Paroisse Saint Loup


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Vingt-deuxième dimanche du Temps Ordinaire Année A

S 29 août 2020 église Saint-François-de-Sales des Saillants-du-Gua et D 30 août 2020 église Saint Jean-Baptiste de Vif

Compter sur la Croix
L’Évangile de la Messe nous présente Jésus peu après que Pierre proclame la divinité du Seigneur. A cette occasion, le Maître fait un grand éloge du disciple : Heureux es-tu, Simon, fils de Jean, car tu tiens cette révélation non pas de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux. Puis il l’établit comme fondement de son Église. Ensuite Jésus commence à annoncer à ses disciples les plus intimes qu’il doit aller à Jérusalem pour subir des souffrances de la part des juifs, puis mourir pour ressusciter au troisième jour.
Les Apôtres ne comprenaient pas bien ce langage, car ils avaient encore une image temporelle du Royaume de Dieu. Alors Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas. Poussé par son immense affection pour Jésus, Simon essaye de L’éloigner du chemin de la Croix, sans comprendre encore que c’est un grand bien pour l’humanité et la suprême preuve d’amour de Dieu pour nous. « Pierre raisonnait humainement, commente saint Jean Chrysostome, et concluait que tout cela – la Passion et la Mort – était indigne du Christ, et blâmable. »
A Césarée, Pierre avait parlé, poussé par le Saint-Esprit ; désormais il parle de façon uniquement humaine. La Croix, la mortification ou le sacrifice prêché comme un bien, sont autant de moyens de salut, et cela choquera toujours ceux qui, comme Pierre en cette occasion, les regardent avec des yeux uniquement humains. Saint Paul dut prévenir les premiers chrétiens contre ceux qui se conduisent en ennemis de la croix du Christ. Pour eux l’aboutissement, c’est la perdition ; pour eux, leur dieu, c’est leur ventre ; et ils mettent leur gloire dans ce qui est leur honte, n’ayant de sentiments que pour les choses de la terre.
Si l’on ne pense qu’avec une logique humaine, il est bien difficile de comprendre que la douleur, la souffrance, tout ce qui coûte, puisse être un bien. L’expérience nous montre pourtant que ces réalités si souvent rencontrées nous purifient, nous fortifient, nous rendent meilleurs. Et cependant, nous ne sommes pas faits pour souffrir et nous aspirons au bonheur.
La peur de la douleur, surtout si elle est forte ou persistante, est un sentiment profondément enraciné en nous, et notre première réaction devant une chose qui coûte ou qui est pénible à accepter est la fuite. C’est la raison pour laquelle la mortification, la pénitence chrétienne, rencontre des difficultés ; elle ne nous est pas facile et nous ne parvenons jamais, même si nous la pratiquons assidûment, à nous y habituer.
La foi nous montre cependant – et nous en faisons si souvent l’expérience – que sans sacrifice il ne peut y avoir d’amour ni de joie véritable, l’âme ne se purifie pas et nous ne rencontrons pas vraiment Dieu. Le chemin de la sainteté traverse la Croix, ce livre vivant dans lequel nous apprenons vraiment qui nous sommes et comment il nous faut agir. Ce livre est toujours ouvert devant nous et nous devons nous en approcher pour le lire ; nous y apprenons qui est le Christ, quel est vraiment son amour pour nous et quel chemin il faut emprunter pour Le suivre. Qui cherche Dieu hors du sacrifice et de la Croix ne le trouvera pas.

Père Thibault NICOLET


Références des textes liturgiques :
Livre du Prophète Jérémie XX,7-9 ; Psaume LXII (LXIII) ;
Lettre de Saint Paul Apôtre aux Romains XII, 1-2 ;
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu XVI, 21-27