être soigneusement informé », qu’il s’agit d’un écrit « très ordonné » […] « afin que tu puisses constater la solidité des enseignements que tu as reçus » (v. 4).
Mais ce n’est pas d’abord la précision chronologique que Luc recherche, mais plutôt un argument théologique supplémentaire pour rendre compte de la réalité de l’incarnation. N’oublions pas en effet que, contrairement à Matthieu, il a d’emblée cherché à montrer la filiation divine de Jésus. C’est le but premier de son évangile de l’enfance. Matthieu avait commencé, lui, par la généalogie humaine de Jésus. Chez Luc, celle-ci n’intervient qu’au chapitre III, après le Baptême du Christ par Jean au verset 23. Mais elle est en quelque sorte préparée par les précisions historiques que donne Luc.
Même avec une légère imprécision des dates, courante chez les historiens de cette période, l’évangéliste veut donc nous montrer que l’incarnation du Fils de Dieu se situe à un moment précis de l’histoire des hommes. Cela révèle clairement que Jésus est un personnage historique, un homme marqué par son temps, sa culture, sa langue, annonçant cependant un message qui dépasse le cadre de son époque puisqu’il s’agit ni plus ni moins de l’annonce du Royaume de Dieu. Toutefois, du fait même qu’il est ce juif de Palestine vivant sous le règne de Tibère, il va néanmoins s’exprimer et enseigner à partir des problématiques de son temps. Et malgré le fait qu’il sera pratiquement toujours amené à les dépasser, c’est à partir d’elles qu’il enseignera. C’est pourquoi la portée éternelle des paroles du Christ ne peut se saisir qu’à partir de leur incarnation dans le temps et le pays où il vécut avec les hommes.
Et celui qui annonce cette double dimension (historique et éternelle) n’est autre que le personnage central de l’évangile de ce deuxième dimanche de l’Avent : Jean-Baptiste, cousin du Seigneur. Et en l’annonçant, il nous rappelle la nécessité de la pénitence. Selon moi, cette pénitence est un élément essentiel de la nouvelle évangélisation qui doit être vécue comme un nouvel Exode. Je pense bien sûr à tous ces chrétiens qui ont déserté l’Église parce qu’on ne leur a rien transmis. Le taux de pratique en France est, selon les lieux, entre un et demi et trois pour cent de la population. Quelle foule, mais aussi quel désert ! Il faut des voix de prophètes, des relais de Jean-Baptiste pour mener à Jésus là où trop de pratiquants se piquent d’esprit scientifique, se proposant de tout vérifier comme beaucoup de leurs contemporains. Qu’ils se souviennent de la remarque de saint Bernard qui disait à ses moines que « la foi ne saurait être réduite, elle comprend les choses invisibles et ne se ressent point de la faiblesse des sens. Elle passe même les bornes de la raison humaine, l’usage de la nature et les limites de l’expérience. » Alors peut-être parviendront-ils à retrouver le chemin de la sagesse.
Mesurons donc bien, si cela est possible, cet appel qui vient de heurter de plein fouet le cœur d’un jeune gars épris d’idéal, et c’est peu dire, original à souhait « parce qu’il est lui-même » dirait Léautaud, voire excentrique (il le sera d’ailleurs à juste titre avec ses fixistes de frères !) avec son vêtement en poil de chameau et ses fricassées d’insectes arrosés de miel. Bizarrerie divine au pouvoir efficace ! Cerise sur le gâteau, ce n’est pas à Jérusalem, la Ville sainte, que Dieu le veut, mais dans un désert de pierres où les cœurs les plus durs sont convoqués pour écouter la voix ouvrant la voie au repentir, autrement dit, à la perpétuelle reprise de soi. Ah ! c’est qu’il y va fort, le Baptiste ! A coup d’invectives imagées, l’israélite impeccable secoue ses semblables enlisés dans un pseudo-confort légaliste, champions de l’accomplissement formel – et, disons-le, sans cœur – de la Loi confondue avec son Législateur.
Pauvre humanité qui s’arrange toujours pour accomplir le minimum, le prescrit, le légal, de manière à écarter plus ou moins consciemment les ombres d’une culpabilité possible. Nous sommes tous les mêmes, et avec un Dieu invisible, la partie est vite gagnée ! C’est ainsi que l’on peut entendre des arguties de ce genre : « Mais mon bon monsieur, je suis chrétien ! Consultez le registre de ma paroisse et vous trouverez l’acte de mon baptême ! C’est même le père Bidule qui est devenu évêque qui m’a baptisé ! Et d’ailleurs, dans ma famille, au XVIIIème siècle, figurez-vous qu’il y eut un cardinal, vous vous rendez compte ? Et au XIXème, trois religieuses ! Avec ça, je suis bien gardé ! Bien évidemment, avec le temps, j’ai pris quelque distance avec la religion – que voulez-vous, il est impossible de mettre en pratique l’Évangile dans notre univers dominé par l’économie de marché ! – mais je vais tout de même à la messe pour les fêtes d’obligation et je reconnais qu’il demeure important de ne pas couper les ponts avec notre culture occidentale ! » Puissent de tels esprits rencontrer beaucoup de Jean-Baptiste sur leurs chemins de baptisés, et se convertir !

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Livre du prophète Baruc V, 1-9 ; Psaume CXXV (CXXVI) ;
Lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens I, 4-6. 8-11 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc III, 1-6