Paroisse Saint Loup


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Homélie pour le sixième dimanche de Pâques Année B

8 mai 2021 – Eglise Saint-Pierre, Saint-Georges-de-Commiers

Aimer dans la joie

On dit volontiers que Paul est l’apôtre des païens, mais, pour être juste, il faut dire que Pierre l’a précédé. Ici, on peut dire qu’il est l’apôtre des Romains !
Corneille, nous le savons bien, est centurion de l’armée d’occupation, l’armée romaine. Tout oppose ces deux hommes : Pierre, le juif, croyant, convaincu, depuis peu devenu disciple de Jésus… et ce païen, quelqu’un que l’on ne fréquente pas, parce que, d’une part, il est l’occupant, mais plus encore parce qu’il est païen… Et d’ailleurs, ce n’est pas Pierre tout seul qui a eu cette idée étrange d’aller à Césarée, chez Corneille. C’est Dieu qui a tout organisé, oserais-je dire. Il a préparé les deux hommes à ce qui devait être un événement très important pour la jeune communauté chrétienne. Chacun des deux hommes a eu ce jour-là une vision : Corneille a entendu un ange de Dieu lui dire : ‘le Seigneur t’a entendu ; fais chercher Pierre pour qu’il vienne chez toi.’
Quant à Pierre, à des kilomètres de là lui aussi, il a eu une vision : vision curieuse, qui vient déranger ses habitudes. Dans cette vision, il a devant les yeux des quantités d’animaux, dont certains sont considérés par la loi juive comme impurs et donc strictement impropres à la consommation, et une voix le pousse à désobéir : ‘tue et mange !’ Pierre, qui est un scrupuleux, ne veut pas désobéir aux règles de son enfance. Alors la voix lui fait remarquer qu’il appartient à Dieu seul de décider de ce qui est pur ou impur… Pour l’instant, il ne s’agit que d’alimentation, mais, déjà, ses certitudes sur les sacro-saintes règles juives de pureté sont sérieusement battues en brèche ; il faut bien cela pour le préparer à ce qu’il attend !
Trois fois de suite, cette curieuse vision se reproduit… et Pierre reste bien perplexe. C’est à ce moment précis que les envoyés de Corneille arrivent ; ils viennent demander à Pierre quelque chose de plus grave encore que de manquer chez soi aux règles alimentaires : ils lui demandent d’aller chez ce païen de Corneille ! On se rappelle le tollé lorsque Jésus allait manger chez n’importe qui…Et encore, il s’agissait de juifs. Cette fois, il s’agit d’un incirconcis, pour reprendre la manière de parler à cette époque.
« Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie. » Voilà ici une bonne nouvelle ! Lorsque le Christ parle à ses apôtres, c’est pour les combler de joie. Et la raison de cette joie, c’est que la vie de Jésus n’a été qu’amour, à l’image de son Père : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. »
Nous sommes ici tout à fait dans la logique de la deuxième lecture : lorsque l’humanité connaîtra enfin Dieu tel qu’Il est, elle sera comblée de joie. Plus on lit la Bible, plus l’on est frappé par cette insistance : le seul problème de l’humanité est de ne pas connaître Dieu, de faire erreur à son sujet. Elle le prend pour un Juge terrible, alors que c’est un Père qui se réjouit de la joie de ses enfants.
Dès l’Ancien Testament, tout le travail des prophètes a consisté à révéler ce vrai visage du Dieu de tendresse et de pitié, comme le disent les psaumes, un Dieu qui veut notre joie : « Tu as fait abonder leur allégresse, tu as fait grandir leur joie. Ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit à la moisson, comme on jubile au partage du butin » (Isaïe IX, 2)… « Ils reviendront, ceux que le Seigneur a rachetés, ils arriveront à Sion avec des cris de joie. Sur leur visage, c’est une joie sans limite ! Allégresse et joie viendront à leur rencontre, tristesse et plainte s’enfuiront » (Isaïe XXXV, 10)… « C’est en effet dans la jubilation que vous sortirez, et dans la paix que vous serez entraînés. Sur votre passage, montagnes et collines exploseront en acclamations, et tous les arbres des forêts battront des mains » (Isaïe LV, 12)… « C’est un enthousiasme et une exultation perpétuels que je vais créer : en effet, l’exultation que je vais créer, ce sera Jérusalem, et l’enthousiasme, ce sera son peuple ; oui, j’exulterai au sujet de Jérusalem et je serai dans l’enthousiasme au sujet de mon peuple ! » (Isaïe LXV, 18-19).
Ces derniers textes sont tardifs dans l’Ancien Testament, la Révélation a déjà fait du chemin. Sophonie ose même dire que Dieu danse de joie quand ses enfants sont heureux : « Crie de joie, fille de Sion, pousse des acclamations, Israël, réjouis-toi, ris de tout ton cœur, fille de Jérusalem. Le Seigneur a levé les sentences qui pesaient sur toi, il a détourné ton ennemi. Le roi d’Israël, le Seigneur lui-même, est au milieu de toi, tu n’auras plus à craindre le mal. En ce jour, on dira à Jérusalem : ‘N’aie pas peur, Sion, que tes mains ne faiblissent pas ; le Seigneur ton Dieu est au milieu de toi en héros vainqueur. Il est tout joyeux à cause de toi, dans son amour, il te renouvelle, il danse et crie de joie à cause de toi. » (Sophonie III, 14-17)
Malheureusement, nous avons du mal à y croire, comme si c’était trop beau ; c’est seulement à la fin des temps que l’humanité connaîtra enfin Dieu et donc vivra dans la joie. C’est pour cela que, dans l’Ancien Testament, la joie est toujours présentée comme une caractéristique du salut que l’humanité attend. Lorsque Dieu « répandra son Esprit sur toute chair », comme le dit le prophète Joël (III, 1), alors nous saurons que Dieu est amour et nous serons alors dans la joie.
Le Nouveau Testament nous rapporte déjà quelle joie accompagna la venue de Celui qui est venu révéler le visage de Dieu aux hommes. A propos de la naissance de Jean-Baptiste, par exemple, l’ange dit à Zacharie : « Sois sans crainte, Zacharie, ta prière a été exaucée. Ta femme Élisabeth t’enfantera un fils et tu lui donneras le nom de Jean – Tu en auras joie et allégresse et beaucoup se réjouiront de sa naissance » (Luc I, 13-14). Puis, à propos de la naissance de Jésus, l’ange dit aux bergers : « Soyez sans crainte car voici, je viens vous annoncer une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour le peuple : il vous est né aujourd’hui dans la ville de David un Sauveur » (Luc II, 10).
Visiblement, c’est un thème qui a beaucoup marqué Jean. Du dernier soir de son Maître, il a retenu une grande impression de joie, plus forte que l’épreuve pourtant toute proche. Par exemple : « Vous l’avez entendu, je vous ai dit : ‘Je m’en vais et je viens à vous.’ Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais au Père, car le Père est plus grand que moi. » (Jean XIV, 28)… « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous allez gémir et vous lamenter tandis que le monde se réjouira ; vous serez affligés mais votre affliction tournera en joie. Lorsque la femme enfante, elle est dans l’affliction puisque son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus de son accablement, tout à la joie d’avoir mis au monde un être humain. C’est ainsi que vous êtes maintenant dans l’affliction, mais je vous verrai à nouveau, votre cœur se réjouira et cette joie, nul ne vous la ravira » (Jean XVI, 20-24). Et dans sa dernière prière, Jésus dit à son Père : « Maintenant je vais à toi et je dis ces paroles dans le monde pour qu’ils aient en eux ma joie dans sa plénitude » (Jean XVII, 13).
Les apôtres, à leur tour, promettent aux hommes la joie : « Et nous vous écrivons cela, pour que notre joie soit complète » (1 Jean I, 4). « J’ai bien des choses à vous écrire, pourtant je n’ai pas voulu le faire avec du papier et de l’encre. Car j’espère me rendre chez vous et vous parler de vive voix, afin que votre joie soit complète » (2 Jean XII). N’est-ce pas à cela que l’on reconnaît les prophètes ou les apôtres ? Ce sont ceux qui révèlent aux hommes le vrai visage du Dieu de la joie. Ceux-là, lorsque leur heure sera venue, s’entendront dire : « C’est bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de choses, sur beaucoup je t’établirai ; entre dans la joie de ton maître » (Matthieu XXV, 21).

Père Thibault NICOLET

Références des textes liturgiques : Actes des Apôtres X, 25-26. 34-35. 44-48 Psaume XCVII (CXVIII), 1, 2-3ab, 3cd-4 Première Lettre de saint Jean IV, 7-10 Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean XV, 9-17