Paroisse Saint Loup


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Dix-neuvième dimanche du Temps Ordinaire – Année C

samedi 10 août église de Saint-Barthélémy-du-Gua et dimanche 11 église Saint Jean-Baptiste de Vif

Restez en éveil !

Le thème de la nuit court dans les trois lectures de ce dimanche. N’est-ce pas une occasion d’en explorer la place dans la vie chrétienne ? On pense à ceux qui ont choisi le calme de la nuit pour prier, depuis le psaume CXXXIII jusqu’aux religieux et religieuses, ou même aux laïcs, qui se relèvent la nuit pour « lever les mains vers le Seigneur ». On liera cet aspect à l’appel à la vigilance que l’évangile nous adresse. Celle-ci concerne d’abord le retour du Seigneur, avec l’incertitude sur sa date et son heure. Pour nous, ce rappel n’est pas inutile. Mais cette vigilance concerne aussi l’irruption du Seigneur dans notre vie, lui qui sait nous rejoindre par certains événements ou rencontres, ou bien par des moments de grâce dans notre prière. Sans oublier la mort : « Mon Dieu, serait-ce pour cette nuit ? » chantait naguère le Père Duval. La lettre aux Hébreux et le livre de la Sagesse nous placent dans un contexte plus théologique. En effet, les interventions de Dieu dans l’histoire ont une préférence pour la nuit : sortie d’Égypte, naissance du Christ et surtout sa résurrection. Qui ne voit le lien entre cette obscurité où Dieu agit et notre foi qui, dans la pénombre, acquiesce à ce plan sauveur ?
Dieu vient la nuit pour sauver son peuple. C’est de nuit que s’est accomplie la première Pâque des Hébreux, leur libération de la servitude de Pharaon pour rendre un culte au Seigneur. C’est aussi de nuit qu’aura lieu la résurrection. Et c’est peut-être de nuit que le Fils de l’homme viendra nous prendre comme un voleur.
Quant au psaume XXXII, il n’est rien d’autre qu’une louange pascale. C’est une invitation à chanter un cantique nouveau pour faire éclater son cri de victoire. A la suite du psalmiste, n’espérons qu’en Dieu, qu’en la victoire de son amour.
La foi d’Abraham, modèle de la nôtre. Dans une fresque grandiose, l’auteur de l’épître aux Hébreux fait défiler sous nos yeux le cortège des nomades de la foi. En tête le premier couple de l’histoire du salut : Abraham, l’ami de Dieu, et Sara, la mère d’Isaac, fils de la Promesse.
Se tenir prêts pour le retour du Seigneur. Les petites paraboles de ce discours sur la vigilance nous invitent à nous tenir prêts : veillons pour ne pas rater le rendez-vous de la vie éternelle. Grande est notre responsabilité : ni la fatigue, ni la surprise ne seront des circonstances atténuantes. Et ce sage conseil de Notre-Seigneur : « Faites-vous une bourse qui ne s’use pas. » Quand nous nous cramponnons sur notre avoir, nous sommes bien près de tout perdre. Seul le don large et généreux nous libère de la peur de manquer. Nous pouvons compter sur la Providence, si nous savons être la main de la Providence pour nos frères.
Décidément, les lectures de ce dimanche nous replacent dans la perspective d’une histoire conduite par Dieu nous menant pas à pas, dans l’attente d’une initiative décisive dont il a le secret.
Le texte de la Sagesse est une méditation d’une singulière profondeur sur la nuit grandiose qui fut le témoin de la première grande intervention salvatrice de Dieu dans l’histoire : la sortie d’Égypte, là où Dieu « à main forte et à bras étendu » a arraché son peuple à l’esclavage de Pharaon. C’est elle qui est maintenant revécue fidèlement dans chaque célébration de la Pâque par le peuple de Dieu. Mais il est clair que cet événement emblématique en annonce un autre, plus radical encore : une intervention par laquelle le Seigneur nous donnera de le rencontrer dans les cieux nouveaux et la terre nouvelle. Il s’agit là encore d’un événement à la fois situé dans le temps (ce sera un jour de notre calendrier), mais dépassant le temps.
Dans la même veine, l’épître aux Hébreux nous parle de la foi des Pères, et singulièrement de celle d’Abraham qui est parti « sans savoir où il allait ». Ce mélange de certitude confiante et d’ignorance pratique caractérise la foi, puisque l’homme qui est sûr de Dieu et de sa bonté peut avancer sans crainte, sûr que celui-ci lui donnera les indications et les grâces nécessaires le moment venu. L’auteur de la lettre nous dit qu’ils étaient à la recherche d’une patrie meilleure et supérieure à celle qu’ils avaient quittée. Pourtant ils n’y sont jamais arrivés : même sur la terre d’Israël ils étaient des étrangers de passage. Heureuse insatisfaction ! Elle les a préservés d’une installation bien modeste au regard de la promesse divine. Il y a là une présentation saisissante de l’existence juive (et chrétienne) comme perpétuelle avancée, polarisée par une promesse, dont on reçoit les arrhes, sans en posséder encore le capital.
L’évangile du jour lié à ces lectures fait allusion à l’histoire personnelle du disciple qui vit dans l’attente du retour de son Maître et qui est invité à ne pas s’endormir. L’attente, quand elle dure, devient un vrai combat où la confiance est mise à rude épreuve. La promesse devient si irréelle quand le temps passe et que rien ne bouge ! Comme Élie prostré, envoyant son serviteur sept fois du côté de la mer pour voir si les nuages arrivent, il nous faut guetter le moindre signe du retour du Maître pour vite aller lui ouvrir. Cette attente n’est pas seulement celle de l’événement ultime : elle caractérise déjà toutes ces attentes partielles dans lesquelles nous nous accrochons aux promesses du Seigneur tout en restant éveillés.
L’Église se révèle comme le lieu même de l’attente, celui où la promesse retentit plus fort, mais peut-être aussi paradoxalement celui où il est possible de l’oublier. Alors, à nous de veiller !

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Livre de la Sagesse XVIII, 6-9 ; Psaume XXXII (XXXIII) ;
Épitre aux Hébreux XI, 1-2. 8-19 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc XII, 32-48.