Paroisse Saint Loup


Sommaire > Vie de la paroisse > Homélies > Vingtième dimanche du Temps Ordinaire – Année C

Vingtième dimanche du Temps Ordinaire – Année C

samedi 17 août église Saint François de Sales des Saillants-du-Gua et dimanche 18 août église Saint Jean-Baptiste de Vif

« Je suis venu apporter un feu sur la terre »

Quel est ce feu que le Christ est venu allumer sur la terre si ce n’est celui de la charité et de la vérité ? Le monde demande à être purifié par ce feu. C’est l’Esprit-Saint qui habite en nous et qui opère ce travail de discernement. Laissons-le nous envahir et nous inspirer ! Comme pour les apôtres, nous serons marqués de sa force et de son courage, de sa clarté et de sa luminosité.
La première lecture évoque le supplice de Jérémie. L’épisode ici rapporté est prophétique de la vie de Jésus. En butte aux moqueries, aux persécutions de ses compatriotes, il fut, six siècles avant le Messie, un signe de contradiction vivant. La mort de ce prophète de Dieu, témoin de la ruine de Jérusalem, signera l’échec apparent de sa mission.
Quant au cri d’espérance du psalmiste – que Dieu retire de l’horreur du gouffre – il est celui d’un disciple de Jérémie. Pauvre et malheureux, il ne met sa confiance qu’en Dieu ; il vit sa mission crucifiante dans la vérité et la justice. Cette confiance est grande, à l’image de sa foi.
La foi présentée par l’auteur de l’Épitre aux Hébreux est analogue à une course (c’est une idée chère à saint Paul que cette vie chrétienne comparée à une course de fond). Il invite les communautés persécutées à mener le combat de la foi « les yeux fixés sur Jésus ».
Et Jésus ne mâche pas ses mots dans l’« évangile incendiaire » de ce dimanche ! C’est l’un des rares passages où Jésus nous parle de sa vie intérieure. Il nous faut saisir un peu de l’âme de Jésus, venu répandre le feu sur la terre et recevoir le baptême de feu et de sang de sa Passion. Roi de paix, il peut semer la division sur terre.
Il nous faut toutefois dépasser la lecture littérale et superficielle de cet épisode pour accepter de descendre en profondeur dans le cœur du Seigneur. Le Sauveur n’est pas un enfant de chœur ! Surtout n’allez pas froisser ces fidèles serviteurs du prêtre à l’autel, mais reconnaissez que nous pouvons être quelque peu troublés par ces paroles annonçant une division causée, qu’on le veuille ou non, par le Fils de Dieu lui-même. Sa volonté s’exprime de façon radicale dans ce dialogue, insistant sur l’urgence de la mission. N’oublions jamais que le Christ est et demeurera un signe de contradiction pour le monde. Auprès de ses contemporains, comme des modernes d’aujourd’hui, il pousse à la vérité de la charité sans compromission, sans hésitation. En d’autres passages de l’Évangile, il insiste pour que notre « oui » soit « oui » et que notre « non » soit « non », le reste venant du démon… Il est donc temps à chaque époque de prendre réellement position pour le Seigneur et de convertir ces vies simili chrétiennes afin qu’elles soient vraiment marquées de l’identité du Christ. Par notre baptême, nous sommes plongés à notre tour dans sa mort et sa résurrection, nous appartenons désormais au Christ dont nous portons le nom (« christiens » ou chrétiens). Cette appartenance a deux conséquences : elle suppose de ne pas jouer avec le salut dont nous sommes les bénéficiaires et de ne pas se dérober au témoignage dont les autres pourraient profiter si nous nous engageons totalement.
Alors pourquoi nous offusquer devant la sévérité des paroles du Seigneur ? Elles sont en effet tout simplement vraies et réalistes. Nous ne pouvons pas y échapper : c’est une question de cohérence et d’évidence, de clarté de la grâce et de limpidité du cœur. N’oublions pas l’exigence de notre vocation : appelés par le Seigneur, nous sommes envoyés par Lui. Prenons garde à nos manières de vivre car elles sont souvent marquées par la sécularisation ; aussi trouvons-nous bien souvent un arrangement qui, finalement, détourne ou dénature l’annonce du salut. La pire des situations qui nous guettent se nomme l’ « acédie », manière molle de vivre notre appartenance au Christ, c’est-à-dire la déprime spirituelle, tandis que nous devrions être des chaudières ou des torches. Pour cela, il nous suffit de penser à nos frères chrétiens qui, quelque part sur la planète, sont persécutés parce qu’ils croient au Christ. Ils sont tout proches de nous, et pourtant tellement éloignés de nos préoccupations…
Devenons alors, avec enthousiasme, les martyrs de la vérité dont parlait saint Jean-Paul II, non pas pour gonfler notre orgueil d’avoir été jugés dignes de souffrir pour lui, mais bien plus pour nous unir à son souci d’annoncer sans cesse la Révélation au monde d’aujourd’hui. Le Christ ne peut pas laisser indifférent, et ceux qui vivent de sa vie doivent s’attendre à devenir à leur tour ce signe de contradiction qui montre le chemin du ciel, y compris sur la terre.

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Livre de Jérémie XXXVIII, 4-6.8-10 ; Psaume XXXIX (XL) ;
Épitre aux Hébreux XII, 1-4 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc XII, 49-53.