Paroisse Saint Loup


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Vingt-et-unième dimanche du Temps Ordinaire – Année C

samedi 24/08/2019 église Saint-André de Prélenfrey et dimanche 25/08/2019 église Saint Jean-Baptiste de Vif

Dieu ne nous sauvera pas sans nous !

Notre Seigneur ne se prononce pas sur le ratio ni sur les effectifs des sauvés. Cela n’a pas d’utilité concrète pour aider notre âme à cheminer vers le Ciel. Ce qui est utile, c’est plutôt de savoir par quelle porte je peux y entrer : celle qui est étroite. Elle est étroite mais elle débouche sur le festin du Royaume de Dieu. Et l’on peut goûter ici-bas à ce festin par « la surabondance de consolation quand, le soir venu, on constate que, grâce à la divine miséricorde, toute la journée a été employée au service du souverain Maître. » (Saint Gabriel des Sept Douleurs, mort en 1862). Sachant cela, la question posée à Jésus dans l’évangile nous apparaît sans intérêt, car nous comprenons que c’est aussi de nous que dépendra le nombre des sauvés. S’ils nous voient prendre chaque jour cette porte étroite derrière laquelle se trouve le bonheur dont nous rayonnons, ils la prendront à notre suite, comme la foule qui suivait Jésus, attendant des manifestations de sa charité.
Dans la première lecture nous avons entendu la parole forte du Prophète Isaïe entrevoyant Jérusalem comme le centre de rassemblement de toutes les nations, le lieu du salut universel. La cité sainte devient aussi grande que le cœur de Dieu, aussi vaste que le monde.
Et la louange universelle du Psaume CXVI (le plus court du psautier) fait écho à cet universalisme du Prophète Isaïe. « Louez le Seigneur tous les peuples » : le Dieu de l’Alliance réalise ses promesses.
Le salut promis à tous émane du Dieu de Jésus-Christ qui, par ailleurs, ne manque pas d’exigences à notre endroit. Aussi l’auteur de l’Épitre aux Hébreux nous rappelle-t-il que Dieu n’éduque pas les hommes en enfants gâtés, les épreuves et les persécutions constituant autant de marques de son amour paternel. Vécues dans la foi, elles permettent de donner le meilleur de soi-même, rien de grand qui ne se fasse sans souffrance… « Le Seigneur corrige tous ceux qu’il reconnaît comme ses fils » écrit l’auteur de l’Épitre aux Hébreux. S’il est dangereux de voir en toute épreuve la main paternelle de Dieu, il n’en reste pas moins vrai que notre vie est dans la main de Dieu. Les leçons que le Seigneur nous prodigue ne font pas abstraction de la Croix. Bien au contraire, la Croix de Jésus nous offre la leçon d’un amour à imiter.
Et le Seigneur Jésus le sait bien, lui qui est en route vers Jérusalem, sur ce chemin resserré qui le mène au Golgotha. Il nous invite au combat en vue d’entrer par « la porte étroite ». L’enjeu est grave car cette porte ne restera pas indéfiniment ouverte et il faut toujours craindre de la trouver close…
« N’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? » demande-t-on à Jésus. « On viendra d’Orient et de l’Occident, du Nord et du Midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu » déclare Jésus, révélant ainsi l’universalité du salut, non sans en avoir au préalable montré l’exigence. Ainsi sa réponse est-elle double et il serait réducteur voire dangereux de n’en retenir qu’une partie. L’équilibre de cette réponse s’appuie à la fois sur le désir de Dieu et sur la réponse libre de l’homme.
Le désir de Dieu est clair et manifeste : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés. » Saint Paul l’écrit à Timothée, mais déjà Isaïe le révèle, ainsi que nous l’avons entendu dans la première lecture qu’il conviendrait de citer dans son intégralité : « Je viens rassembler les hommes de toute nation et de toute langue… ». Le salut n’est pas réservé à un petit nombre : aucune élite ne saurait s’approprier le Royaume. Et puisqu’il est destiné à tous, il est urgent et nécessaire de communier au désir de Dieu en annonçant l’Évangile à tous car c’est la Bonne Nouvelle du salut : « J’enverrai des rescapés de mon peuple vers les nations les plus éloignées, vers les îles lointaines qui n’ont pas entendu parler de moi… » Voilà quelques années se tenait à Rome le synode des évêques sur la nouvelle évangélisation. Chacun d’entre nous est concerné par cette œuvre de charité qui consiste à révéler aux hommes le salut auquel Dieu les destine. Le cacher ou se l’approprier, c’est déjà s’en priver.
Si le désir de Dieu est clair et immuable, la réponse libre de l’homme n’en est pas moins nécessaire. « Dieu qui t’a créé sans toi ne te sauvera pas sans toi » écrivait saint Augustin. Jésus souligne donc la nécessité et l’urgence de la conversion, d’un attachement à lui qui ne soit pas superficiel : « Nous avons mangé et bu en ta présence (…) – Eloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal. » Notre acte de baptême n’est pas un laissez-passer garantissant notre entrée dans la salle de fête : c’est dans nos actes quotidiens que s’exprime notre acceptation du salut voulu par Dieu, lorsque nous le laissons déjà faire son œuvre en nous.
L’œuvre de Dieu est première, le salut que Dieu nous offre est premier : « Dieu nous a aimés le premier. » Cela n’est pas consécutif à nos actes mais ceux-ci témoignent que le salut révélé aux confins de la terre a trouvé ouverte la porte souvent étroite de notre cœur pour y faire sa demeure.
C’est ainsi que le salut éternel que Dieu veut pour chacun et qu’il a offert à tous une fois pour toutes sur la Croix ne contraint personne. Sa gratuité et son universalité ne le dévaluent pas mais soulignent la valeur de la réponse de tout homme au salut proposé. Il s’agit bien de la réponse de chacun d’entre nous. Amen.

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques :
Livre d’Isaïe LXVI, 18-21 ; Psaume CXVI (CXVII) ;
Épître aux Hébreux XII, 5-7.11-13 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc XIII, 22-30.